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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 05 août 2026
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jeremy "Jaz" Coleman
(chant+claviers)

-Kevin "Geordie" Walker
(guitare)

-Martin "Youth" Glover
(basse)

Ont participé à l’enregistrement :

-Nick Holywell-Walker
(claviers+programmation)

-Geoffrey Edward Robert "Geoff" Dugmore
(batterie)

TRACKLIST

1) Savage Freedom
2) Democracy
3) Prozac People

4) Lanterns
5) Aeon
6) Pilgrimage
7) Intellect
8) Medicine Wheel
9)
Absent Friends
10) Another Bloody Election

DISCOGRAPHIE

Killing Joke (1980)
What's THIS For...! (1981)
Revelations (1982)
Fire Dances (1983)
Night Time (1985)
Democracy (1996)
Absolute Dissent (2010)
MMXII (2012)

Killing Joke - Democracy



Quelle identité, quel genre, quel territoire ? Ces questions sont récurrentes à chaque sortie de Killing Joke. Au retour de flamme post punk à l’entrée des années quatre-vingt-dix a succédé un virage indus sur Pandemonium (1994). Le bon accueil réservé à ce dernier laisse envisager une stabilisation de trajectoire sur son successeur paru deux ans plus tard. Et pourtant.

La guitare acoustique qui scande le thème obstiné de "Savage Freedom", où couplets et refrain se confondent, dit une chose d’emblée : Democracy ne sera pas un Pandemonium bis. Plus aimable, la production confiée à Youth est remarquablement équilibrée. Le bassiste a réalisé un travail remarquable qui valorise particulièrement le chant de Jaz Coleman, dont les inflexions âpres se mêlent avec bonheur avec ses lignes en voix claire, ce qui n’a pas été toujours le cas – cf. le bancal Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions (1990).
La noirceur véhiculée par les Londoniens se dilue mais ne disparaît pas, même s’il faut tendre l’oreille pour la distinguer sur "Lanterns" et "Pilgrimage", qui pourraient être repris autour d’un feu de camp scout… à condition toutefois d’enlever les guitares en combustion permanente et gommer un rythme obsédant. La mélancolie pointe sous chaque séquence, magnifiée par les refrains déchirants de "Democracy" et "Prozac People", imprégnés d’un romantisme inversement proportionnel aux paroles militantes et désabusées du frontman.
Romantisme, oui. La guitare de Geordie Walker tisse un tapis sonore certifié cent pourcent gothique, parfaitement adaptée à la transe recherchée sur "Aeon". Le trajet manque de relief mais la réminiscence de "Night Time" est plaisante. L’écho de l’œuvre référence de la formation enveloppe avantageusement un "Absent Friends" un peu poussif, avant que les trois compères ne concluent l’affaire sur "Another Bloody Election", du punk avec fioritures – encore la guitare acoustique. Cette conclusion abrupte ne saurait faire de l’ombre aux deux réjouissances que sont "Medicine Wheel", flûte de pan et incantation rageuse – la transe fonctionne, cette fois – et "Intellect", piste vrillant autour d’un motif impitoyable façon Ministry, bonifiée par des modulations orientalisantes et une ambiance dancefloor.


Le diagnostic d’une instabilité chronique se confirme pour Killing Joke. À l’exception d’un (excellent) titre, la créature protéiforme délaisse l'indus, se rappelle épisodiquement de sa jeunesse punk et se complaît dans une atmosphère gothique qui se marie à merveille avec ses penchants mélancoliques. Doté d’un son pas loin d’être unique alliant soufre et cristal, Democracy est un amalgame réussi d’éléments antagonistes – rarement paroles et musique n’auront été aussi décorrélées. De quoi désarçonner. Ou enchanter. Voire les deux en même temps.



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