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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 31 octobre 2018
Sa note : 14/20

LINE UP

-Emmanuelle Zoldan
(chant)

-Morten Veland
(chant+guitare+claviers+basse)

-Jan Erik Soltvedt
(guitare)

-Nils Courbaron
(guitare)

Ont participé à l'enregistrement:

-Yannis Papadopoulos
(chant sur "Love Like Cyanide")

-Østen V. Bergøy
(chant sur "Aerodyne")

-Emilie Bernou
(chœurs)

-Damien Surian
(chœurs)

-Mathieu Landry
(chœurs)

-Stéphanie Valentin
(violon)

TRACKLIST

1) In Styx Embrace
2) Into the Night
3) Love Like Cyanide
4) Desire
5) Asphyxia
6) Queen of Lies
7) Nos Heures Sombres
8) The Voyage
9) Aerodyne
10) The Twilight Hour
11) Glowing Embers

DISCOGRAPHIE


Sirenia - Arcane Astral Aeons
(2018) - metal symphonique - Label : Napalm Records



Mesdames et Messieurs, bienvenue à la grande loterie de la sirène. « Mais qu’est-ce donc ? », me direz-vous ? Eh bien, chers lecteurs, Morten, cofondateur de Tristania et fondateur de Sirenia (groupe qui nous intéresse ce jour) a décidé de jouer avec nos oreilles. Un coup il propose un chef d’œuvre, un coup une aberration et entre deux un album moyen ! Que vaut Arcane Astral Aeons ? Roulements de tambour….

Les amateurs de metal gothique mélodique des années 1990 connaissent forcément Morten. Tristania a frappé fort avec ses deux premiers albums, Widow’s Weed et surtout le petit chef d’œuvre qu’est Beyond the Veil. Une brouille plus tard, le voilà éjecté du projet. Pas démoralisé pour un sou, il s’en va fonder Sirenia (oui, le monsieur entretient une passion pour les sirènes difficilement explicable) et va proposer coup sur coup At Sixies At Seven, qui reprend les bases gothiques de Tristania mais avec un apport beaucoup plus symphonique (entre temps Nightwish et Within Temptation ont pris leur envol) et An Elixir For Existence. Ce second essai, est, pour moi, le chef d’œuvre période « Beauty and the Beast » de Morten. Puis patatras. Opportuniste, Morten, admiratif du succès d’Evanescence, de The Silent Force et de Within Temptation (si si il l’a affirmé lui-même dans une interview) recrute Monica, une Suédoise à la voix magnifique, et offre Nine Destinies and a Downfall, sorte de sous metal symphonique ultra pompeux qui s’en sortira grâce au talent inné de Morten. Une brouille avec Monica plus tard, c’est la ravissante Aylin, son jeune âge et la voix non maîtrisée qui débarque. Si le premier essai The 13th Floor est passable, son successeur, Enigma of Life, a failli sonner le glas pour Sirenia, tant ce disque est une sombre blague. Puis par un tour de passe-passe le groupe sort Perils of the Deep Blue, qui renoue avec l’esprit gothique en plus sombre, plus heavy et plus direct. Aylin a mûri et sa voix est maîtrisée à la perfection. Un album indispensable. Son successeur, The Seventh Life Path, un chouilla en dessous (merci au mixage atroce) reste dans la même veine et rempli clairement le cahier des charges. Une brouille avec Aylin plus tard - le sujet demeure relativement tabou - et la Provençale Emmanuelle Zoldan, qui collabore avec Sirenia depuis un moment, en devient la vocaliste attitrée. Dim days of Dolor voit le jour, et un changement de son se fait déjà ressentir. La proposition est moins gothique que les deux précédents et l’ensemble était de bonne facture sans atteindre le niveau d'un An Elixir for Existence ou un Perils of the Deep Blue. Ce changement dans les compositions va se faire clairement ressentir sur la nouvelle livraison des Franco-Norvégiens, Arcane Astral Aeons.
Premier constat, la pochette, signée Gyula Havancsák se veut moins sombre que les précédentes. Plus lumineuse, plus gracieuse même. Le rendu est plutôt chouette. La part gothique de Sirenia s'amenuise encore davantage avec Arcane Astral Aeons. Ce nouvel essai joue clairement dans la cour metal symphonique à la Nightwish. Les deux premiers singles, "Love Like Cyanide" et "Into The Night" en sont le parfait exemple et manquent clairement de personnalité. Alors évidemment, on reconnaît tout de même la patte Morten, grâce aux chœurs et aux solos reconnaissables entre mille (un peu comme ceux de Lanvall au sein d’Edenbridge). Cependant, quand un groupe existe depuis presque vingt ans, on est en droit d’attendre mieux que ces deux titres. Et malheureusement ce ne sont pas les seuls à manquer clairement de personnalité. "Desire" (malgré ce pont « chanson française des années 1930 » fort plaisant) ne mérite presque pas qu’on s’arrête dessus. "The Voyage" et dans une moindre mesure, "Aerodyne" (et son petit riff fort sympathique ainsi que le sublime timbre d'Osten Bergoy, ex-Tristania) s’écoutent également avec trop de facilité et reprennent les mêmes codes. Je préfère même "Nos heures Sombres", titre en français, assez simplet voir cliché mais avec une ambiance propre au groupe et qui a fait son succès au fil des ans c’est-à-dire ses chœurs imprégnés d’une mélodie assez mystique durant le pont et soutenu par un petit solo efficace. Fort heureusement, Morten et sa troupe ont de bien belles choses sous le coude. Comment ne pas parler de "In Styx Embrace", monument de metal symphonique ? Les Scandinaves y déversent une puissance sans temps mort durant six minutes. La structure est pourtant vue et revue (chœurs, riff saturé, refrain mémorisable à la première écoute, grunts de Morten) mais le titre constitue tout de même une réussite et s’annonce mémorable en live. Il faut dire que l’apport d’Emmanuelle est un vrai atout. Si Aylin avait un talent reconnu, la Française possède un registre lyrique que ne partageait pas sa consœur ibérique et apporte une vraie plus-value à ce morceau, ainsi qu' à "The Twilight Hour".
On en arrive à ce qui forme pour moi la vraie force d’Arcane Astral Aeons: la palette de sa vocaliste. Excellente en voix lyrique (malgré quelques mimiques vocales à gommer dans le futur), Emmanuelle va également se révéler grandiose sur des morceaux plus pop, là où sa devancière excellait. Comment ne pas évoquer "Asphyxia" (et surtout pourquoi ce titre n’a pas été choisi comme single ?) véritable pépite, tube metal symphonique, surement le meilleur hit de Sirenia, qui a souvent échoué dans l’exercice ("My Mind’s Eyes", "Lost In Life", "The End of it All"). Mais cette fois ci, et Emmanuelle n’y est pas étrangère, c’est une réussite totale. Pourtant il est question d'une proposition basique couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. Mais c’est tellement bien exécuté et maîtrisé qu’on est probablement face à un futur classique du groupe. Autre exemple où la mezzo soprano excelle dans cette voix pop, le titre de clôture "Glowing Embers". Ce dernier me fait penser au sublime "Siren of Seven seas" (meilleur morceaux de The 13th Floor et qui concluait également l’essai). Les chœurs chers à Morten sont sublimes et le refrain, au sein d’une chanson assez mid tempo, est imparable et à de quoi faire rougir beaucoup de groupes. C’est parfaitement maîtrisé et exécuté. À noter que la traditionnelle ballade de fin d'album a disparu. Sirenia est ainsi à la croisé des chemins. Plus symphonique que jamais, les propositions d’Arcane Astral Aeons sont dans un entre deux. Effectivement l’apport gothique se fait encore sentir par moment (la puissante et excellente "Queen of Lies") et les grunts (parfaitement maîtrisés) de Morten sont partiellement présents.


Ce nouveau recueil contient de grandes choses ("In Styx Embrace", "Queen of Lies", "Asphyxia", "Glowing Embers") mais également de moins bonnes (l’enchaînement "Into the Night", "Love Like Cyanide" alors que "Desire" est vraiment décevant). Mais voilà, malgré des défauts que l’on retrouve souvent avec Morten, on passe outre car le gaillard de Stavanger compose avec son cœur, ses idées, de sorte que les fans sont toujours présents et finissent par pardonner ces quelques écarts.


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