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CHRONIQUE PAR ...

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Crafty
Cette chronique a été mise en ligne le 23 octobre 2007
Sa note : 17/20

LINE UP

-Kristoffer Rygg
(chant+programmation)

-Tore Ylwizaker
(programmation)

-Jørn H. Sværen
(divers)

TRACKLIST

1)Eos
2)All The Love
3)Like Music
4)Vigil
5)Shadows Of The Sun
6)Let The Children Go
7)Solitude
8)Funebre
9)What Happened?

DISCOGRAPHIE


Ulver - Shadows Of The Sun



Dans la famille « Je-ne-sors-jamais-de-mauvais-album », je demande le fils. Après un demi silence radio (n'oublions pas leur collaboration avec Sunn O))) ) qui a suivi la sortie de Blood Inside en 2005, Ulver revient en annonçant début juillet qu'un septième album (mettons à part EP et bandes originales) allait sortir dans quelques mois seulement. Inattendu et précipité, on a compté les jours jusqu'à pouvoir tenir le précieux entre nos mains...

Car on le sait, chez Ulver, on ne peut être sûr que d'une chose : on ne peut être sûr de rien. Rien n'indiquait quel type d'album allaient-ils sortir. On pouvait très bien se retrouver avec un double album de hip-hop. D'une certaine façon, la seule chose dont on pouvait se douter, c'est que la qualité allait être au rendez-vous. Et nos doutes ne peuvent que se confirmer avec Shadows Of The Sun. Cette fois-ci, c'est dans un registre électro-ambient que nos mystérieux Norvégiens officient. Plus étonnant en revanche, la présence d'une reprise de Black Sabbath, "Solitude", tirée de Master of Reality, qui est ici sublimée ainsi que la présence de "Eos" dont le thème est tiré de "Gravferd", sorti sur la bande originale du film Uno.

La récurrence des adjectifs sombre et mélancolique dans la discographie d'Ulver devient hallucinante. Néanmoins force est de constater que rarement la musique d'Ulver aura autant été une musique à écouter dans certaines circonstances, dans un certain contexte. Un jour de pluie, la nuit, après une triste nouvelle... Quand on a l'impression que plus rien ne peut nous éblouir, Shadows Of The Sun est là. Un peu comme Perdition City, dont l'ombre plane inévitablement. Pour autant, les différences sont notables : Shadows Of The Sun aurait pu être conçu dans le même environnement qu'un album de jazz nordique. L’intensité y est moins forte, le caractère planant plus poussé, sans compter l'apport des violons et du saxophone. La présence de Pamelia Kurstin (David Byrne) au thérémine (instrument trop souvent laissé pour compte) y est sans doute aussi pour quelque chose.

Des instruments nouveaux au service d'une musique renouvelée, ça pourrait être une description de Shadows Of The Sun. L'apport du saxophone y est ici tout à fait remarquable, pour preuve le titre "All the Love", qui vient directement retourner l'auditeur sur son final. C'est aussi grâce aux sonorités apportées par l'autrichien Christian Fennesz que l'album gagne en subtilité. Un véritable travail d'orfèvre s'offre à nous dans sa forme la plus belle, à travers le piano notamment, mais aussi grâce aux nappes atmosphèriques, en témoigne "What Happened?". A l'instar de Coil et de son dernier album, ils transcendent l'idée de ce qu'est la musique industrielle en apportant des sons que l'on dirait issus de la Nature elle-même. C'est cette synthèse que le groupe a décrit lui-même avant la sortie, «des sons électroniques apaisants avec des percussions naturelles». A l’écoute de l’organique et magistral "Let The Children Go", on ne peut qu’acquiescer…


Sans doute l'album le plus cohérent et l'un des albums les plus faciles d'accès de la discographie d'Ulver (ainsi que l’un des plus chaleureux), Shadows Of The Sun ne déçoit pas. Il prouve juste que la bande à Garm est définitivement une entité polymorphe, qui transforme tout ce qu'elle touche en or, avec une facilité qui en déconcertera plus d'un. Album court (d’autant qu’il compte une reprise et un titre dont le thème date un peu), ne possédant aucun temps mort, aucun instant de faiblesse, Shadows of the Sun est définitivement une des plus belles confirmations de l’année. À écouter dans les longues soirées d’hiver…


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