CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
le 16 juillet 2015




SETLIST

Going Out with a Bang
Make It Real
The Zoo
Coast to Coast
Top of the Bill / Steamrock Fever / Speedy's Coming / Catch Your Train (medley 70's)
We Built This House
Delicate Dance
Always Somewhere / Eye of the Storm / Send Me an Angel (medley acoustique)
Wind of Change
Big City Nights
Dynamite
In the Line of Fire
Kottak Attack (solo de batterie)
Crazy World
Rock 'n' Roll Band
Blackout
Still Loving You
Rock You Like a Hurricane

AFFILIÉ

Scorpions
Wacken
(03 août 2006)
Amnéville - Galaxie
(19 mai 2006)
Paris - Zénith
(14 mai 2007)
Juan les Pins - la Pinède Gould
(30 juillet 2009)
Paris - Olympia
(19 mai 2010)
Hellfest (Clisson)
(18 juin 2011)

20 juin 2015 - Hellfest


Scorpions_Hellfest_20150620

« Dix ans d'existence, bravo Hellfest. Nous, ça fait cinquante : le chemin est encore long les cocos ! » Voilà en substance ce que le chanteur Klaus Meine, co-fondateur de Scorpions au milieu des sixties, explique au public et aux organisateurs du « meilleur grand festival français de musiques actuelles », peu après le splendide feu d'artifice lancé en l'honneur de cette dixième édition. Un brin cabot le survivant, mais il faut bien reconnaître qu'il aurait tort de ne pas rappeler la longévité exceptionnelle d'un groupe que beaucoup avaient donné pour mort à plusieurs reprises. Et qui a bien l'intention de montrer sa bonne santé sur scène devant ce qui doit probablement être l'affluence la plus massive du week end.

Soyons honnêtes : sur disque, le quasi-décès de Scorpions est acté, si tant est que la notion d' être « un peu mort » corresponde à une réalité plus tangible qu'un slogan de la prévention routière. Certes, il est louable que les Allemands fassent encore l'effort de sortir des enregistrements studio alors qu'ils n'ont plus rien à prouver depuis longtemps en la matière. Mais de l'aveu même des musiciens, le petit dernier sorti en février 2015 est en partie constitué de vieux machins laissés à l'abandon depuis des décennies – ça sent un peu le sapin, cette affaire. D'ailleurs, la tournée du cinquantenaire amorcée le 1er mai prolonge une tournée d'adieux débutée depuis plusieurs années et qui, pour cette fois, n'oublie pas la France - alors ne boudons pas notre plaisir de voir jouer ces pionniers, sans doute pour l'une de ses dernières venues dans l'Hexagone (d'autres dates sont prévues d'ici fin 2015). D'autant que question show, les vétérans outre-rhinois, sans verser dans les délires chers à Alice Cooper, démontrent en cette ultime journée de printemps qu'ils en connaissent un rayon : projections vidéo en arrière-plan, batterie surélevée et scène avancée dans le public (à l'instar d'Aerosmith l'année précédente) sur laquelle les papys courent dans tous les sens, enfin trottinent, mais avec une indéniable énergie que bon nombre de leurs confrères moins avancés en âge seraient sans doute heureux de récupérer au crépuscule de leur carrière. Le légendaire professionnalisme germanique fait une nouvelle fois ses preuves et ce n'est pas une coupure son de trente secondes (bien plus courte néanmoins que celle ayant sévi lors du set d'Airbourne) qui va empêcher les quasi-septuagénaires de terminer "The Zoo" comme si de rien n'était, sans en faire mention une fois les amplis ressuscités – le métier et la classe, tout simplement. Certains rétorqueront que les éternels futes en skaï et casquettes « zèbre » du six-cordiste Matthias Jabs contredisent l'assertion précédente, mais ils ne pourront que s'incliner devant le gadget ultime auquel même Kiss n'avait pas songé : la guitare-fusée qui crache des fumigènes, brandie par le peroxydé Rudolph Schenker pendant "Blackout" et son heavy furieux.
Oui, car il ne faut pas s'y tromper et les fans des Arthropodes le savent bien : sous l'émollience des ballades qui ont conquis le cœur de millions de midinettes pointe le dard acéré - de leurs amants, oui, peut-être - mais surtout celui de titres autrement plus incisifs, ceux qui font péter le taux d'adrénaline et libèrent les corps impatients, les "Big City Nights", "Dynamite", "Rock You Like a Hurricane" (en final) et le sus-nommé "Blackout". Alors, c'est vrai, les Teutons nous ont fait un terrible quart d'heure américain avec un trois-à-la-suite acoustique "Always Somewhere / Eye of the Storm / Send Me an Angel" - "Holiday" n'aurait pas dépareillé, dommage – mais ils ont compensé par un petit medley seventies pas dégoûtant qui renvoie aux souvenirs des heureux possesseurs des Tokyo Tapes. Le reste de la playlist se partage entre extraits de Return to Forever, la dernière production en date, quelques inédits ou quasi ("Delicate Dance" et l'instrumental "In the Line of Fire") et … des ballades, encore, mais si "Wind of Change" et "Still loving You" font toujours pleurer les filles, c'est qu'ils ne doivent pas être si mauvais. L'interprétation ne souffre guère de critiques, tous les musiciens assurent, y compris un Meine bien en voix et jamais essoufflé malgré sa tessiture aiguë – l'ingé-son du gang de Hanovre est manifestement très doué lui aussi. Quant au fantasque batteur James Kottack, il gratifie l'assistance de son sens de l'exhibition en dévoilant son fameux tatouage dorsal « Rock and Roll Forever » après avoir ôté un t-shirt éponyme, fait apparaître une à une chaque pochette de la discographie arachnide au gré de ses coups de cymbale et s'élève dans les airs avec son kit de percussions – il faut bien ça pour faire passer un solo ni plus ni moins barbant que n'importe quel solo de batterie mais qui n'avait que bien peu de chances d'approcher la furia de celui délivré par Tommy Clufetos, alias « Le Poulpe de Détroit », qui officiait pour Black Sabbath lors de l'édition précédente. Une séquence sympathique néanmoins, à l'image de la performance de cette soirée.


Même en regrettant la trop belle part accordée aux tubes lacrymaux, on ne peut que s'incliner devant le dynamisme et le savoir-faire affichés par de vieux briscards qui semblent toujours prendre autant de plaisir sur scène et possèdent un répertoire suffisamment varié pour contenter un maximum de spectateurs – et de spectatrices. Il ne s'agit sans doute pas du show le plus ardent du week-end, mais le plaisir des ouïes et des mirettes qu'il a engendré a dû troubler plus d'un observateur qui pensait les Scorpions tout juste bons pour animer les sorties de sieste en maisons de retraite : au contact de la chahuteuse jeunesse du Hellfest, le troisième âge confirme qu'il a de la ressource.



Crédits photo :
Nidhal Marzouk
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