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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 01 mai 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

Sunn O))) :

-Stephen O'Malley
(guitare+basse)

- Greg Anderson
(guitare+basse)

Ulver : 

-Kristoffer Rygg
(chant+programmation)

-Daniel O'Sullivan
(guitare+basse+claviers)

-Tor Ylwizaker
(claviers+programmation)

-Jørn H. Sværen
(autres...)



TRACKLIST

1) Let There Be Light
2) Western Horn
3) Eternal Return

DISCOGRAPHIE


Ulver + Sunn O))) - Terrestrials
(2014) - ambient drone - Label : Southern Lord Records



Pour être franc, ce projet - qui traîne dans les cartons depuis déjà fort longtemps - ne nous a pas occupé l'esprit plus que ça. Sunn O))) et Ulver ? Sur que ça donnait envie ! Ceci dit, nous avions tous d'autres chats à fouetter pendant ce temps là ; d'autant plus que Sunn O))), grand pape du drone à guitares, et Ulver, chef de file de l'avant-garde issue du metal, continuaient tous les deux de nous abreuver de leurs sorties respectives. Bref, pour faire simple : lorsque Terrestrials est finalement sorti en début d'année 2014, nous étions contents, mais sans sauter au plafond non plus. Restait à nous convaincre.

Savoir garder la tête froide face à ce genre de sorties est primordial pour ne pas se retrouver phagocyté par tel ou tel camp. D'un côté, les plus visibles, les haters. Ceux pour qui Sunn O))) n'est qu'une vaste blague - sûr qu'en écoutant seulement sur Youtube, en même temps, dur de ressentir l'aspect proprement physique de la chose - et pour lesquels Ulver joue les marchands de sable. De l'autre côté, présents tout pareil si l'on y pense, les dévoués. Les hipsters du metal (même si de metal, il n'est point question sur Terrestrials) pour qui Sunn O))) est forcément bon, et Ulver forcément incompris à force d'être en avance sur son temps. L'idée de base est d'être au milieu de tout ça. Oui, Sunn O))) et Ulver peuvent exceller. Mais ils peuvent aussi êtres un peu relous. Les deux écueils à éviter étaient 1) le split, avec chacun ses morceaux 2) la semi-collaboration, avec des morceaux communs, mais avec des frontières étanches au sein même de ces morceaux (« olol on va mettre des grosses guitares, puis on arrête, puis le type d'Ulver chante, puis il arrête, puis... and so on »). La première écoute est un ravissement :  la collaboration Sunn O))) / Ulver n'est pas qu'un vain mot. Première victoire, donc : une fusion réussie. Au long des 35 minutes (un peu court jeune homme) que dure le LP, on entend clairement Sunn O))) AVEC Ulver. Mieux, en tendant l'oreille, on distingue carrément chaque musicien de chaque entité. La production du disque aura pris des années, mais pour le coup, elle est parfaite. Tout se tient et, en fermant les yeux, on voit O'Malley se tenir aux côtés de Rygg. Joli couple.
Vous aurez remarqué que j'évite le fond de la chose. C'est qu'il n'est pas facile d'appréhender le fond, s'agissant de Terrestrials. Chose habituelle pour du drone / ambiant. Ce qu'il faut retenir, d'une manière générale, c'est que les grosses guitares de Sunn O))) sont cachées ou jouent en sourdines, au dernier-plan. Information d'importance, qui mérite d'être répétée :
« PAS DE GROS DRONE QUI BOURDONNE ». Ceci étant dit, l'ambiance est posée par d'autres drones, qui viennent davantage d'Ulver, on le sent, mais qui possèdent la lourdeur du groupe américain. Au sein des drones, les détails fourmillent et auront de quoi régaler l'amateur d'archéologie, qui creusera sous les couches successives pour y trouver son bonheur (un certain nombre de fouilles seront clairement nécessaires - rien, ici, ne se découvre dès la première écoute). Autre point clef : l'ambiance n'est pas noire. La pochette était un indice. Loin des ténèbres, l'ambiance de Terrestrials est... vivante, hum, habitée. Quelque chose se cache dans les vapeurs. Ça remue. Ça respire. C'est là : potentiel. Et pas forcément agressif ni mauvais. Juste... l'énergie est là, potentielle. D'où, également, la faiblesse de Terrestrials : sa potentialité, qui dure, qui dure, et dure. Les pistes, prises une à une, n'offrent pas d'accroches ni de climax qu'on attend pourtant avec fébrilité. Il faut finalement attendre la seconde moitié d'"Eternal Return" pour qu'enfin la vie émerge vraiment : Kristoffer Rygg prend place, sur fond de cordes en tensions (où l'on retrouve un léger côté "Glamour Box (Ostinati)" [Messe IV.XVI / Ulver] dans ce final).

Pour une fois dans le cadre d'une collaboration, la montagne n'accouche pas d'une souris. Terrestrials s'inscrit dans la continuité respective des deux discographies concernées. Loin du pur drone à guitare de Sunn O))), l'album penche souvent du côté Ulver de la force : plus délicat, plus lumineux... Reste qu'on sent la présence de Sunn O))). Et l'on constate avec plaisir que la fusion n'est pas vaine et que l'objet possède ses qualités. Évidemment, si vous n'aimez ni Sunn O))), ni Ulver... 


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