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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 03 novembre 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-Kristoffer Rygg 
(chant)

-Tore Ylwizaker
(claviers+programmation)

-Jørn H. Sværen
(autres...)

-Tromsø Chamber Orchestra
(charpente musicale)

TRACKLIST

1) As Syrians Pour In, Lebanon Grapples With Ghosts Of A Bloody Past
2) Shri Schneider
3) Glamour Box (Ostinati)
4) Son of Man
5) Noche Obscura des Alma
6) Mother of Mercy

DISCOGRAPHIE


Ulver - Messe I.X – VI.X.
(2013) - ambient orchestral & cinématographique - Label : Jester Records



Une phrase tournée, retournée, effacée, recommencée... Une torture pour trouver le juste mot : comment qualifier Ulver en 2013 ? Après être passé par toutes les étapes, du metal le plus sec aux reprises seventies, en passant par l'électro-jazz décomplexé, Ulver confirme avec Messe qu'il reste bel et bien l'un des groupes les plus « black metal » dans l'âme. Avec cette volonté de faire seulement ce que bon lui semble, se fichant tant de plaire que de suivre les tendances, le groupe Norvégien se fait désormais plus insaisissable que jamais. Sur Messe (dont les « croix-v-bâtons » disparaîtront le temps d'une chronique), Ulver prend de la hauteur.

Une hauteur géographique d'abord, en allant se réfugier au nord de leur sacré pays qu'est la Norvège, à Tromsø, afin de faire appel au Tromsø Chamber Orchestra. Tromsø, ou la « Paris-du-Nord », comme on l'appelle plus qu'à tort, est si hautement placée sur la carte que la nuit y dure parfois vingt-quatre heures. Autant dire que tout cela est autrement plus dur à vivre que nos hivers locaux, pourtant montrés du doigt chaque année par nos charmants médias. Comme si l'hiver était quelque chose d'étonnant. Je suppose que ce doit être ça, d'écouter de la pop estivale toute l'année : on finit par oublier la nuit, le froid, l'hiver, l'introspection. Ulver, lui, n'oublie jamais tout cela et évidemment, cet isolement se ressent sur l'ambiance générale de l'album, nocturne à souhait. La nuit, la neige... tout cela étouffe tout au-delà du cercle polaire. Et le constat est le même sur Messe, où ne subsiste rien d'autre que l'Orchestre Arctique, qui a le champ libre pour s'exprimer pendant une cinquantaine de minutes. Aucun pollution métallique n'interfère avec le sublime des orchestrations et c'est à peine si l’électronique pointe le bout de son nez. Ulver tel qu'on le connait est également en retrait et le chant de velours de Garm n’apparaît qu'à la quatrième piste, et, là encore, seulement par touches, à la manière d'une aurore boréale : fantomatique mais fascinante. Un rapide coup d’œil sur "Mother of Mercy", vous comprendrez. 
La hauteur prise par Ulver est également intellectuelle. On commence a être habitué. En témoignent tant les titres alambiqués ("As Syrians Pour In, Lebanon Grapples With Ghosts Of A Bloody Past") que la musique, réfléchie et peaufinée dans ses moindres détails. Rien n'est jamais simple dans la démarche expérimentale d'Ulver, qui prend une nouvelle fois le risque de laisser la majeure partie de la planète hors de son sillon. Le niveau était déjà haut sur War of the Roses (et son final récitatif de dix-huit minute tout en spoken-word) ; il l'est encore davantage sur Messe. Tout y est subtil, au millimètre près en permanence. Car « subtilité  » mérite d'être le maître-mot de cet album, qu'il vaut mieux écouter fort, non pas pour s'en prendre plein la pogne comme on le ferait avec un Slayer-des-familles, mais bien plutôt pour pouvoir apprécier à sa juste valeur / finesse / complexité la musique gravée. « S'en prendre plein la pogne », ce n'est pas franchement ce qui arrive pendant les 50 minutes que dure le disque, mais, entre ces passages simplement, hum, agréables et transitoires se cachent tout de même quelques montées en puissance, de cinq, dix, vingt secondes, qui justifient à elles-seules l'écoute. On commence par lancer l'album pour ces danses de cordes (ô, "Glamour Box", que je t'aime, toi et ta montée bouleversante qui prend des airs de cinéma ) et, le temps aidant, on finit également par s'attacher au reste, à tout ces petits instants moins grandioses, mais qui cimentent le tout. A toutes ces petites percussions, à tous ces pincements, à tout ces effets d'arrière-plan... 


Un grand album, voilà tout ce qu'est Messe. Un album qui n'est ni évident, ni facile d'accès mais qui, au risque d'être pompeux (il semble que tout ça n'effraie plus franchement les loups Norvégiens), est réellement Orchestral. Avec un grand « O ». L'orchestre Tromsøïte n'est pas un simple faire-valoir : il est toute la musique. Éventuellement, Ulver se fait remarquer aux cotés de ce monstre de grâce, mais toujours intelligemment. Mieux vaut d'ailleurs oublier qu'il s'agit d'un album d'Ulver, au risque d'être déçu, et prendre le tout comme il vient, avec ses forces et ses faiblesses mais surtout avec ses forces, dans le cas présent. 


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