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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 02 janvier 2023
Sa note : 16/20

LINE UP

-D.G.
(chant+guitare+claviers)

-Tómas "T.Í." Ísdal
(chœurs+guitare)

-Gústaf Evensen "G.E." Evensen
(chœurs+basse)

-Magnús "M.S." Skúlason
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Alexandra Mágnusdóttir
(chœurs)

-Sandra Kristjánsdóttir
(chœurs)

-Klara Schweitz
(chœurs)

-Vera Viglundsdóttir
(chœurs)

-Kristófer Páll Viðarsson
(interlude sur 2 et 3)

TRACKLIST

1) Með hamri
2) Með harmi
3) Engin miskunn
4) Engin vorkunn
5) Blóðhefnd
6) Aftaka

DISCOGRAPHIE


Misþyrming - Með hamri



Que les choses soient claires : quand tu chroniques la suite de ton album de la décennie (et peut-être plus), tu oscilles en permanence, tu flirtes avec l’état superposé quantique. Tu es extrêmement excité de découvrir ces nouvelles notes tout autant que tu crains. Tu crains le gadin. Tu crains la déception, le coup de moins bien. Ou ne serait-ce que le retour à la normalité. Ainsi vous connaissez mon état à l’idée d’aborder le successeur d'Algleymi (que je ne peux que vous forcer à écouter cent fois si ce n’est déjà fait).

Með hamri, mélopée attendue, épopée espérée. Með hamri porteur de tous les espoirs. Fatalement vecteur de sa propre perte. Car il ne peut, il ne pouvait être à la hauteur insensée des attentes factices que je plaçais en lui. Cependant, l’ours, la peau, la vente, le avant. Et il y aura le après. Plutôt que de perpétuer le son de Agleymi, Misþyrming a (intelligemment) choisi la voie de la différence. Retour. À un son plus purement black metal, bien plus noir, éloigné du bleu sombre irisé qui baignait ce prédécesseur dantesque. L’offrande qui nous concerne présentement a tranché, il faudra être plus noir pour avancer de nouveau. Et cette avancée ne peut tout simplement pas être à la hauteur, c’était dans ses gènes dès sa genèse. Sauf qu’on parle de Misþyrming merde. Une déception de leur part contiendra toujours des pulsions vers les cimes. Et l’enchaînement "Engin miskunn", "Engin vorkunn" vous mettra à genoux. Du Funeral Mist et du Misþyrming, voici ce que les Islandais ont concocté pour cette double frappe mortelle. Funeral Mist dont la puissance brute tout autant que l’atmosphère mélodique opaque et pesante planent très fortement sur cette réalisation 2022.
Par cette bifurcation inattendue vers une simplicité stylistique, la horde volcanique surprend celui qui ne savait même pas quelle direction le groupe allait bien pouvoir emprunter. Des fois plus emphatique, d’autres plus brutale, ou alors tout simplement noire, cette livraison trace une route propre bien qu’elle se complaise dans un carcan qui semble plus resserré. Ce qu’il en ressort est un sentiment de stagnation dans le progrès. Surplace n’est pas un terme approprié puisqu’une fois encore Misþyrming fait étalage de sa puissance dans la composition. Et si le quatuor sonne plus traditionnel, il parsème obligatoirement ses créations de pépites créatrices. "Blóðhefnd" se fait musique de film (dont on espère une matérialisation en image). Alors oui, en terme de créativité, constatation somme toute emplie de normalité étant le palier précédent.
Tout est un cran plus bas que précédemment mais il ne faut pour autant pas vouer le groupe aux gémonies. Car le niveau intrinsèque qui est le sien le place de fait au-dessus de la mêlée. "Blóðhefnd" toujours ouvre de nouvelles voies dans un monde dénué de guitare. Donc la déception initiale et persistante se mue en une curiosité renouvelée pour l’écoute. Certes les idées neuves sont moins nombreuses, plus grossièrement jetées à votre face et moins subtilement distillées. Sauf que la sauce finit par prendre. Elle monte, et on peut espérer qu’elle continuera de monter. La troupe a incorporé à son enveloppe sonore des influences établies mais elle demeure elle-même également. Les détails perdus des riffs ouvrent le chemin à une barbarie plaisante qui nous ramène à Söngvar elds og óreiðu, la maturité des années en plus. De ce maelström jaillit une musique très noire et froide qui satisfera à n’en pas douter l’amateur égaré par les mélodies quasi synthétiques de Algleymi.


Bien qu’inférieur, ce successeur n’en demeure pas moins une réussite du genre. Le genre de disque dont beaucoup aimerait se targuer dans leur discographie. Les Islandais réussissent l’exploit de maintenir un haut niveau d’intégrité tout autant que d’intérêt en se montrant moins définitifs. C’est à souligner et donne à espérer une sortie qui vous occupera encore de longs mois.





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