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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 10/20

LINE UP

-Jonas Renkse
(chant)

-Anders Nyström
(guitare)

-Fred Norman
(guitare)

-Matthias Norrman
(basse)

-Daniel Liljekvist
(batterie)

TRACKLIST

CD n°1 :
1)Midwinter Gates (Prologue)
2)Without God
3)Palace Frost
4)The Northern Silence
5)Crimson Tears (Epilogue)
6)Gateways of Bereavement
7)Velvet Thorns (Of Drynwhyl)
8)Black Erotica
9)Love of the Swan
10)Funeral Wedding
11)Shades of Emerald Fields
12)For Funerals to Come
13)Epistel

CD n° 2 :
1)Murder
2)Rainroom
3)Nowhere
4)At Last
5)Inside the Fall
6)Untrue
7)Nerve
8)Saw You Drown
9)Quiet World
10)Scarlet Heavens

DISCOGRAPHIE


Katatonia - Brave Yester Days



Un nouveau disque de Katatonia dans les bacs, c'est en soi une excellente surprise, surtout après Viva Emptiness, que je considère comme un excellent album... A y regarder de plus près, l'ancien logo du groupe (avec le pentagramme) y figure. Un retour à des racines bien roots? Non, en fait, ce disque regroupe tous les EP et quelques morceaux, issus des premier et second albums (Dance Of December Souls et Brave Murder Day) de la première période de Katatonia, qui jouait du death mâtiné de doom. Groupe, qui, aujourd'hui, a opéré un virage coulé plus que conséquent, optant pour une musique plus intimiste mais aussi puissante, plus noire encore, plus directe, délaissant la voix death pour la voix claire, avec le succès que vous connaissez.

Brave Yester Days est donc l'occasion rêvée pour faire le point sur un pan de la carrière de Katatonia, plutôt méconnu d'ailleurs. Vingt-trois morceaux sur deux CD nous permettront d'en juger! Car l'évolution (autant technique que d'un point de vue stylistique) est particulièrement visible lors de l'écoute de cette compilation linéaire et chronologique. Autant le dire tout de suite, le contenu du premier disque n'est vraiment pas affriolant: les EP se suivent et se ressemblent, dans un style impersonnel, froid et dans une absence de dynamique totale (pas de breaks ni d'accélérations). Le death que joue ici Katatonia est proche du doom en ce sens, mais la puissance inhérente au genre est ici annihilée par une production crade, lointaine, au son effroyable et par des compositions bien peu inspirées. Le rendu est déprimant au possible... et surtout peu appréciable. La technique est rudimentaire, alignant les minutes sans pour autant aligner les morceaux de bravoure. Chaque morceau use de ses quelques riffs et de ses rythmiques très pauvres jusqu'à la moëlle, pour finir par dégoûter l'auditeur.

De plus, Renkse n'assure ni aux fûts (mais est-ce véritablement sa faute ou celle des compositions elles-mêmes?), ni au chant. Un chant braillard, inexpérimenté et surtout inadapté au genre: trop aigu pour être puissant, trop nasal pour être convaincant. Il en résulte, sur ce premier CD, un défilement de morceaux tous plus décevants les uns des autres (je pense surtout à "Palace Of Frost" et "Shades Of Emerald Fields", trop clichesques autant dans les paroles que dans les «émotions» exprimées), trop approximatifs et languissants pour qu'une oreille, aussi tolérante soit-elle, puisse réellement accrocher.

Vient ensuite le second CD, transitionnel, où Mikaël Äkerfeldt pousse la chansonnette et rattrape (un peu) les énormes erreurs passées, sur les parties de Brave Murder Day et Sounds Of Decay. "Murder" entame cette seconde galette bien plus directement que ses prédécesseurs, dans un riff pachydermique, plus entraînant, plus rythmé et surtout doté d'une production plus compacte, bien que la batterie ait un son trop clair et qu'Äkerfeldt, même s'il est indéniablement meilleur que Renkse sur le chant death, ne soit pas encore de son niveau au sein d'Opeth. Premier changement donc: un son plus lourd (parfois toujours aussi crade), des dynamiques plus imposantes. Le metal se fait ici moins rythmique (un des credos de Blackheim jusque là).

Mais les changements de ton sont rares, même si la musique est plus variée que sur Dance Of December Souls, elle reste parfois languissante et lassante. Second changement: des parties de guitares claires, quasi-acoustiques viennent renforcer la guitare rythmique sur "Rainroom". Un des fondements du futur Katatonia, qui se retrouvera sur Sounds Of Decay, un EP intermédiaire (aucun de ses morceaux n'atterirra sur un LP) mais néanmoins fort intéressant, avec sa production bien meilleure qu'auparavant et ses rythmiques entêtantes. Katatonia se dessine un nouveau visage sur "Nowhere", "At Last" et "Inside The Fall", moins essentiellement black dans l'idéologie et plus directement mélancolique. En prime, Äkerfeldt nous gratifie ici d'un chant plus impressionnant, bien qu'au niveau du mixage, il soit au même niveau que les instruments, ce qui gâche légèrement le plaisir de retrouver notre grogneur préféré..."Untrue", quant à lui, constitue un retour aux sources quasi-instrumental et apocalyptique, cependant bien mieux maîtrisé au demeurant.

Mais l'étonnement est prégnant lorsqu'arrive "Saw You Drown", le dernier EP présent sur ce disque, précédant la sortie de Discouraged Ones. Le virage est d'autant plus surprenant qu'il suit l'écoute de Sounds Of Decay... La musique est différente, les instruments sonnent différemment, la voix sonne décidément différemment. Le chant death a disparu (ce qui n'est pas un mal en soi) au profit de la voix écorchée vive de Renkse, parfois monocorde, mais tellement plus vectrice d'émotions que lorsqu'il utilisait son chant death. La mélancolie est ici palpable, quasi-physique. Katatonia joue toujours une musique «extrême», mais bien plus subtile et volatile ("Saw You Drown", magnifique ode à la tristesse), avec des guitares accordées différemment: plus claires mais toujours aussi puissantes, elles arrivent enfin à exprimer ce que l'on attendait depuis toujours: de la justesse et surtout de la variété de ton. La voix claire est décidément un excellent choix artistique, qui se confimera par la suite...


Que dire d'une telle sortie? Qu'elle est utile? Non, pas vraiment, car le niveau de qualité attendu n'est globalement pas au rendez-vous. Un premier CD dispensable (bien qu'il soit un témoignage des débuts du groupe), un second plus intéressant (une dynamique musicale différente, la voix d'Äkerfeldt et l'EP Saw you drown) mais finalement bien peu représentatif... Parlons-en, du représentatif. Cette «compilation» n'est pas représentative de la qualité du groupe, puisqu'elle regroupe des EP quasi-introuvables et des morceaux qui ne sont pas forcément de très bons choix ("Gateways Of Beravement" et "Rainroom") et surtout qu'elle puise dans un recoin de la carrière de Katatonia qui est fondamentalement oubliable. Bref, pour les fans extrémistes qui collectionnent tout ce qui a trait avec le groupe, et encore... Il vaut mieux acheter les albums à partir de Tonight's Decision et surtout Viva Emptiness, qui est un véritable joyau de mélancolie et de noirceur. Là, vous ne regretterez pas votre choix.


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