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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 07 mars 2016
Sa note : 19/20

LINE UP

-Jørn Henrik Sværen
(chant)

-Kristoffer Rygg
(chant+programmation+percussions)

-Daniel O'Sullivan
(guitare+basse+programmation)

-Tore Ylwizaker
(claviers+programmation)

Guests :

-Ole Alexander Halstensgård
(programmation)

-Anders Møller
(percussions)

-Ivar Thormodsæter
(batterie)

TRACKLIST

1) England's Hidden
2) Glammer Hammer
3) Moody Stix
4) Cromagnosis
5) The Spirits That Lend Strength Are Invisible
6) Om Hanumate Namah
7)
Desert/Dawn
8) D-Day Drone
9) Gold Beach
10) Nowhere (Sweet Sixteen)
11) Ecclesiastes (A Vernal Catnap)
12) Solaris

DISCOGRAPHIE


Ulver - ATGCLVLSSCAP
(2016) - electro ambient psychédélique - Label : House of Mythology



C’est avec une tristesse infinie, des larmes plein les yeux, que je me penche sur Droom, alité, la chronique mal en point. Son visage pâle trahit les affres d’un déclin inexorable.
-Winter ? C’est toi ? Mon temps comme chroniqueur est compté…
L’émotion m’empêche de prononcer les paroles apaisantes attendues. Je me penche et lui baise le front (je lui embrasse le front donc, n’allez pas donner un sens erroné au verbe…).
-Ulver…
-Quoi ?
-Ulver… Tu dois chroniquer le dernier Ulver… Fais le pour moi… Tu me le promets ?
-C’est… C’est promis.


Les dernières volontés d’un mourant, ça se respecte, mais parfois le poids du devoir est lourd. Ulver… merde… Ce n’est pas que je déteste, mais disons que ma relation avec ce groupe est… intermittente. Leur période black metal m’en a bougé une sans toucher l’autre, et depuis qu’ils s’adonnent aux joies des mélodies ambient/electro/trip hop, je n’ai vraiment adoré que Perdition City. Non pas que je déteste des œuvres comme Shadows of the Sun, Messe I.X-VI.X, voire Blood Inside, mais disons que je leur reproche une certaine indéfinition, une certaine mollesse qui ne les empêche pas d’être également très brillantes de manière ponctuelle. Il y a bien sûr l’extraordinaire Childood’s End, mais comme les compos ne sont pas d’eux... Bref, j’accueille ce cadeau empoisonné avec une certaine crainte. Serais-je à la hauteur d’un groupe que je cerne mal ? La réponse est simple : je ne pense pas avoir élevé mon niveau de compréhension, c’est plutôt le groupe qui a daigné descendre jusqu’à moi, par l’intermédiaire d’un pur chef-d’œuvre. Pourquoi n’ai-je pas mis 20 ? Parce qu’ "Ecclesiastes" me paraît un petit cran en dessous du reste. La magnificence de tout ce qui précède permet d’avaler ce titre sans broncher, on écoute même avec un certain bonheur les litanies du titre des Verseaux (onzième position), mais on jouira un peu moins que sur le reste de cette pièce maîtresse de la musique pysché-electro-trip-hop-ambient. Autre petit grief ? Le titre de l’album. Le symbolisme zodiacal mérite à mon avis autre chose que de bêtes initiales.
Voilà. Pour le reste, c’est l’extase complète. ATGC… est une sorte de Live at Pompeii remis au goût du jour. Enregistré « dans les conditions du direct », lors de douze concerts, mélangeant nouvelles compositions et reprises de morceaux antérieurs – il paraît qu’il y en a quatre, désolé, je n’en ai identifié que deux : "Moody Stix" et "Nowhere" –, le nouveau travail des Norvégiens possède une composante psyché nouvelle – amorcée il est vrai sur le précédent EP dronien Terrestrials et bien palpable, essentiellement du Lion au Sagittaire. Si le contenu très ambient des morceaux relatifs à ces deux derniers signes peut s’apparenter à de simples transitions, très réussies néanmoins, le triptyque "Om Hanumate…" / "Desert Dawn" / "D-Day Drone" est peut-être ce que l’on a fait de mieux en termes de sensations electro-psychédéliques. Après une puissante invocation du dieu singe aux puissantes mâchoires, Hanuman, l’Aube du Désert fait monter la tension et active l‘imaginaire de l’auditeur au fur et à mesure que la montée d’orgues d’une profondeur infinie serre notre gorge. Quant à "D-Day-Drone", c’est justement une errance hypnotique dans le désert, sur un terrain également foulé par Om ou par Zaum, le côté métallique en moins. Réduire l’album à ce triptyque central serait néanmoins une énorme erreur : il y a un avant et un après.
L’avant : un autre triptyque, plus cristallin, moins vaporeux, printanier, pour continuer avec les analogies astrologiques, parfaitement amené par les cloches annonciatrices d’un événement musical majeur que l’on entend sur "England’s Hidden". "Glammer Hammer" et "Moody Stix" sont moins surprenants que le triptyque central, car ce sont des sonorités plus conformes à ce que l'on attend d'Ulver, mais ils n’en sont pas moins beaux pour autant. Le côté lisse et un peu glacé de compositions inspirées de Craig Armstrong en solo ou époque "Heat Miser" chez Massive Attack est ici aussi accessible qu’irréprochable. Les titres s’écoutent facilement sans pour autant être simplistes. "Cromagnosis" clôt cette première passe de trois en évoquant déjà fortement Pink Floyd, mais du côté de leur face claire. Plus facétieux que les titres précédents, il émoustille l'auditeur par l'incursion inattendue de rythmes « big beat » à la Propellerheads dans la deuxième partie du morceau. L’après : le verbe. Entendre Kristoffer chanter sur "Nowhere" après neuf pistes de titres instrumentaux tripants, c’est un peu comme sortir d’un transit vers une destination inconnue, voir la lumière et entendre les Anges. Autant dire qu’il s’agit d’une expérience impactante qui se perpétue, avec un peu moins de bonheur, sur "Ecclesiastes", avant que, symbolisme du cercle oblige, "Solaris" nous prépare à une nouvelle rencontre avec "England’s Hidden".


Avec ATGCLVLSSCAP, Ulver frappe un très grand coup. L’écoute de ce colossal mélange de sonorités psychédéliques, electro et ambient va forcément fasciner toute personne un tant soit peu réceptive au message que délivrent les Loups depuis Perdition City. D’une richesse confinant à l’exubérance, cette nouvelle et immense œuvre confirme que le temps est bien une notion étrange puisque l’album est censé durer une heure vingt, mais le fait qu’il me happe à chaque fois que je l’écoute ne m’a pas permis de savoir combien de temps il durait réellement.




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