18975

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 13/20

LINE UP

Dennis "Snake" Belanger
(chant)

-Jason "Jasonic" Newsted
(chœurs+basse)

-Denis "Piggy" D'Amour
(guitare+interludes)

-Michel "Away" Langevin
(batterie+interludes)

A participé à l'enregistrement :

-Ramachandra Borcar
(interludes)

TRACKLIST

1) The Getaway
2) Dognation
3) Mr. Clean
4) After All
5) Odds & Frauds
6) Red My Mind
7) Silly Clones
8) No Angel
9) The X-Stream
10) Polaroids

DISCOGRAPHIE

War and Pain (1984)
Rrroooaaarrr (1986)
Killing Technology (1987)
Dimension Hatröss (1988)
Nothingface (1989)
Angel Rat (1991)
Angel Rat (2) (1991)
The Outer Limits (1993)
Negatron (1995)
Phobos (1997)
Voivod (2003)
Katorz (2006)
Infini (2009)
Target Earth (2013)
The Wake (2018)
Synchro Anarchy (2022)

Voivod - Katorz



26 août 2005, le guitariste de Voivod Denis D'Amour dit « Piggy » décède des suites d'un cancer foudroyant. L'événement funeste affecte tous les fans du groupe québécois, électron libre de la sphère metal, ainsi que les membres de Voivod, qui, totalement abattus, ne se sentent plus capables de continuer l'aventure. Seul le bassiste Jason Newsted refuse d'abandonner et fort de l'influence considérable que lui a conférée sa participation à Metallica, parvient à convaincre ses partenaires de sortir un album à partir des démos que Piggy leur avait adressées peu de temps avant de s'éteindre, sous l'intitulé « Katorz ». L'interprétation post mortem de ces ébauches interroge.

La question n'est pas d'ordre éthique, la transmission de ses dernières idées auprès de ses acolytes constituant clairement un encouragement à poursuivre la carrière de Voivod de la part de Piggy, à qui Katorz est logiquement dédié. L'enjeu concerne plutôt la manière dont les trois autres musiciens se sont emparés de ces esquisses. Celles-ci font suite à un LP auto-intitulé à la tonalité majoritairement rock paru en 2003. "The Gateway", amorce véloce, résonne d'un riff motörheadien façon "Going to Brazil" qui semble confirmer la tendance. La guitare mord dans le gras, le rythme soutenu contribue à faire ressortir les influences punk de la troupe, le riff est entraînant. Pas de solo mais une séquence répétitive d'accords lourds couronnés d'une voix blanche. Le modus operandi fait partie des possibles voivodiens, tout comme la progression heurtée et inquiétante de "Dognation" en enfilade. Néanmoins, à mesure que se succèdent les pistes de Katorz s'installe le sentiment que le potentiel des inspirations de Piggy n'est pas exploité entièrement, ses anciens complices se contentant de dérouler leurs partitions sans réellement parvenir à sublimer les propositions du prolifique compositeur.
Il serait injuste de leur en tenir rigueur compte tenu des circonstances et lorsqu'ils parviennent à bâtir un refrain, le format chanson obtenu rappelle le plus souvent un Nirvana qui flirterait avec la dissonance ou des Foo Fighters toxiques, comme sur "Mr. Clean", "Red My Mind" ou "No Angel", avec sur ce dernier des chœurs, rarissimes chez Voivod. Cependant, faute de thème marquant et de variété rythmique ou harmonique, la plupart des propositions peinent à rester en tête, telles "The X-Stream" et "Polaroids" qui s'essoufflent après une entame virulente. Les lignes de chant peu diversifiées de Snake, dont le timbre monocorde lui a été souvent reproché, n'aident pas à s'attacher aux morceaux que rattrape heureusement le climat à la fois poisseux et froid qui caractérise la formation depuis ses débuts. "After All" donne l'impression que le funk de "Sexx Laws" de Beck a été molesté par le metal anguleux de Helmet tandis que le répétitif "Odds & Frauds" évoque la rencontre infectée entre les Stooges et Can. Les références sont prestigieuses, le résultat honorable, et ce n'est déjà pas si mal.


Désireux de rendre hommage à leur compagnon disparu, les membres de Voivod se sont efforcés sur Katorz de respecter aux mieux les propositions que celui-ci leur a léguées. Trop sans doute, de sorte que les titres ne témoignent que partiellement de cette force de cohésion qui caractérise habituellement le gang canadien. Son onzième LP d'obédience rock n'est pas le plus mémorable mais son climat sombre et ses accents heavy s'inscrivent à plein dans l'ADN de l'entité métallique, garantissant la respectabilité de cette ligne particulière dans la discographie de Voivod.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2