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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 02 janvier 2021
Sa note : 8/20

LINE UP

-Jonas Petter Renske
(chant)

-Dick Anders Nyström
(guitare)

-Sven Roger Öjersson
(guitare)

-Niklas Henning Sandin
(basse)

-Reima Daniel Mojjo Moilanen
(batterie)

A participé à l'enregistrement :

-Anni Kajsa Marie Bernhard
(chant sur "Vanishers")

TRACKLIST

1) Heart Set to Divide
2) Behind the Blood
3) Lacquer
4) Rein
5) The Winter of Our Passing
6) Vanishers
7) City Glaciers
8) Flicker
9) Lachesis
10) Neon Epitaph
11) Untrodden
12) Fighters (Enter the Hunt cover)

DISCOGRAPHIE


Katatonia - City Burials
(2020) - metal prog - Label : Peaceville Records



Aimer inconditionnellement, c'est s'exposer, un jour ou l'autre, à se prendre une bonne tarte infligée par le principe de réalité. Aimer inconditionnellement, c'est aussi s'engager à être honnête. Alors, me voici aujourd'hui confrontée à cet atroce et redouté moment où je vais devoir écrire cette insupportable phrase : « Mon amour, après toutes ces années durant lesquelles tu t'es surpassé, après toutes ces années où j'ai chéri tout ce que tu m'as apporté, je suis au regret de te dire que ce que tu es devenu ne fait plus battre mon cœur. » Katatonia, c'est une part de moi-même, au-delà de ce que les mots peuvent décrire. C'est pourquoi j'ai tant repoussé le moment de rédiger cette chronique. C'est pourquoi mon écrit sera totalement subjectif et personnel. Aimer inconditionnellement, c'est accepter de donner une part de soi-même. J'espère que City Burials ne sera qu'un passage à vide et non le premier coup de glas de réelles funérailles, celles de mon amour inconditionnel pour Katatonia.

Il n'est pas de musique sans silences. Ici hélas, les pauses se transforment en soupirs de lassitude. On éprouve une impression de dislocation. Comme si les silences s'attaquaient à la structure, à la continuité des morceaux, au point de déstabiliser l'ensemble, de le rendre perméable et inconfortable... Un appel du vide désagréable comme lorsqu'on souffre de vertige. "Heart Set to Divide", "Rein", "Flicker", autant de morceaux à l'architecture protéiforme au point de brouiller l'harmonie entre les instruments. Peut-être s'agit-il d'une volonté de s'éloigner des sentiers battus, de flirter avec la musique atonale, cependant l'émotion n'est pas au rendez-vous. Avec "Neon Epitaph" on touche le fond, l'intro interminable laisse place au néant. Trop de silences ? À l'écoute de "Fighters" c'est tout le contraire, on réclame l'accalmie ! Ce titre nous entraîne dans une course épuisante dans laquelle la batterie martèle sauvagement les tympans dans une agaçante ritournelle répétitive à l'envi. Le trio de douceurs est composé de "Lacquer", avec son clavier au son indéfinissable, "Vanishers" qui contient tous les ingrédients tels que la beauté des sons, le soyeux, l'ambiance délicate, mais ne génère au final que de l'ennui, et l'insipide "Lachesis". "Behind the Blood" possède des accents heavy intéressants et originaux pour Katatonia, mais la batterie sur les refrains assomme et écrase tous les reliefs. C'est le même ressenti qui se dégage de "City Glaciers", comme si les rythmiques lissaient le potentiel des riffs.
Deux morceaux sortent heureusement du lot. Soupir de soulagement ? "The Winter of Our Passing" où la batterie apporte une dimension intéressante. Et "Untrodden", moment de grâce. J'ai lu une interview dans laquelle Jonas Renske parlait d'une baisse de créativité touchant Anders Nyström (une des raisons pour lesquelles le groupe avait fait un break après The Fall Of Hearts). Concernant City Burials, il évoquait une volonté de faire des morceaux simples et "catchy" parce que le public aujourd'hui n'est plus à même de maintenir sa concentration lorsque les structures sont trop complexes. C'est certainement l'une des pires phrases que puisse prononcer un musicien ! Si l'artiste en vient à créer pour l'autre et non pour sortir ce qu'il a dans le bide et si en plus il se fait une image diminuée des attentes de son public alors je crois que la mort artistique est proche. D'après Renske, chaque album de Katatonia est composé par réaction/opposition à l'album précédent. The Fall Of Hearts étant une merveille de complexité, de subtilité et d'inspiration, tout s'explique ! Dans une autre interview, Nyström évoque l'absence de dead line qui lui a permis une grande liberté et a débridé son inspiration. En écrivant City Burials, il avait en tête les concerts et les réactions du public. Il a donc composé dans une dynamique calibrée selon les attentes en conditions live. Il s'agit d'une démarche particulière : créer pour plaire. L'album semble en effet remporter un certain succès. En ce qui me concerne, cela m'a coûté énormément d'écrire ces quelques lignes car il m'est très pénible d'avoir une analyse négative de ce groupe que je vénère. Soupir de déception.


Mais qu'est-ce qui ne va pas dans cet album ? L'impression générale qui en émane est d'abord la neutralité totale. Puis après réflexion : le vide... le rien... le creux. Les morceaux se succèdent. D'abord, il y a le plaisir de retrouver les sonorités propres au groupe. Une identité que tympans, cœur et tripes reconnaissent et se préparent à recevoir puis à vibrer en conséquence. Ensuite l'attente. L'anticipation du plaisir. L'attente encore. Puis rien. Peut-être que la production y est pour beaucoup. Cette batterie hyper-présente, pas toujours à propos, peut-être sonnera-t-elle différemment en live ? Que fait le roi sur la magnifique pochette de l'album ? Se tient-il la tête au comble du désespoir ? Se bouche-t-il les oreilles ? Je t'aime toujours Katatonia, mais...





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