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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Josh Homme
(chant+guitare)

-Troy Van Leeuwen
(guitare+basse)

-Alain Johannes
(guitare+basse)

-Joey Castillo
(batterie)

-plein de guests
(plein de trucs)

TRACKLIST

1)This Lullaby
2)Medication
3)Everybody Knows That You Are Insane
4)Tangled Up In Plaid
5)Burn The Witch
6)In My Head
7)Little Sister
8)I Never Came
9)Someone'S In The Wolf
10)The Blood Is Love
11)Skin On Skin
12)Broken Box
13)You Got A Killer Scene There Man
14)Long Slow Goodbye

DISCOGRAPHIE


Queens of The Stone Age - Lullabies to Paralyze
(2005) - pop rock psychédélique - Label : Interscope



Le voici enfin, ce nouvel album des Queens Of The Stone Age. Exit pour l'occasion l'excentrique et allumé Nick Oliveri, dont les frasques et la volonté de puissance ont entamé le capital cohérence du groupe. Mais Josh Homme, l'imposant rouquin meneur de jeu, n'est pas du genre à se laisser démonter et a reformé un line-up plus stable, moins frétillant et a redonné des ailes à son groupe, devenu entre-temps icône d'une nouvelle génération de rockers. Le stoner, avec Songs For The Deaf, n'avait jamais aussi bien porté son nom. Ici, le titre très mystérieux mais en même temps très évocateur du virage entamé par Homme et ses sbires donne tout son sens à la nouvelle musique du groupe. Oliveri parti, les vélléités menaçantes et punk ont été mises (un peu) de côté pour (un peu) plus de douceur dans ce monde de brutes. Le résultat : Lullabies To Paralyze, quatrième opus des Queens Of The Stone Age, débarque enfin dans les bacs, avec son lot de questions, d'étonnement et de grincements de dents (ça c'est sûr !).

Homme a fait la part belle aux guests et à l'éclectisme sur ce disque fiévreux et enjoué dans sa première partie, complètement schizo et allumé dans sa seconde moitié. Mark Lanegan ouvre ici les "hostilités" avec "This Lullaby" où le minimalisme est de mise : une guitare, la voix (rocailleuse à mort) de Lanegan, et c'est tout. On arrose d'essence pour le moment, voilà tout. "Medication", la courte piste suivante, revient aux racines du précédent album avec un rock graisseux et froid, où la basse et les guitares accordées très bas donnent la réplique à un Homme à la voix trafiquée : voici l'allumette craquée, prête à enflammer l'essence. Enfin, la troisième piste se charge du reste. Pour le premier vrai morceau de l'album, "Everybody Knows That You're Insane", Troy Van Leeuwen sort la lap steel pour un morceau débutant fébrilement, bluesy en diable, puis virant carrément à la distortion et à un metal acéré, lourd et vivant. Le rythme imposé est impressionnant, avec une basse écrasante, un son cru et direct.

La production de cet album est d'ailleurs plus volatile, plus primaire que celle de Songs For The Deaf, témoin privilégié de la volonté de Homme de revenir à des bases plus simples : des guitares, de la basse à foison et des morceaux ne se préoccupant que très peu de la forme. Eclectique et très peu conformiste, Lullabies To Paralyze l'est assurément : "Tangled Up In Plaid" (un monstre de feeling que ce morceau !), "Burn The Witch" (où le psychédélisme commence à pointer le bout de sa note, avec ses choeurs délirants et ses riffs bluesy, assurés en partie par Billy Gibbons des ZZ Top), "In My Head", et le singlesque "Little Sister", au tempo affriolant (quels textes !) sont autant de morceaux à l'ambiance fumeuse, à la puissance toujours contenue et à l'expression constamment réfrénée, mais classiques parmi les classiques dans leur construction.

Là où les choses commençent sérieusement à déraper (dans le bon sens, notamment, à une exception près : "Skin On Skin", ratée), c'est à partir de "Someone's In The Wolf". Le morceau le plus bizarroïde de cet album et accessoirement, le plus allumé de la discographie des QOTSA. Le riff principal est monumental, original, énorme, touffu et mange à tous les râteliers de la guitare. Il part décidément dans tous les sens, pour un résultat franchement déconcertant au premier abord, mais addictif après plusieurs écoutes. Je ne peux plus me passer de ce (long, sept minutes quinze) morceau indispensable, véritable exhutoire de l'album, moins direct cependant que la plupart des morceaux de Songs For The Deaf et de Rated R, au break à mi-parcours hallucinant, dopé à la fumette et au crescendo final éprouvant. La chant est fantômatique, relayé par des choeurs non moins surprenants... Le meilleur morceau de cet album, qui en justifie à lui seul l'achat! Il est immédiatement suivi par un morceau tout aussi préoccupant à propos de la santé mentale de Josh Homme, qui vire carrément à la valse metal à trois temps (!) ; la construction de ce morceau est fantastique, tout comme "The Blood Is Love", distortions et basse en avant toute.

Enfin, l'album se termine sur un triptyque antinomique au possible mais totalement indissociable : le blues rock basique de "Broken Box", cotoie le délire avant-gardiste de "You Got A Killer Scene There, Man..." (le morceau le plus sombre de l'album) et le lent et décébré "Long Slow Goodbye" (nanti d'un effet d'écho affreux cependant), final le plus approprié mais aussi le plus surprenant qui soit pour un album des QOTSA. Il faut dire qu'il m'en a fallu des couilles pour appréhender cet album en forme de gros, mais alors trèèèèèèès gros pied-de-nez. Jamais un album n'a paru aussi faiblard au premier abord, puis - doucement - aussi indispensable par la suite. Lullabies To Paralyze est vraiment différent, il choque dans la discographie du groupe mais il s'apprivoise, et il en faut du temps pour maîtriser toutes les extrêmes subtilités de cet album, réussi en tous points.


Franchement, c'est un des meilleurs albums de cette année et le meilleur album du groupe, avec Songs For The Deaf, plus homogène et cherchant encore son identité propre. L'attente a été fastidieuse, les dix premières écoutes l'ont été aussi, mais le résultat est finalement affranchi de tout avis négatif (à part un artwork décalé, mais très moche, il faut l'avouer). Phénoménal.


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