6036

CHRONIQUE PAR ...

40
Joe Le Hareng
Cette chronique a été mise en ligne le 11 juin 2013
Sa note : 19/20

LINE UP

-Josh Homme
(chant+guitare)

-Troy Van Leeuwen
(guitare)

-Dean Fertita
(claviers+guitare)

-Michael Shuman
(basse)

-Joey Castillo
(batterie)

-Dave Grohl
(batterie)

-Jon Theodore
(batterie)

TRACKLIST

1) Keep Your Eyes Peeled
2) I Sat By The Ocean
3) The Vampyre of Time and Memory
4) If I Had a Tail
5) My God Is The Sun
6)
Kalopsia
7) Fair Weather Friends
8)
Smooth Sailing
9) I Appear Missing
10)
... Like Clockwork

DISCOGRAPHIE


Queens of The Stone Age - ... Like Clockwork
(2013) - rock rock nerveux et robotique - Label : Matador Records Rekords Rekords



Josh Homme est un homme qui avance. Multipliant les projets, les apparitions, il en viendrait presque à oublier son groupe, du moins ce qu'il en reste. Car ça fait bien longtemps que les Queens of The Stone Age s'apparentent plus à une auberge espagnole qu'à un véritable groupe, dans le sens usuel du terme. Pourtant, au gré de ses pérégrinations le grand Homme ressent le besoin de rassembler ses troupes sous la bannière des acronymés QOTSA, s'enferme dans son studio et ressort avec ...Like Clockwork.


Si on peut reprocher à Homme bien des choses, le fait de rester les deux pieds dans le même sabot n'en fait pas partie. Le gars aurait pu continuer à sortir le même album depuis les années 90, surfer sur la vague stoner qu'il a largement contribué à créer et se la couler douce entre deux clones de Song For The Deaf. Que dalle (aucune tentative de blague avec le nom de sa femme n'a été tenté ici), les gars qui s'attendent à un « retour aux sources » tant à la mode ces temps-ci en seront pour leur frais. Bien sûr l'album « sonne » Queens of The  Stone Age, grâce, mais pas que, à une prod léchée et limpide qui ordonne les sons d'ampli éraillés, les couches d'instruments et de vocaux pour un résultat bien supérieur à la somme de ses composantes.

Donc Josh file à son studio, son fidèle Troy Van Leeuween sous le bras et appelle deux-trois copains : Mark Lanegan, Alain Johannes, Trent Reznor : des têtes connues. Même le banni Nick Oliveri viendra pousser de la voix, mais pour la basse il repassera. Le climat est un peu tendu avec Joey Castillo, le sus-nommé jouera sur quelques titres, quittera le groupe et le reste sera confié au sémillant Dave Grohl jamais bien loin du rouquin. C'est pas assez prestigieux ? Allez hop, Josh appelle Sir Elton John, qui vient faire le coup de poing sur un titre, excusez du peu. Tout ce petit monde s'affaire à faire ce qu'il sait faire et sous la direction d'Homme enregistre une dizaine de titres. L'artwork apparaît ça et là, sobre mais efficace comme à l'accoutumé. L'attente se fait longue mais comme souvent, elle en valait la peine.

Les singles laissaient présager du bon, le résultat sera proche de la perfection : le QOTSA 2013 est un grand millésime. Bien sur la première écoute fera des déçus, mais bien fou sera celui qui en restera là. Pour filer la métaphore du vin, ce ...Like Clockwork prend son temps, se déguste,se dévoile petit à petit, presque pudiquement. Exit les gros riffs qui moulinent sur fond de fuzz, exit les guitares sous-accordées, ce ...Like Clockwork semble être un enfant bâtard de Lullabies to Paralyze et Era Vulgaris. Des chansons, et des bonnes, des ambiances, des arrangements, des accords dissonants. Les titres se suivent et ne se ressemblent pas, formant pourtant un tout parfaitement cohérent, une espèce d'histoire racontée par un robot déglingué amateur de vieux rock enfumé et de ritournelles pop crépusculaires.

Difficile de détacher les morceaux lors des premières écoutes... Soudain, sous le levier d'un arrangement vocal lancinant , d'un petit fill de guitare qui perce, les morceaux remontent à la surface en formation serrée. "My God is the Sun" en tête. Un riff qui crie « Josh Homme », un refrain catchy et la magie opère. Puis les perles s'enfilent : " I Sat ByThe Ocean", "Kalopsia", "If I Had a Tail"... On pourrait citer tous les morceaux de l'album au rang de tubes, tellement l'adage « all killers, no fillers » semble être le maître mot. Tantôt nostalgique ("The Vampyre of Time and Memory"), tantôt énergique ("Fair Weather Friends"), tantôt les deux ("Kalopsia")...Like Clockwork nous balade d'émotion en émotion, sans que jamais l'on ne perde le fil directeur.

Pourtant dans ce déluge de qualité, deux titres semblent tirer leur épingle du jeu : le superbe "Fair Weather Friends" et le non moins superbe "I Appear Missing". La première est un bijou d'arrangements ciselés, de petites guitares qui forment un tout, un monolithe finement gravé, dont les interstices sont remplis par le piano d'Elton John. Et le morceau de monter en puissance jusqu'à la jouissance finale. "I Appear Missing" est un morceau rare, simple, efficace et pourtant si travaillé. Une ambiance feutrée, légèrement mélancolique qui déroule jusqu'à l'apex du refrain qui sonne comme un cri de détresse. Puis le cri déchirant de cette guitare qui vient rompre le voile délicat dans un final encore une fois orgasmique, pour venir mourir au pied de "Like Clockwork", morceau tout en finesse faisant office de conclusion.


Josh Homme ou l'art de faire du simple avec du compliqué. A force de travail, de collaborations, il semble être en passe de devenir un artiste total. Capable de servir un morceau direct et percutant et de l’enchaîner sur un canevas d'ambiance sans la moindre anicroche, Homme parvient à écrire un album parfaitement cohérent où chaque morceau est pourtant un single potentiel. ...Like Clockwork est le chef-d'oeuvre d'un homme qui semble capable de coller directement ses tripes sur une bande magnétique, avec un peu d'aide de ses amis.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4