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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 décembre 2017
Sa note : 13/20

LINE UP

-Joshua Michael "Josh" Homme III
(chant+guitare)

-Troy Dean Van Leeuwen
(guitare+claviers+chœurs)

-Dean Anthony Fertita
(guitare+claviers+chœurs)

-Michael "Mickey" Jay Shuman
(basse+chœurs)

-Jon Philip Theodore
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Faith Matovu
(chœurs)

-Fred Martin
(chœurs)

-Matthew "Matt" D. Sweeney
(chœurs)

-Domenica "Nikka" Costa
(chœurs)

-Tai Elton "Missy" Phillips
(chœurs)

-James King
(saxophone)

-Daphne T. Chen (The Section Quartet)
(violon)

-Eric Gorfain (The Section Quartet)
(violon)

-Leah Katz (The Section Quartet)
(alto)

-Richard Dodd (The Section Quartet)
(violoncelle)

TRACKLIST

1) Feet Don't Fail Me
2) The Way You Used To Do
3) Domesticated Animals
4) Fortress
5) Head Like A Haunted House
6) Un-Reborn Again
7) Hideaway
8) The Evil Has Landed
9) Villains Of Circumstance

DISCOGRAPHIE


(2017) - rock "trance robot music for girls" - Label : Matador Records



Josh Homme + Mark Ronson. Et pourquoi pas, après tout ? Pourquoi l'une des figures les plus respectées de la scène rock n'irait-elle pas chercher un peu de fraîcheur auprès du producteur pop que s'arrachent les habitué(e)s des charts ? Après des années à sculpter le gros son en touches de plus en plus subtiles, les Queens of the Stone Age se sont payés le type qui contrôle les manettes du succès et pour tout dire, cela ouvre de vertigineuses perspectives. Et une interrogation cruciale : s'agira-t-il d'une fusion des talents ou d'une guerre d'egos ?

Pour poser la question autrement : le « son Ronson » est-il soluble dans le rock musclé mais classieux de QOTSA ? Celles et ceux qui ont goûté à l'irrésistible Upside Town délivré en 2014 par le type qui a œuvré au côté de Lily Allen, Nas ou encore Amy Winehouse savent que le Britannique pourrait faire se déhancher une forêt entière de sequoias pluricentenaires si ces derniers s'étaient débrouillés pour développer un dispositif de captation sonore plutôt que passer leur temps à faire du trafic de biomasse avec les champignons. D'accord, mais que peut apporter le gars qui a chanté avec Boy George "Alouette je te plumerai" aux Reines des Cavernes, qui ne l'ont pas attendu pour iriser leurs chansons de mélodies fiévreuses ? Le thème hyper saccadé du single "The Way You Used To Do" donne une première réponse : d'emblée Ronson impose un son à la fois léger et métallique, l'une de ses marques de fabrique qui ne pouvait que plaire à un Josh Homme expliquant depuis des années qu'il joue du « robot rock » (pour les filles). Celui-ci s'étant lui-même révélé expert depuis longtemps en modelage de riffs syncopés à rendre épileptique un fan de Shape of Despair – "No one knows" (2002), de ce point de vue, confinait au génie – les deux individus ne pouvaient que s'entendre pour donner naissance au hit de l'année.
Sauf que pas vraiment. Si les premières mesures donnent effectivement envie d'imiter Travolta faisant sa séance de gym tonic dans Saturday Night Fever, il manque quelque chose. Quelque chose d'important, de vital oserait-on dire quand on parle de la musique de Queens of the Stone Age : la profondeur. Cette vibration qui prend à l'abdomen et fait basculer l'auditeur dans des états déraisonnables. Séparément, les deux quadragénaires l'ont déclenchée à de nombreuses reprises. Ici, elle demeure absente, l'« horizontalité » de la production assurée par celui qui relança la carrière de Christina Aguilera aboutissant à une sorte d'édulcoration d'un titre clairement taillé pour faire des ravages sur les planches. L'explication de ce semi-échec ? Homme n'a rien cédé sur le songwriting. Il ne s'est pas « adapté » à Ronson. Et à mesure que les morceaux défilent, il apparaît de manière tristement évidente que ce dernier n'est pas doté non plus des outils nécessaires pour donner un supplément d'âme à des compositions qu'il ne peut que parer de trouvailles cosmétiques. Sur l'autre séquence rentre-dedans du recueil, "Head Like A Haunted House", une sorte de rockabilly pressé introduit par une descente de basse façon "Holiday in Cambodia" des Dead Kennedys, la conséquence de cette osmose incomplète se limite à un déficit de vigueur qui ne parvient pas toutefois à dissimuler les intentions bagarreuses du collectif nord-américain. La tension n'est certes pas rendue pleinement, néanmoins elle reste palpable. Il n'en est pas de même, ou alors seulement par intermittence, sur les pistes plus sinueuses, lorsque le frontman hulule sur des tempos alanguis. "Fortress" résume assez bien le sentiment mitigé qui s'installe à l'écoute de l'album : l'ambition d'installer un climat singulier est plutôt réussie, grâce à un passage éthéré à la limite du shoegaze, souligné par des claviers délicats tintinnabulant sur le superbe refrain mélancolique. Hélas, ces belles dispositions s'évaporent à l'arrivée d'un thème assez plat, qui ternit une dernière partie inutilement étirée.
De fait, une fois passées les mesures d'introduction le plus souvent alléchantes, le soufflé retombe au moment de passer au plat de résistance. Probablement parce que la quasi totalité du budget semble avoir été investi dans les réglages des grattes, du chant et la programmation, tandis que les autres instruments ont été mixés avec ce qui restait dans la cagnotte à café. Difficile de croire, quand on finit par se rendre compte de sa présence sur l'enregistrement, que Jon Theodore a déstructuré jadis son kit de batterie avec les dingos de The Mars Volta ! Dès lors, « tout ça pour ça » devient l'agaçant leitmotiv qui s'invite à chaque point d'orgue. Qu'il est dommage qu'un thème aussi poignant que celui d'"Hideaway" soit plombé par une variation peu inspirée, sur laquelle le géant californien surjoue la voix des anges ! Qu'il est frustrant, ce fouillis stérile qui émerge péniblement au mitan de "Domesticated Animals" au lieu de la montée en puissance qui s'annonçait ! Et pourquoi ce solo distordu et franchement laid sur un "Feel Don't Fail Me" placé en ouverture, pourtant bien amené par un riff nerveux, proche de celui du percutant "Scumbag Blues" que Homme avait décoché avec son super-groupe Them Crooked Vultures en 2009 ? Mettre les parties ratées sur le dos du seul Ronson serait d'ailleurs injuste : on peut douter qu'il soit le responsable des enchaînements vains – ni fluidité ni ruptures – de "The Evil Has Landed" et du trop étiré "Un-Reborn Again" où il ne se passe pas grand chose. Le final "Villains of Circumstance" ne fait que confirmer le sentiment général d'inachevé, avec sa coda instrumentale guidée au bord d'un gouffre aveugle par des synthés qui auront pris nettement le pas sur la section des cordes électriques – en dépit d'une amorce prometteuse - survolées par les modulations vocales du leader dans une ambiance fantomatique.


Un magnat de la pop qui rêvait de faire du rock avec un pointure du genre, celle-ci souhaitant concrétiser de manière éclatante les velléités pop qui la travaillaient depuis des années : la rencontre aurait dû être féconde. Mais il ne suffit pas d'avoir un but commun, encore faut-il se donner les moyens d'y parvenir. En conservant chacun leurs méthodes, les deux poids lourds se sont interdit la voie de l'originalité et engendrent une inévitable déception. Vidé de son énergie par une production inadaptée, Villains témoigne en effet d'une coopération globalement infructueuse, malgré plusieurs fulgurances et la voix magique de Homme. Le septième LP des Queens of the Stone Age n'est pas mauvais pour autant: il incarne, simplement, un rendez-vous manqué.

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