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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 24 juin 2026
Sa note : 8/20

LINE UP

-Conrad Thomas "Cronos" Lant
(chant+basse)

-Jeffrey "Mantas" Dunn
(guitare)

-Antony "Abaddon" Bray
(batterie)

TRACKLIST

1) At War with Satan
2) Rip Ride
3) Genocide
4) Cry Wolf
5) Stand Up (and Be Counted)
6) Women, Leather and Hell
7) Aaaaaarrghh

DISCOGRAPHIE


Venom - At War with Satan



Novembre 1982. En deux ans et deux albums, Welcome to Hell et Black Metal, Venom est devenu une attraction. Par ses outrances, son attitude jusqu’au-boutiste, son rejet des conventions, le trio de Newcastle incarne toutes les options d’un heavy metal non inféodé aux radios. Début 1984 : Venom est ringardisé. Les Geordies jouent leur va-tout avec un album ambitieux.

Le règne de Venom sur le metal extrême qu’il venait d’initier a tourné court. Tel un vil Childéric de l'époque mérovingienne, il a été détrôné par plus véloce, plus sauvage, plus compétent, aussi. Metallica a sorti Kill’em all et a changé, à son tour, l’histoire du metal. Et pour marquer la prise de pouvoir, le gang californien a traversé l’Atlantique pour jouer en première partie des Britanniques, qu’il réduit par sa fougue et sa technique à de pathétiques amateurs de pyrotechnie. Cependant, ces derniers ont encore une carte à jouer. Celle de la surenchère, qui leur avait si bien réussi à leurs tout débuts. Le troisième long format sera consacré à la victoire de Belzébuth sur l’armée des anges – bannissement assuré chez les distributeurs effrayés. Mais le choix pour véhiculer le concept est, lui, beaucoup moins sulfureux : imiter Rush et son "2112" pour consacrer une face entière du disque à une piste unique. Prendre pour modèle un fleuron du rock progressif, honni par l’underground punk et metal, paraît un choix peu judicieux pour un groupe ayant bâti son succès en grande partie par le Do It Yourself et le rejet de la virtuosité. Néanmoins l’objectif est clair pour ceux qui se font régulièrement traiter de satanistes de carnaval : devenir crédibles.
Malheureusement, la démarche trouve ses limites avant même de commencer. Parus quelques mois en amont, le poussif single "Warhead" et sa face B "Lady Lust", recyclage énergique mais sans plus value de "Heaven's On Fire" et "Countess Bathory" du précédent recueil, ne sont pas de nature à rassurer le fan de sensations fortes qui se détruit la nuque depuis plusieurs semaines sur "Whiplash". Le fameux morceau XXL, "At War With Satan", débute logiquement par la fin de la dernière piste homonyme de Black Metal, conçue comme une annonce. Pourtant, dès les premières mesures, quelque chose ne va pas. Le son. Moins abrasif. Caoutchouteux. Keith Nicol est toujours présent au mixage, assisté par Martin Smith, un employé de Neat Record. Mais cet artisan du son crado juste à point a fait ce qu’il ne fallait surtout pas faire : limer les griffes de la bestiole. Déroulée sur un tempo moyen, la première séquence donne une impression de mollesse qui ne sera guère contredite. Autre problème : le chant. Bien que favorisé par la production, Cronos a toutes les peines du monde à donner de la consistance à ses imprécations méphistophéliques. Le bassiste s’exprime sans grande conviction, compensant ses difficultés en multipliant screams plaintifs, « come on » non galvanisants et grognements chafouins.
La guitare quant à elle est lestée d’à peu près tous les effets possibles, manière de masquer les limites techniques de son possesseur. Le jeu brut de décoffrage de Mantas n’est en effet guère adapté à une sophistication hors de portée. Peu incisifs ni inspirés, ses riffs se succèdent sans laisser de trace durable. Pas d’enchaînements fluides, ni de cassures spectaculaires, si ce n’est une accélération bienvenue à mi-parcours portant un motif dynamique qui instille l’espoir d’une seconde partie réussie. Le six-cordiste moustachu s’énerve et Cronos la met, presque, en veilleuse. S’ensuit un passage acoustique planant, hélas trop court. Puis le titulaire du micro reprend ses beuglements, roule les « r » tandis qu’un thème balourd prend le relais. Les rares bonnes séquences ne sont pas exploitées, donnant le sentiment que les musiciens naviguent à vue. Une séquence mordante en fin de parcours fait penser que la fin sera digne. Hélas, une interminable séquence narrative sur un ton emphatique, censée rappeler celle qui figurait sur Black Metal, ramène au point de départ. Qu’on est loin de "Satan's Fall", l’épopée haletante dédiée au Malin que Mercyful Fate a dévoilée six mois plus tôt !
Les titres de la « face B » ? Plus courts, censés être conformes à « l’esprit Venom », ils sont surtout très moyens. Certes l’énergie est présente mais elle est neutralisée par la production sans relief. Mis à part le début prometteur de "Cry Wolf" et l’urgence à la Motörhead qui guide "Women, Leather and Hell", rien ne retient favorablement l’attention dans cet alignement de pastilles sans saveur, s’achevant par un maelstrom pénible dont l’intitulé résume le ressenti à l’écoute de l’enregistrement : "Aaaaaarrghh".


En imaginant l’ascension de Lucifer sur leur troisième LP, c’est leur propre chute que les membres de Venom ont mis en musique. Litanie dévitalisée de plans sans direction ni moments forts, leur tentative de rivaliser avec le gratin du rock prog se solde par un échec. Qui aurait pu prévoir ? Toute personne ayant découvert les trois inconscients au faîte de leur créativité débridée, qui semble les avoir largués en rase campagne, y compris quand ils essaient de revenir à la formule droit au but et second degré qui a fait leur renommée. Les pyromanes n’allument plus que des fumigènes, quand les autorités sont d’accord, alors que le feu d’un metal toujours plus incisif, spectaculaire et exigeant se propage à grande vitesse depuis l’Amérique du Nord. Venom est largué. Mais il restera pour toujours le groupe qui aura tout rendu possible.



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