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CHRONIQUE PAR ...

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S1phonique
Cette chronique a été mise en ligne le 13 janvier 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Derrick Leon Green
(chant)

-Andreas Rudolf Kisser
(guitare)

-Paulo Xisto Pinto "Jr." Junior
(basse)

-Eloy Casagrande
(batterie)

Guest :

-The Myriad Orchestra
(violons)

TRACKLIST

1) Machine Messiah
2) I Am The Enemy
3) Phantom Self
4) Alethea
5) Iceberg Dances
6) Sworn Oath
7) Resistant Parasites
8) Silent Violence
9) Vandals Nest
10) Cyber God

DISCOGRAPHIE

Morbid Visions (1986)
Schizophrenia (1987)
Beneath The Remains (1989)
Arise (1991)
Territory (1993)
Roots Bloody Roots (1996)
Attitude (1996)
Ratamahatta (1996)
Blood Rooted (1997)
Against (1998)
Nation (2001)
Roorback (2003)
Revolusongs (2003)
Kairos (2011)
Machine Messiah (2017)

Sepultura - Machine Messiah
(2017) - hardcore death metal thrash metal Le Sepult' toujours vivant - Label : Nuclear Blast



En 1997 Derrick Green intégrait Sepultura après le départ de Max Cavalera qui continue encore en 2017 à clamer haut et fort que ce groupe est mort, qu'il ne sort rien de notable ni de qualité. À n'y rien comprendre, tant ce type de position totalement débile est digne d'un supporter de « futchebol » parisien ou marseillais critiquant l'équipe en face ! Enfin bref , Sepultura en 2017 et en ce vendredi 13 pourrait se permettre cette fois de lever le majeur bien haut avec la sortie de ce Machine Messiah très inspiré et, ne perdons pas de temps, d'une qualité permettant de fermer un Max de bouche.

L'histoire « médiatico-débile » aurait pu même s'accentuer en 2006 avec le départ d'Igor, après la sortie du très particulier Dante XXI. Le collectif aura mis un peu de temps à se stabiliser musicalement n'empêchant en rien la sortie régulière d'album - même si ces derniers souffrent d'insuccès. Mais avec l'arrivé du jeune Eloy Casagrande, on perçoit timidement un nouvel élan pour le combo. Déjà sur scène, où les concerts sont toujours aussi intenses et sans concessions. Ensuite la sortie de The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart semble confirmer les orientations du groupe qui, certes hésite encore un peu à s'éloigner de son registre naturel, tente quelques prospections plus ou moins réussies. Mais la formation reste crédible, chacun apportant ses idées et son approche musicale. Machine Messiah apparaît de facto comme le premier témoignage de la cohésion retrouvée de plusieurs musiciens inspirés et a priori enfin libérés de tout fardeau de jugement de valeur, que ce soit de la presse ou de leurs (im)pairs. Passons rapidement sur le titre teaser "I Am The Enemy" qui n'est absolument pas révélateur de l'orientation musicale prise par les Brésiliens (oui oui Derrick est devenu brésilien en 1997) et renvoie plutôt au Sepultura «Green» hardcore et thrash, avec toutefois une guitare « kisserienne » énervée du riff au solo.
La surprise se dévoile dès les premiers notes du titre éponyme avec un arpège simple repris par des harmonies simples, elles aussi. La guitare saturée prend le relais sur la même mélodie et…. Et Le chant clair de Derrick entonne les premières paroles pour laisser la place à un premier solo. Le morceau est lent et calme mais sait se faire mélodique et accrocheur. Il faudra pratiquement attendre les deux tiers du titre et la fin de la fausse montée en puissance pour enfin retrouver un chant plus crié de l’Américain qui finit d’annoncer l’album par un « Machine Messiah » craché, introduisant un nouveau solo. Le premier titre interroge et invite à vouloir en entendre plus. Le deuxième, utilisé pour la promo, replace l’auditeur dans sa zone de connaissance du Sepult’ post-Cavalera. Avec "Phantom Self" et ses premières gammes orientales commence le voyage vers le Sepultura évolué qui se risque (avec succès) à explorer de nouveaux territoires musicaux. Le résultat est très intéressant car sans trahir le style du quatuor, la nouvelle direction métissée fonctionne de suite et ravit l’oreille immédiatement. Les deux premières pistes ne constituaient finalement qu’un simple tour de chauffe car toutes les autres vont se révéler (dès la première écoute pour certaines) comme très inspirées et magistralement réussies. Avec pour point d'orgue l’instrumental "Iceberg Dance", très technique mais totalement au service de la mélodie.
Andreas Kisser rappelle si besoin quel guitariste complet il est devenu. Les riffs pourraient largement trouver leur place dans un album des grands noms du techno-death et le bonhomme enchaîne les solos saturés jusqu’à une guitare quasi flamenco avec une facilité et une inspiration totale. Le style du groupe reste présent tout du long (l’infernal et violent "Vandals Nest") et se voit supporter et embelli de multiples manières (par exemple un épique crin-crin sur plusieurs titres - "Sworn Oath" ou "Resistant parasite"). Il ne faudra pas oublier la section rythmique et a fortiori la batterie proposant un dynamisme entraînant du début à la fin. Le jeu de Casagrande est d’une richesse impressionnante, n’ayant jamais à souffrir de la comparaison avec celui d’Igor. Non seulement le minot réussit en live à se réapproprier les monuments historique du groupe mais apporte définitivement en studio sa personnalité et son groove aux différents titres. Le "Cyber God terminant l’album se situe légèrement en dessous du niveau général mais clôture le concept développé tout du long des titres et ne dresse pas un portrait positif de la technologie actuelle où le péquin lambda se retrouve asservi par ses écrans et les robots censés paradoxalement le libérer des contraintes liées à sa condition. Un autre débat, à développer en d‘autres lieux. Au sortir du recueil, on se rend compte qu’on n'aura même pas prêté attention à la production. Celle-ci parvient à mettre tous les instruments en avant, au service de la musique proposée. Une saine discrétion participant également à la réussite globale.


Et bien ! Bien sûr qu’on pourrait en trouver des défauts et des travers reprochables au groupe depuis trois/ quatre albums. Mais ce Machine Messiah est tellement passionné que la musique et le résultat final se révèlent une superbe réussite, récompensant le groupe de n’avoir jamais rien lâché et d’être resté fidèle à ses convictions. Peut-être l’album qui rameutera les fans de toutes les époques (je ne parle pas des vieux bougons ringards) et pourra probablement attirer de nouvelles oreilles friandes de musique jouée avec sincérité. Je le mettrai bien en coup de cœur en ajoutant subjectivement un point à la note tant la surprise est agréable.


(...Allez je l'ai fait et voilà. Et alors...)


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