19352

CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 29 octobre 2023
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jonas Petter Renkse
(chant)

-Dick Anders Nyström
(guitare)

-Sven Roger Öjersson
(guitare)

-Niklas Henning Sandin
(basse)

-Reima Daniel Mojjo Moilanen
(batterie)

A également participé à l'enregistrement

-Joel Gustav "Soen" Ekelöf
(chant sur "Impermanence")

TRACKLIST

1) Austerity
2) Colossal Shade
3) Opaline
4) Birds
5)
Drab Moon
6) Author
7) Impermanence
8) Sclera
9) Atrium
10) No Beacon To Illuminate our Fall
11) Absconder (bonus track)

DISCOGRAPHIE


Katatonia - Sky Void Of Stars



Lorsque l'on évoque la Mélancolie, je ne peux m'empêcher de songer au bouquet de fleurs le plus célèbre de l'histoire de la poésie. Et ce qui me séduit dans une musique qui se targue de porter la Mélancolie aux nues, c'est sa capacité à exhaler le même parfum par le truchement d'un langage émotionnel d'une intensité égale. Et là nous pouvons parler de sublimation. Katatonia m’apparaît comme un fin connaisseur de ces items mortels que sont le Vide, le dénuement de sens, l'Ennui, la tristesse de vivre, les noirs replis du quotidien. L'art du désenchantement fait Beau. N'ayant de cesse de l'affiner. La mise en abyme qu'il nous offre par la voix de Sky Void of Stars est ainsi un nouveau manifeste de ce talent.

Bien entendu, Sky Void Of Stars offre la profondeur de champ que l'on est en droit d'attendre d'un collectif passé maître de son art depuis longtemps. La composition se découvre adroitement architecturée et sa production soignée sert une vision qu'on pourra, par abus de langage, qualifier de « cinématographique ». Le champ lexical serait cependant à étendre car pris dans cette écoute, nous ne nous sentons certes pas cantonnés au rôle de simple spectateurs d'un paysage sonore mais partie prenante. Au crédit de Katatonia, la richesse et la merveilleuse complexité de ses offrandes, le bonheur infatigable que l'on éprouve à des écoutes successives, saisissant à chaque nouvelle occurrence tel ou tel nouveau détail pertinent. Katatonia s'illustre une fois de plus dans son souci constant d'authenticité dans la restitution de ses choix narratifs. Qu'il tire son inspiration d'expériences personnelles ou d'une imagination foisonnante pour dépeindre la face sombre de la vie (car du propos de Jonas Renkse, ne parler que de ses expériences propres serait - précisément - par trop ennuyeux, la fiction est de mise), son propos s'avère toujours d'une justesse et d'une élégance à mettre en surbrillance. Il est aisé de s'y projeter et de s'y perdre, le langage musical usité, émotionnel, ayant l'éloquence de cet écho solitaire : ce ciel que l'on contemple avec l'espoir d'un navigateur dont l’esquif part à la dérive, ce ciel qui malgré nos vœux et nos plaintes se voile de nuages, dissimulant à notre vue l'éclat des étoiles qui nous guideraient dans le noir, est si familier, quelque soit la réalité dont il puisse-être la métaphore.
"Austerity" introduit cet album d'une sévère averse, à la faveur de tonalités dures et froides, et nous emporte vivement dans un motif que j'aime à qualifier d’hélicoïdal, cette dynamique d'encerclement précipitant progressivement l'auditeur dans un mouvement trouble, tantôt ascendant, tantôt descendant. L'amertume n'est ici que trop bien servie par des lignes de guitare poignantes et un chant éthéré, impérial. Jouant de l'enchantement d’atmosphères subtiles, Katatonia, déjà, nous découvre un paysage tortueux. Il est aisé de se projeter dans le mirage de quelque déambulation urbaine sans but, prisonnier de la tempête autant que de pensées tragiques, désespéré d'une trouée salvatrice dans un ciel menaçant. La métronomie imperturbable de "Colossal Shade" prend la suite et nous lance dans une marche lente fleurant la dangerosité. Et si Katatonia, dans un mouvement heavy, s'est effectivement inspiré d'un riff du Lick it Up de Kiss, cette anecdote de composition ne préjuge en rien de la sévérité de son rendu final. Riffing épais donc et rythmique appesantie créent ici un sentiment de compacité fantastique cependant que se déploient autant d'élégantes saillies sidérales conférant une dimension éthérée à l'ensemble. "Colossal Shade", délicieusement ambivalente, s'offre ainsi tel un univers qui se contracte sur lui-même en quête d'un état essentiel. Guidé par la voix désincarnée de Jonas Renkse, l'esprit peut se replier et s'abandonner à une vision plus introspective, à la faveur de cette atmosphère aussi tellurique qu'aérienne.
"Opaline" dont la structure raffinée se chromatise de motifs inattendus vient alors nous surprendre – ne serait-ce que cette simple accroche initiale, un motif inspiré par le groupe de pop-rock suédois Kent - et nous découvre une vision originale et élégante du désenchantement. La vertu de ce titre aérien réside certainement dans sa « presque » fragilité, cette trompeuse illusion de lumière cependant qu'une mélancolie bien réelle vient nous étreindre. Car la légèreté de ces iridescences électroniques et de ces nappes claires ne désavouent ni la désillusion de son chant et de sa lettre, ni l'amertume des guitares qui sans faillir viennent nous saisir à la gorge. « Uncover the skies and show me the birds... » "Birds", dans un sursaut brutal nous replonge dans le tumulte initial grâce à une dynamique forte et sa sévérité d'ensemble un « classique » dans le registre de composition de Katatonia. Avec un clin d’œil appuyé à Paradise Lost, Katatonia signe ici un précipité chimique splendide qui draine haut les émotions convoquées : tourmenté, acide et puissant, il est tel une prière fervente lancée avec virulence et passion en mouvement ascendant vers un ciel trop noir. Dans l'attente d'une déchirure à contempler.
Un peu plus loin encore, cette même signature classique fait le charme d'"Atrium" qui a tôt fait de conquérir notre subconscient par sa simplicité apparente et de former une boucle dans laquelle on se laisse volontiers piéger à corps non défendant. « Heart is running low, Vanquished and confined as we walk through the corridor, Measuring the dark Until the meter says we can take no more. » Offerte sans la moindre prétention stylistique si ce n'est d'être du pur Katatonia, elle cueille simplement l'auditeur pour le plonger dans un état de douce torpeur, composant un presque temps d'arrêt contemplatif, sans cependant se départir de l'impact de ses lyrics affectées. Mais il est encore, "Impermanance", où puisant dans ses racines doom, Katatonia nous offre une exquise contemplation. Suave et douloureuse dans sa lettre, son élégant duo avec avec Joel Ekelöf (Soen) est un ravissement. Sa lente progression nous permet de goûter d'autant chaque instant, jusqu'à un solo de toute beauté, ému, fervent, dispersant ses morceaux d'âmes aux quatre vents.
L'auditeur est plongé dans un état d'adynamie mentale, à la faveur de "Drab Moon", où les guitares s'étirent à l'envie tel un brouillard, où le chant est hanté d'une langueur ténébreuse (soulignons ici quelques habiles habillages électroniques qui loin de la dénaturer soulignent au contraire le propos), et où de délicieux motifs se greffent de manière hypnotique en arrière plan pour nous offrir une délicate plage en juste équilibre de moderne romantisme et de nostalgie. Et cet accablement trouve son prolongement naturel dans la poignante et noire "Author", bouleversante dans ses couplets, impériale dans ses refrains, magistrale dans son solo. « Author of scars I see your hands upon my epitaph, then you shift into a looking glass a sky void of stars ». Sise au cœur de l'album, elle est celle qui lui aura donné son nom. "Sclera" encore, aux chorus pensés et composés partant d'une ligne de basse, pourrait être une réponse à l'introductif "Austerity", par sa tendresse désabusée. Une pluie plus douce inondant notre périple d'obscurial dans la cité. À son tour, elle s'inscrit dans ce mouvement troublant, ascendant/ descendant, obsédant. Elle est comme ce départ douloureux, ce regret qu'on ne veut pas affronter. Sans artifices. Simplement triste.
Enfin, "No Beacon To Illuminate Our Fall", le morceau le plus aventureux et le plus progressif de l'ouvrage s'en fait le labyrinthique final et le paroxysme du désenchantement. Et l'on ne peut que souligner l'élégance de cette ultime composition. Le maillage adroit des atmosphères. Chaque pas dans cette mélancolie sourde nous conduit vers la pleine appropriation de cette implacable vérité : nulle étoile ne vient plus guider le navigateur égaré. Un sentiment sublimé par de bouleversantes guitares et une voix, est-il besoin de le préciser encore - au diapason parfait de l'émotion convoquée, tel un compagnon nous révélant connaître lui aussi cette même déroute. Si proche, qu'il saurait ici et maintenant incarner notre voix intérieure, ceindre notre propre désenchantement. Si "No Beacon To Illuminate our Fall" clôture officiellement l'album, les auditeurs convaincus pourront encore apprécier l'écoute d'une proposition hors champ. De son propos, "Katatonia" a souhaité s'aventurer dans quelque chose de différent et s'est inspiré de Muse pour cette ultime salve, "Absconder", un titre également captivant, riche de variations, conforme à la vision lunaire de l'ensemble de la composition et à son goût de fatalité qui nous colle à la langue. Aussi majestueux que délicat.


Sky Void of Stars ne surprendra pas les connaisseurs, sa signature est une évidence, mais quel délicat plaisir que de multiplier les écoutes et se laisser perdre plus et encore dans son labyrinthe ? Sky Void Of Stars est bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, contempler dans le détail le fin et malicieux maillage de sa composition est un délice non dispensable, à la mesure de la richesse et de l'intensité des émotions qu'il se targue de capturer.





©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Latex Dresses for Prom,Latex catsuits in the goth subculture latex clothes The potential dangers of overheating and dehydration while wearing latex catsuits,The ethics of wearing and producing latex clothing sexy latex clothing
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3