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CHRONIQUE PAR ...

8
Alexis KV
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 20/20

LINE UP

-Burton C. Bell
(chant)

-Dino Cazares
(guitare)

-Christian Olde Wolbers
(basse)

-Raymond Herrera
(batterie)

TRACKLIST

1)Demanufacture
2)Self Bias Resistor
3)Zero Signal
4)Replica
5)New Breed
6)Dog Day Sunrise
7)Body Hammer
8)Flashpoint
9)H-K (Hunter Killer)
10)Pisschrist
11)A Therapy For Pain

DISCOGRAPHIE


Fear Factory - Demanufacture
(1995) - néo metal fusion Cyber-metal - Label : Roadrunner Records



Difficile de trouver dans les années 90 un album de metal extrême ayant eu un impact, une puissance, une personnalité et une influence comparables à celui-ci. Si sur Soul Of A New Machine, les quatre magiciens de Fear Factory étaient encore en phase de rodage, à la recherche du schéma qui leur sera propre, cette quête du Graal musical est achevée avec Demanufacture. Ce qui fait en grande partie la force incroyable de cet album, c'est qu'il est quasiment impossible d'en parler ou de le décrire en termes de références connues dans le milieu du metal.

"Un peu de ce groupe-là, avec un petit chouia de celui-ci, et globalement on peut rattacher cet album à tel mouvement…". Non, Fear Factory fait du Fear Factory, c'est un son identifiable presque instantanément, un univers à part, une singularité que même les détracteurs du groupe sont obligés de reconnaître. Et c'est d'autant plus remarquable compte tenu du fait que la formule à partir de laquelle est né ce disque n'a rien de très compliqué en soi, et colle parfaitement à cette maxime disant que "tout ce qui est génial est simple". Les influences death metal sont épurées et raffinées pour ne garder que l'essentiel: le chant agressif de Burton, hargneux mais toujours impeccablement modulé et laissant pointer par moments un soupçon de mélodie, et la batterie dévastatrice de Raymond faisant corps avec riffs chirurgicaux de Dino. Seul un passage de "Flashpoint" mérite vraiment l'étiquette death par ses contre-temps et sa violence exacerbée, le reste n'est que cyber metal à la Fear Factory.

Ce cyber metal c'est avant tout, comme l'a très bien expliqué mon collègue Cosmic Camel Clash dans sa chronique d'Obsolete, un don pour la syncope inimitable, auquel je rajouterais l'art de la double croche continue et minimaliste mais ô combien jouissive. L'osmose parfaite entre la double grosse caisse et les riffs de guitare deviendra la marque de fabrique par excellence du groupe, mis en valeur par une production (signée Colin Richardson) qui n'a pas pris une ride en dix ans. Le son extrêmement sec et précis permet de distinguer chaque coup de pédale et de baguette, et c'est à se demander si le bougre ne s'est pas fait greffer un boite à rythme tant sa précision rythmique aussi bien sur album qu'en live est impressionnante. Ceci contribue à donner cet aspect unique, que d'aucuns qualifieraient de "froid" et "mécanique", termes auquel je préférerai l'adjectif "implacable". La machine Fear Factory ne s'affole plus comme sur l'opus précédent, elle est programmée pour tout dévaster, rigoureuse et méthodique, ne laissant après son passage qu'un sentiment de vide salvateur, presque cathartique.

Burton fut le premier (ou du moins l'un des tout premiers) chanteurs à jouer sur un contraste entre vocaux agressifs et mélodiques, contraste se faisant encore plus saisissant étant donné que sa voix claire est quasiment exempte de grain (et n'est clairement pas "typée metal"). Ces moments presque planants au milieu d'une débauche d'énergie sont soutenus par une guitare qui laisse brièvement de côté la vitesse pour faire durer les accords de puissance, faisant écho aux nappes de claviers discrètes qui parsèment l'album. Les nombreux samples contribuent à donner cet aspect presque inhumain aux compositions, que ce soit les bruits industriels en ouverture de "Demanufacture" et "Pisschrist", l'atmosphère glaciale et les couinements électriques affolés de "Zero Signal" ou le martèlement de forge qui donne le tempo sur "Body Hammer".

Il serait pourtant erroné de réduire l'influence électronique de Fear Factory à ces quelques sons préenregistrés, et l'écoute de "New Breed", le titre le plus "techno" de l'album suffit pour s'en convaincre. Paroles répétitives, riff minimaliste et beat binaire clairement inspirés de la techno "hardcore" joints aux hurlements de sirène nous préparent au petit hommage que rendra le quatuor de Los Angeles au groupe Head Of David (dont Justin Broadrick -Napalm Death, Godflesh- faisait partie) en reprenant et se réappropriant "Dog Day Sunrise". Des influences technoïdes se font aussi sentir dans le jeu de Herrera, surtout dans les rythmes complètement jungle/drum'n'bass de "Zero Signal" et "Body Hammer".

Au milieu de ce paysage industriel, quelques rares traits d'humanité sortent de l'ombre pour rappeler que ce sont des être vivants qui tiennent des instruments bien réels pour nous assembler un monument à l'opposition entre l'homme et la machine. Il y a bien entendu la voix mentionnée précédemment, exprimant tour à tour une haine palpable ou un désespoir abyssal, mais aussi la basse de Christian, bien moins à l'honneur que sur Obsolete, mais groovy à souhait dans les moments où elle réussit à émerger (le break de Demanufacture, le final de "Body Hammer" ou l'intro de "Flashpoint"). Cette humanité poussera son chant du cygne sur le morceau final, "A Therapy For Pain", avec un Burton plus poignant que jamais alors que les rouages chauffés à blanc ralentissent leur cadence infernale et les cheminées crachent leurs dernières vapeurs toxiques sur les étendues dévastées.


Un dernier petit mot sur l'artwork sublime de Demanufacture, une pochette qui parachève cette symbiose inouïe entre musique et concept, et les "fonctions" des membres du groupe décrites avec style ("heavy duty scarifier" pour la guitare, "dry lung vocal martyr" pour le chant, "maximum effective pulse generator" pour la batterie et "total harmonic distortion" pour la basse), deviendront un autre gimmick de Fear Factory. C'est ces petits "détails" qui ont poussé votre humble serviteur à mettre la note maximale à cet opus, pour la première et peut-être la dernière fois de sa "carrière" de chroniqueur. Et ce n'est pas Max de Sepultura qui me contredira.

"Fear Factory? Ce sont des dieux!"
- Max Cavalera.


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