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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2020
Sa note : 18/20

LINE UP

-Massimiliano Antonio "Max" Cavalera
(chant+guitare)

-Andreas Rudolf Kisser
(guitare)

-Paulo Xisto Pinto "Jr." Junior
(basse)

-Igor Graziano Cavalera
(batterie)

A participé à l'enregistrement:

-Eric Reed "Jello Biafra" Boucher
(chant sur "Biotech is Godzilla")

TRACKLIST

1) Refuse/Resist
2) Territory
3) Slave New World
4) Amen
5) Kaiowas
6) Propaganda
7) Biotech is Godzilla
8) Nomad
9) We Who Are Not As Others
10) Manifest
11) The Hunt (reprise de New Model Army)
12) Clenched Fist

DISCOGRAPHIE


Sepultura - Chaos A.D.
(1993) - thrash metal - Label : Roadrunner Records



En 1993 Sepultura entame sa mue, qu’on se le dise. Avec le recul, il est facile de le dire. Rythmiques tribales, tempo plus posé, incursion dans des instrumentations acoustiques, tout ça montre le visage d’un nouveau Sepultura. Un visage qui en désarçonna plus d’un. Car rétrospectivement il devient évident de lire les commentaires plus ou moins désobligeants tancés à la face des créateurs de cet album. Pourtant les Brésiliens sortaient de quatre disques impeccables, brûlots thrash qui les avaient portés au sommet du monde.

« Un album excellent, avec des temps faibles, mais toujours excellent », voici la conclusion (à grand regret devenue légendaire sur le site) de la chronique originelle de cet album, aujourd’hui opportunément disparue dans les méandres du vortex d'internet. Oui, Chaos A.D. était déjà apprécié sur les terres immortelles des Éternels. Ne plus le voir chroniqué est donc une aberration à laquelle il faut immédiatement remédier, surtout lorsque Quadra vient de tellement remettre les pendules à l’heure. L’exercice de la comparaison est d’ailleurs particulièrement truculent. Que de chemin parcouru certes, mais il ne faudrait pas sombrer dans un futurisme idiot car en 1993 Max et sa troupe savaient aussi faire de la sacrée bonne musique.
Alors oui, vous n’entendrez pas les déluges d’accords et les tentations presque techniques qui parsèment instrumentalement Quadra. À l’époque, les armes des quatre Sud-Américains étaient autres, et elles n’étaient pas moins létales. Des riffs… calmes, aussi étonnant que cela puisse paraître. Car Chaos A.D., s’il comporte son lot de détracteurs, c’est bien évidemment à cause de cet assagissement rapidement qualifié de coupable par toute une frange des fans. Les pauvres, ils ignoraient qu'il s'agissait seulement du début d’une longue série de métamorphoses. Tous les titres sont un cran moins rapides que ceux de Arise, son dantesque prédécesseur. Même la corrosive "Propaganda" et sa double pédale a ce feeling plus lourd.
Ce n’est pas pour déplaire. Car quiconque entend en cela une perte peut repartir avec ses fracas. Max est encore bouillonnant d’idées et "Refuse/Resist" est une terrible manière d’ouvrir l’album avec un refrain qui a fait date. Et il faut reconnaître que son chant énergique au timbre inimitable fait toujours son effet. Igor derrière ses fûts démontre qu’il n’est pas du tout un peintre avec l’intro de "Territory", merveille de feeling. Et puis… oui, il faut en parler: "Kaiowas". Hommage à une tribu indienne, de l’acoustique ! Et pas n’importe lequel, une perle de délicatesse (et parfaitement contrebalancée ceci dit par la quasi brutalité retrouvée de "Propaganda" qui déboule juste après) qui trouvera une place méritée dans les concerts, moment fort de communion. Le fait qu’elle soit si isolée et placée en plein milieu de l’album est une idée de génie.
Le reste des titres est à l’avenant. On note toutefois l’énergique "Biotech is Godzilla" dont la brutalité courte est rafraîchissante et la fantastique "Manifest" dont le passage à la basse/batterie est une merveille prolongée indéfiniment, bien qu’enseveli progressivement sous les autres instruments. Seule "Who We Are Not As Others" laisse… songeur. Certains y trouveront du grain à moudre mais il faut reconnaître que cette suite de déclamation sans grande saveur casse la dynamique de la deuxième partie du disque. Deuxième partie qui au demeurant n'est pas du tout plus faible que la première, simplement moins immédiatement accessible. Ne nous voilons pas la face, ce début du Sepultura tribal aura été long à digérer même pour un jeune fan comme moi. Pourtant, les années passant, Chaos A.D. a confirmé sa place au sommet de la carrière du groupe, preuve de sa densité et sa richesse, à découvrir sur la durée.


Un tournant ou une trahison, vous aurez bien sûr compris mon point de vue. Chaos A.D. a ouvert la brèche à bien plus que Roots. Il a été une bouffée d’air frais pour le metal qui aura désormais un courant tribal officiel. Et vu la manière de le faire, cet album a été un sacré ambassadeur.


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