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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Derrick Leon Greene
(chant)

-Andreas Rudolf Kisser
(guitare)

-Paulo Xisto Pinto "Jr." Junior
(basse)

-Eloy Casagrande
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement:

-Julie Emmily Barreto de Queiroz
(chant sur "Fear, Pain, Chaos, Suffering")

-Jens Peter Daniel Bogren
(chœurs)

-Chorus Mysticus
(chœurs)

-Bruna Zenti
(violon)

-Renato Zanuto
(claviers)

-Robertinho Rodrigues
(basse)

-Paulo Cyrino
(programmation sur "Ali")

-Kadu Fernandes
(percussions sur "Capital Enslavement")

TRACKLIST

1) Isolation
2) Means to an End
3) Last Time
4) Capital Enslavement
5) Ali
6) Raging Void
7) Guardians of Earth
8) The Pentagram
9) Autem
10) Quadra
11) Agony of Defeat
12) Fear, Pain, Chaos, Suffering

DISCOGRAPHIE


Sepultura - Quadra
(2020) - thrash metal - Label : Nuclear Blast



« Ça y’en a être Sepultura, sérieux ? »
Ainsi s’apostrophe l’incrédule qui découvre ce Quadra de longues décennies après avoir quitté le groupe sur le début de l’ère post-Max, ou rex-Derrick c’est selon. Sérieux, on entend un blast sur le premier titre ! Mais que s’est-il passé durant ces vingt années d’hibernation ? La Terre aurait-elle fini par se désaxer ? Toutes ces épineuses questions ne trouveront pas réponses, mais gageons que nous avancerons.


Déjà, penchons-nous sur le titre. Quadra. La première fois que j’en ai eu connaissance j’ai immédiatement pensé à quadragénaire. Que voulez-vous, Sepultura approche la quarantaine d’années d’existence (faites le compte vous-même) et ses membres sont donc largement quarantenaires pour les deux présents quasiment depuis le début (en fait quinqua), sans occulter le désormais quart de siècle de présence de Derrick, éternellement perçu comme le remplaçant de Max, les habitudes ont la vie dure. Pourtant, ce Quadra fait référence aux quatre parties qui composent cette quinzième sortie des Brésiliens. Quatre pour autant de vies qu’a vécues Sepultura. Du thrash des débuts au tribal du milieu des années quatre-vingt-dix. Puis au quasi core des années 2000 pour finir sur du plus théâtral (?? Je rédige sous contrôle des juges) dans la période la plus récente.
Quatre qui ne sont pas de trop pour résumer tout ce qui a façonné Sepultura et expliquer un tel album en 2020. Il faut certainement faire un détour par Eloy Casagrande pour comprendre la situation actuelle. Le monsieur est certainement le meilleur batteur qui ait martelé les fûts dans l’histoire de la troupe (of doom). Technique, vif et dynamique, il insuffle une patate démentielle aux compositions. C’est ainsi que l’on se retrouve avec du death mélo à la lisière du brutal à l'occasion d'éclairs subreptices. Et puis Andreas Kisser. Ce mec est-il la même personne qui balançait des riffs hautement thrash mais jamais vraiment techniques il y a vingt-cinq ans de cela ? Je pourrais citer une chanson mais en fait n’importe laquelle vous fracassera avec un passage de guitare à la fois racé et complexe, accompagné de son solo plein de feeling. Sérieusement, ça force le respect d’entendre un type qui se décarcasse à ce point avec tout le bagage et l’historique qu’il peut revendiquer. Chapeau très bas monsieur.
Et puis Derrick ? Celui par qui le scandale arriva, lui qui osa introduire des connotations douteuses à base de hardcore. Son chant possède toujours le même timbre hautement reconnaissable. Ne vous attendez pas à l’entendre transfiguré, pourtant il dégage maîtrise et aura. Plus varié également que lors de ses débuts dans le groupe. Seul notre bon vieux Paulo Junior (qui ne l’est plus trop) n’a pas trop changé au final, même au niveau du son puisqu’on entend sa basse de l'époque Chaos A.D. (écoutez donc le début de "Raging Void"). Musicalement attendez-vous à un torrent de tueries thrash véhémentes et vindicatives (agrémentées de délicatesses maîtrisées, "Agony of Defeat" par exemple) souvent en reflet d’une période de leur passé. Rarement la tension daigne baisser et souvent Sepultura cloue au pilori par ses brutalités subtiles. Au risque de me répéter, la surprise est immense lorsqu’on revient sur les terres de son enfance vingt ans après. L’Histoire n’a pas filé comme un long fleuve tranquille sur ce groupe à l’épreuve du temps. Et souvent elle n’a pas été tendre. Pourtant, prendre de telles mandales ça laisse KO technique.
Je pourrais choisir d’évoquer la bancale "Fear, Pain, Chaos, Suffering" qui conclut assez mal l’album (et fait étrangement penser au Femelles de Eole). Plutôt que de jouer aux rabat-joie je vais choisir la tangente et applaudir un effort salutaire de quatre personnes qui en ont vu et entendu des kilotonnes, et pourtant choisissent avant tout de se remettre en question là où la réaction bien humaine serait de profiter des acquis d’un passé si riche et lointain désormais. Alors félicitations messieurs. Être capable de produire la beauté de "Guardians of the Earth" est remarquable. Félicitations monsieur Kisser d’avoir ramené la barque là où elle aurait toujours dû être, à savoir dans les eaux des grands du thrash. Félicitations à monsieur Green d’avoir bravé (et bavé) monts et marées avec la conviction énorme qu’il était l’homme de la situation malgré les éléments et fans contraires. Car il faut un paquet de couilles salement énormes pour se présenter à la face du monde en se réinventant après une carrière aussi longue et quelques gadins. Bien sûr, on arguera que Machine Messiah s’était déjà bien positionné, cependant l’essai est ici transformé avec maestria.


Quadra est le résumé d’une carrière augmentée. Le tribal augmenté d’un savant dosage metal. Le hardcore augmenté d’une taillade dans ses croupières. Le théâtral augmenté d’une maîtrise accrue. Et surtout le thrash augmenté d’une putain de technique sans faille et d’une putain de brutalité inconnue.


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