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CHRONIQUE PAR ...

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Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 03 février 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jonas Renkse
(chant+guitare+batterie)

-Anders Nyström
(guitare+clavier)

-Frederik Norrman
(guitare)

-Mikael Oretoft
(basse)



TRACKLIST

1) I Break
2) Stalemate
3) Deadhouse
4) Relention
5) Cold Ways
6) Gone
7) Last Resort
8) Nerve
9) Saw You Drown
10) Instrumental
11) Distrust

DISCOGRAPHIE


Katatonia - Discouraged Ones



Aujourd'hui, en regardant Katatonia, on ne voit que quelque chose de rond et de beau. Au toucher, la sensation est agréable. Une grosse boule de metal polie, bien lisse, bien ronde. L'objet pèse un peu mais juste assez pour provoquer une réaction. On pourrait le porter pendant des heures, tranquillement, en marchant au pas. On pourrait encore le faire rouler, il avancerait tout seul, sur un chemin balisé d'avance, pas trop sinueux et, il faut bien le dire, un peu ennuyeux. Mais hier, c'était autre chose, hier. A la place d'une grosse boule se trouvait une flaque de liquide en fusion. Quelque chose de chaud, brûlant même. Qui sentait le souffre et dont il valait mieux se méfier malgré sa couleur attirante. Discouraged Ones, qu'on appelait ça. 

Un état de somnolence, d'apathie, c'est ce que provoque l'écoute de Discouraged Ones. Faisant suite à un doom / death unique et froid sur Dance of December Souls et à la métamorphose de Brave Murder Day, Discouraged Ones ancre le Katatonia ancien dans une spirale hypnotique de spleen. Et cet album pourrait bien être le paroxysme qualitatif de la bande suédoise tant tout y est dosé à la perfection. « Tout », c'est à dire tout ce que l'on peut attendre d'un Katatonia passé maître dans l'art du rock dépressif -«spleenatique » faudrait-il dire : guitares rouillées et lancinantes, section rythmique binaire et inexorable, production chaude et profonde. Tout modeste qu'il est, Discouraged Ones est honnête et bouillonne. Il bouillonne sagement, sans cris ni heurts, mais soyez assuré qu'il dégage une chaleur certaine. On peut essayer de s'en approcher ; évitons seulement de s'y noyer ou de suffoquer dans les vapeurs létales qui en émanent.
Discouraged Ones n'est pas un album de metal. Ce serait trop simple. Non, cet album est plus que ça, lui qui mélange à l'unisson les riffs hypnotiques d'un black metal qui tournerait au ralenti et ceux d'un shoegaze qui aurait goûté au doom metal. Les guitares occupent l'espace et tournoient sans cesse sur des riffs simples et répétitifs, de ce fait diablement efficaces. En plus extrême, Forgotten Tomb usera de la même formule sur son début de carrière de blackeux dépressisf. Mais point de hurlements sur Discouraged Ones. Bien au contraire, la voix est ici posée, claire et très visiblement peu sure d'elle. Au niveau technique, elle livre sans doute une performance médiocre. Au niveau du ressenti, c'est tout le contraire. Comme en météo, c'est le ressenti qui importe. Chevrotante, la voix de Jonas Renkse fait penser à celle d'un Robert Smith (The Cure) un jour de pluie. Mais point de sursauts joyeux sur cet album, où l'on constate d'un regard doux-amer le vide qui nous entoure. Ou plutôt celui qui nous habite. Ecoutez "Deadhouse". Ça pique.
Les compositions sont toutes fondues dans la même cuve. Paresse ? Que nenni, maîtrise de son Art ! Toutes se basent sur le même schéma, à l’exception notable de l'instrumentale sobrement intitulée et de "Gone", centrée sur elle-même et plus froide que l'ensemble. Lenteur assumée, rotation des guitares sur quelques notes tranchantes et dissonantes lorsqu'il ne s'agit pas d'arpèges noyés dans l'écho, couplet, refrain et efficacité. C'est du rock. Abrasif. Avec un peu de chance, les Inrocks auraient pu apprécier. Nul besoin de sortir une piste du lot en particulier : toutes véhiculent cet état de veille, de passivité et d'attente. Au final, plutôt qu'un album a écouter dans un état de déprime saisonnière, voilà plutôt un disque à faire tourner dans un état de fatigue. La tête tourne, les yeux sont mi-clos et l'esprit vagabonde au son des complaintes suédoises. 


Avant de devenir une boule lisse et confortable, Katatonia était un liquide abrasif. Entre les deux, il y a ce Discouraged Ones, que l'on sait aujourd'hui être un point de repère dans la discographie de la formation. Le liquide encore chaud se refroidit et commence à prendre forme. 1998 est une période de transition, un moment de remise en question. Entre la scène doom, la scène shoegaze et la scène rock, Discouraged Ones est un OVNI dont le charme désuet de l'époque n'a pas été affecté par le temps. Au contraire même, car pour retrouver un tel charme en 2013, bon courage. 


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