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CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Josh Homme
(chant+guitare)

-Troy Van Leeuwen
(guitare+basse)

-Alain Johannes
(guitare+basse)

-Joey Castillo
(batterie)

TRACKLIST

1)Turnin' On The Screw
2)Sick, Sick, Sick
3)I'm Designer
4)Into The Hollow
5)Misfit Love
6)Battery Acid
7)Make It Wit Chu
8)3's & 7's
9)Suture Up Your Future
10)River In The Road
11)Run, Pig, Run
12)The Fun Machine Took A Shit & Died

DISCOGRAPHIE


Queens of The Stone Age - Era Vulgaris
(2007) - pop rock psychédélique - Label : Interscope



Difficile de passer à coté du dernier Queens of the Stone Age, tant le groupe et son leader se firent pomper le nœud par une horde de journalistes « spécialisés », tous plus surpris les uns que les autres de découvrir (avec Icky Thump, sorti le même mois) que le rock existait encore en 2007. On se rassurera par la lassitude aisément compréhensible dont le groupe fit preuve durant leurs dernières interviews.

Une telle accointance avec notre incapable presse spécialisée pouvait ternir quelque peu les espoirs mis dans ce nouvel album, mais ce serait oublier que Josh Homme est un travailleur hyperactif débordé incapable de faire deux fois la même chose, gardant toujours l’entière maîtrise de son œuvre. Du coup, bien que radicalement différent de ce que proposaient les précédents disques du groupe, il est impossible de ne pas retrouver marques et repères qui constituent la galaxie QOTSA. Era Vulgaris s’éloigne du désert, et de l’isolement rencontré au travers d’un Song for the Deaf, ou de Rated R, et confirme l’imagerie sombre qu’instaurait Lullabies to Paralyze.

L’artwork confirme cette tendance au kitsch dark et dégoulinant, arborant deux nouvelles mascottes déviantes, jongle entre la parodie du vintage tendance, et l’hommage à une culture qui reste la clé de voûte de leur identité. Musicalement, cela se traduit par une forme de pop – oui, il faut bien le dire - brutale, maltraité par le « robot rock » cher à Josh Homme. Ce terme, concept initial du projet QOTSA, préférable à « stoner » pour qualifier leur musique, sied à merveille aux riffs carrés et répétitifs qui traversent les 12 pistes d’Era Vulgaris. Ce mélange de pop aux arrangements subtils et de rock syncopé sur fond de produits démolissant les fonctions motrices se décline ainsi sous toutes la variantes possibles, du plus soft et FM ("Make It Wit Chu", "Suture Up Your Future") au plus sauvage, rustre et répétitif ("Sick, Sick, Sick") – cette déclinaison pouvant se faire au sein d’un même morceau.

Le groupe conserve son univers sonore typique, avec ses rythmes sismiques, ses crunchs bas-medium qui rendent les riffs si épais, et la voix de Josh toujours si claire, cette fois-ci, explorant des aspects inédits, soutenue à grands renforts d’harmonies vocales et de chœurs du plus bel effet. Le son reste massif, moins granuleux que sur un Rated R, mais plus urbain et viscéral ; l’arrière de l’artwork officialise par ailleurs la relation entre Homme et Chris Goss (son fidèle compère) les présentant comme les « Fififf Teeners », du nom de leur projet commun. Cet aspect quelque peu monolithique rend les breaks d’autant plus surprenants qu’ils sont très présents sur l’album, et viennent ainsi ébranler et mettre en difficulté une formule qui a déjà fait ses preuves durant quatre albums.

Josh Homme aime ce qui est difficile et le prouve constamment aux cours de toutes ses chansons, cassant les rythmes, et rattrapant un riff brisé par des solos surprenants, acides, parfois dissonants, laissant toutefois peu de places aux interventions de Troy relégué aux bruits bizarres et atmosphériques. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Josh compose, Josh interprète, Josh produit, mais tout cela manque peut-être d’un poil de recul. Qu’on ne se méprenne pas, l’album est excellent, sauf que le statut de maître incontesté et incontestable sur la production (au sens large) du groupe empêche quelque peu de rendre le tout génial et intemporel. "Make It Wit Chu" n’apporte rien à la version Desert Session 9&10, certains breaks et changement de tempo, notamment sur "Battery Acid", fort bon morceau au demeurant, semblent artificiels.



Il semble évident qu’un regard extérieur aurait pu améliorer ces quelques détails qui entachent le presque sublime qu’atteint Era Vulgaris. Dernière réclamation, mon intime conviction qu’à chercher à (trop) surprendre, Josh Homme a épuisé ses bonnes idées sur cet album. Cela se sent surtout via entre autres des titres comme "I’m Designer", cynique et disparate dans le bon sens du terme, et l’explosion finale ô combien décadente que forment "Run, Pig, Run" et "The Fun Machine Took a Shit and Died", clôturant un album sexy par une débauche tant psychédélique que crépusculaire. Il est temps que le grand roux aille se ressourcer avec ses amis pour de nouvelles sessions désertiques et refaire le plein d’idées et de riffs.


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