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CHRONIQUE PAR ...

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Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 19.5/20

LINE UP

-Anneke van Giersbergen
(chant)

-Hugo Frank Boeijen
(claviers)

-Hans Rutten
(batterie)

-René Rutten
(guitare)

-Hugo Prinsen
Geerligs (basse)

TRACKLIST

1)Frail (You Might As Well Be Me)
2)Great Ocean Road
3)Rescue Me
4)My Electricity
5)Liberty Bell
6)Red Is a Slow Colour
7)The Big Sleep
8)Marooned
9)Travel
10)South American Ghost Ride
11)Illuminating
12)Locked Away
13)Probably Built in the Fifties
14)How to Measure a Planet?

DISCOGRAPHIE


The Gathering - How To Measure A Planet?
(1998) - rock ambient - Label : Century Media



How To Measure A Planet représente, aux yeux de tous les amateurs du groupe néerlandais, un de leurs meilleurs albums, si ce n'est le meilleur. Il faut dire que la jolie Anneke van Giersbergen (qui signe toutes les paroles de l'album) et sa bande ont véritablement osé. Oser commencer à tourner une page de leur histoire. Une histoire déjà riche en qualité - Mandylion et Nighttime Birds sont d'excellents albums - et riche de sens: après quatre albums lorgnant sans complexe vers le death metal puis vers le metal atmosphérique, avec How To Measure A Planet?, souffle une brise de renouveau.

On ne va pas plus attendre un verdict joué d'avance: plus posé, plus mélancolique, plus atmosphérique sans pour autant renier les origines (le metal des débuts), cet album est magnifique. Il débute sur une note enchanteresse avec "Frail", dont le titre en dit long sur l'ambiance. Un titre tout en finesse, sublimé par la voix d'Anneke qui pousse un peu loin son timbre fragile, cristallin et pur. Un ange passe... et il recouvrira de son aile tout l'album. On comprend enfin aisément la démarche du groupe puis on se laisse porter. On se laisse porter par "Great Ocean Road", sublime titre qui invite au voyage intérieur. Le rythme est un peu plus soutenu que sur le titre précédent, la guitare se fait plus présente, mais sans jamais être démonstrative un seul instant. Tout est relatif ici: la sensation de bien-être qui se dégage de ce chef d'oeuvre est plus que surprenante. Anneke y est pour quelque chose: elle nous invite à la sauver sur "Rescue Me", on sauterait volontiers du train en marche pour acquiescer!

L'instrumentation a pris un virage important. How To Measure A Planet? n'est plus vraiment un album de metal. Il est plus rock ambient que metal dans les sonorités. La guitare sort peu de ses gonds (sauf sur quelques titres comme "Liberty Bell", le splendide "Travel"...); elle accompagne plutôt du regard les pérégrinations de sa chanteuse. Les rythmiques imposées sont ici plus effilées, s'étirant à l'infini ou presque ("My Electricity"). Le batteur joue plus de ses cymbales que de la grosse caisse, comme pour accentuer le côté "en mouvement" des compositions. Et surtout une place importante a été accordée aux claviers et à la programmation. Le disque est émaillé tout le long de sonorités électroniques qui renforcent l'ambiance éthérée et plus expérimentale. Et ces sonorités sont tellement bien intégrées -elles se fondent littéralement dans la masse intrumentale- que la pilule passe très bien.

Par conséquent, après de tels changements, on était en droit de se poser des questions quant à l'avenir du groupe. Si l'on se replace le long du continuum musical du groupe, on sait d'ores et déjà que The Gathering a réussi et remporté haut la main son pari. A la rigueur, il valait mieux que s'opère ce changement. Certes Mandylion est exceptionnel, certes Nighttime Birds touche du doigt ce qualificatif, mais on commençait à y sentir progressivement des relents de ce qu'allait être How To Measure A Planet? : rythmes lourds mais progressifs, voix aérienne et des sonorités pas vraiment metal. La boucle devait être bouclée.

Dorénavant, avec son rock parfois lourd, parfois très léger et vaporeux, quasi-métaphysique ("The Big Sleep"), teinté d'ambiances éthérées, fugaces ("Marooned" et ses loops qui invitent quasiment à la méditation), The Gathering sait où il va et où il ira. Les ambitions sont novatrices, originales et surtout sensées. Le groupe se fait véritablement plaisir, quitte à perdre une partie de son public... qui n'abandonnera (heureusement) pas le navire. Pourquoi alors bouder ce changement de cap, surtout s'il est réussi, surtout s'il est d'une qualité exceptionnelle?


Basé sur le concept du mouvement et du voyage, How To Measure A Planet? est un disque totalement indispensable dans la discothèque de tout mélomane. Il parvient, et c'est là une qualité unique en son genre, à retranscrire parfaitement le concept qu'il développe en phénomènes émotifs. Illuminé par la voix angélique d'une chanteuse inspirée, How To Measure A Planet est un album de transition prudent, mais sincère, vers la voie du coeur et non plus de la raison. Un des groupes majeurs de la scène rock actuelle, The Gathering a donné naissance à un des meilleurs albums de ces dix dernières années. Intemporel, fabuleux, en un mot: majestueux.


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