Hellfest 2015


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 19 juin 2015
Jour 2 : 20 juin 2015
Jour 3 : 21 juin 2015

REPORTS DU JOUR


Alice Cooper
(Merci foule fête)
Cradle Of Filth
(Sven)
Envy
(Dimebag)
Judas Priest
(Merci foule fête)
Mastodon
(Silverbard)
Meshuggah
(Silverbard)
Slipknot
(S1phonique)


GALLERY

Album photo du festival pour Les Eternels webzine :
Das Silverfoto

Un grand merci tout particulier aux photographes qui nous ont également largement dépanné en photos:
Nidhal Marzouk

Raphaël Meert

Des-Errances Photographiques

Toute reproduction interdite sans autorisation écrite des photographes.

 


Jour 1 :19 juin 2015



Dix ans. Clisson. 150 000 personnes. Trois jours. Quatre nuits. Cent soixante concerts. Six scènes... STOP ! Arrêtons les statistiques. Tout a été dit, redit et écrit sur le Hellfest, de France Inter à RTL, en passant par Arte, le Figaro, le Monde, 20Minutes et Femme Actuelle. Tout de son histoire, de son incroyable ambiance, de sa réussite sociale inattendue et inespérée dans cette partie de la Loire-Atlantique. Tout ? Non pas tout, car la plupart des articles, même s'ils permettent de faire de la publicité (prenons-le en son sens emphatique) au festival, restent en surface ou en mode macro.  Car le Hellfest, c’est avant tout l’un des rendez-vous musicaux annuels les plus forts de la scène des musiques extrêmes au sens large. Et cette dixième édition, voulue sous le signe du best-of ou de la rétrospective, avait largement de quoi faire saliver n’importe quel amateur de rock : des géants comme Alice Cooper, ZZtop, Motorhead ou Judas Priest aux nouveaux talents de la scène, en passant par les plus ou moins récentes pointures telles que Korn, Faith No More, Manson ou Slipknot, les Eternels n'auraient manqué ça pour rien au monde. Bonne lecture.

Le Hellfest cru 2015 débute sous la Valley avec le trio français de Glowsun (10h30 - Valley) : au programme, du stoner quasi-instrumental tranquillou, avec un son rond et chaud mené par une basse bien ronflante, comme on l'attend dans ce style. Le groupe s'offre de nombreuses digressions psychédéliques, ce qui lui vaut d'être souvent décrit comme du « space rock ». Mais si le genre se veut généralement monolithique et répétitif, Glowsun se montrait déjà sur album bien au-dessus de la mêlée. Cette bonne impression se trouve largement confirmée en live puisqu’en l'espace de la courte demie-heure qui lui est offerte, le groupe parvient à faire adhérer tous les curieux et chanceux parmi les premiers arrivés dans l'enceinte du festival avec des compos catchy au possible. Une jeune formation à retenir et définitivement à revoir dans des conditions plus intimes !  Les festivaliers étaient si pressées de voir le premier concert que certains ne prennent le temps de découvrir le site 2015 que dans la journée. Les décos des Mainstage, la grande allée ornée de stèles avec les noms des groupes pour chacune des éditions, les nouvelles Altar , Temple et Valley qu'on ne pourra plus appeler « tente », le gazon partout, les nouveaux bars, bref le Hellfest s'est encore développé professionnellement et les structures sont d'une qualité impressionnante et indéniable.
   
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Du coté de la Mainstage, le début de festival des éternoz se fait avec Sticky Boys (MS1 - 11h05) : après un jeudi soir de retrouvailles d’équipe, il s'agit de poursuivre la montée d'adrénaline et de plaisir de manière aussi progressive qu'intense. Le trio « foudingue » est visiblement ravi de se produire sur la Mainstage et le public est déjà bien présent en cette première matinée. Il faut dire que le groupe, à force de tourner et de se produire dans toutes les salles pouvant les accueillir, a fini par s’attirer la sympathie d'un bon nombre de gens. Aussi, et bien qu'il soit en beaucoup plus grosse config’ que d'habitude, le groupe réussit superbement son set  : leur rock "acédéssien" fait mouche et donne le sourire aux tronches pour le moment encore bien laiteuses, même si une tendance au rouge-ensoleillée et un certain "effet bière" (voire les deux) commencent à faire leur œuvre. Le set déroule les principaux titres et finira par le "Surfin’USA" des Beach Boys, chouettement joué et mettant tout le monde à l’unisson : cool man cool man cool man. Changement de registre ensuite, même si on reste en mode "bleu blanc rouge", en recevant cette fois-ci les mecs de No Return (MS2 - 11h40). Quel parcours! Cette MS n’est que récompense pour ces acharnés du rock qui, malgré un parcours honorable, n’auront jamais eu la reconnaissance qu'ils méritaient, celle d’un Loudblast par exemple. Peu importe, car les quelques dizaines de minutes façon MS2 vont vite dépoussiérer les vieilles idées reçues et participer aux premiers sillons labourant un gazon encore bien vert (pour quelques heures, ensuite...). Une superbe setlist mélange leur death mélo et groovy récent pour la partie "promotion", pour ensuite rapidement se déchaîner avec les vieilleries mûries balancées au public avec une bonne humeur palpable et une force de frappe indéniable. Une fois encore, c’est le plaisir qui est mis en avant : il n’est pas midi que les groupes de la MS ravissent déjà les festivaliers. Poursuivons dans la foulée avec le deuxième groupe du week-end à fouler les planches de la MS01, le trio composé des frères Puzio (Daniel au chant et à la guitare, Vincent à la basse) et de l'énergique batteur Marc Varez. Vulcain (MS1 - 12h15) communique à la foule sa joie d'être là et une envie évidente d'en découdre. Tout donner pendant la maigre demi-heure qui leur est allouée est tout à fait dans les cordes de ces vétérans de la scène hard rock française, qui furent comparés dans les années quatre-vingts à Motörhead. On comprend aisément pourquoi, encore aujourd'hui : tempo soutenu qui varie peu, batterie lourde qui varie encore moins, chant rugueux et titres « droit au but » qui ne sont toutefois jamais exempts de mélodies, bref la bande à Lemmy n'est effectivement pas bien loin. Trente minutes sympathiques qui s'achèveront par une incontournable "La Digue du Cul" entonnée avec le public. Et voilà pour cette première matinée, le soleil est haut dans le ciel et ne quittera pas le festival du week-end, il va faire chaud et beau durant trois jours.

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Ha! Youpi..!  Voilà quelle fut la réaction de certains à la découverte, d’abord du groupe sur les annonces du site du festival, puis du lieu et du passage. A l’instar de « vieux » groupes comme Skid Row l’année passée, pas mal de personnes se faisaient une énorme joie de découvrir ou de revoir une, deux, voire trois décennies plus tard ce superbe groupe anglais qu'est Quireboys (MS1 - 13h35), celui-ci n’ayant jamais cessé de tourner. Hélas, la joie va être de courte durée, car malgré un son correct et un professionnalisme voulu, le groupe la joue poussif et forcé, et même si les musiciens maitrisent, il manque visiblement le flegme anglais dont le groupe avait pu faire preuve pour se faire un nom dans l’océan de groupes du même genre. Une semi-déception donc, car même si les anthologies quireboysiennes ravissent, le petit plus du festival n’est pas présent et véhicule un peu de déception, tant l’espérance et l’attente furent grandes. A revoir en configuration de tournée en tête d'affiche durant cet été pour ne pas rester sur cette impression d'amertume. Pas mal de monde également à la Warzone en ce début d’aprèm’ pour voir le set de Twitching Tongues (Warzone - 13h35), un des groupes de hardcore les plus en vue du moment. Il faut dire qu’à part le combo emmené par les frères Young, ils ne sont pas bien nombreux dans cette scène à remettre au goût du jour les codes de cet « autre » genre de hardcore développé à la fin des années 80 et au début des années 90 par Type O Negative, Carnivore, ou encore Life Of Agony. On aura donc logiquement le droit à un set de hardcore lourd, sombre et nuancé, emmené par la voix mélodique et puissante d’un Colin Young en grande forme. Le groupe bénéficie d’un son parfait, le public répond bien présent, notamment sur l’hymne "World War V", les premiers windmills et autres two-steppeurs de l’enfer font leur apparition dans le pit, un merveilleux début d’après-midi à la Warzone en somme !

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La scène Altar a également prévu du beau monde pour cette année et Shape Of Despair (14h20 - Altar), formation culte de la scène funeral doom, entre en lice. Les Finlandais sont de retour après dix ans d'absence pour la promotion de leur nouvel album fraîchement sorti chez Season Of Mist. Le passage par le Hellfest était pourtant loin de s'imposer comme une évidence, quand on sait que le groupe a effectué extrêmement peu de concerts dans sa carrière et probablement jamais en France (information difficile à certifier mais il semblerait bien que ce soit le cas, d'après les sources à disposition). C'est donc avec un certain sentiment de privilège que tout fan du groupe se rend sous l'Altar, mais avec un soupçon de perplexité toutefois en raison de l'horaire de passage. En effet, à l'heure de la sieste et alors que le soleil est à son zénith, il peut effectivement apparaitre comme discutable de faire jouer cette formation ô combien funèbre et nocturne (bien qu'abritée sous la tente) ! Car sur scène, l'énergie déployée par le groupe est égale à celle véhiculée par la musique, à savoir proche du zéro. La machine doom tourne au ralenti, contemplative et introspective au possible. Aucun membre ne montre un charisme fou, à la semi-exception du bassiste peut-être... La chanteuse reste figée à regarder ses chaussures, certes elle n'a pas mieux à faire, mais quelque chose cloche... Difficile dès lors de rentrer dans l'ambiance, même en fermant les yeux et en essayant de se concentrer au maximum sur la musique (bien exécutée au demeurant). Une semi-déception au final puisque ce set ne marquera pas les annales, mais la curiosité voudrait qu'on puisse comparer ce set à un concert en salle intimiste. Le ressenti pourrait alors être bien différent.

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Dans un tout autre registre, les rescapés, et parfois même les ressuscités du heavy metal des eighties, ce n'est pas ce qui manque au Hellfest. Sans doute parce que les fans de l'époque, au pouvoir d'achat généralement plus conséquent qu'à leur adolescence, ont envie de (re)voir leurs idoles d'antan avant qu'elles ne raccrochent définitivement les gants, d'autant qu'ils n'en avaient pas forcément eu l'occasion lorsqu'ils avaient moins de ventre et plus de cheveux. Saluons ainsi Armored Saint (MS01 - 15h05). Des cheveux, il n'y en a désormais plus un seul sur le crâne de John Bush, qui s'est fait un nom grâce à son passage marquant au sein d'Anthrax bien plus qu'avec sa formation historique, qu'il accompagne en cette après-midi clissonnaise. Oui, parce que Armored Saint, à l'instar de leurs compatriotes et collègues de Vicious Rumours, c'est un peu la deuxième division du heavy (ou power) metal des années Reagan : jamais mauvais, mais jamais vraiment marquants non plus, bénéficiant d'une réputation flatteuse colportée par un noyau dur d'aficionados qui ne s'est cependant jamais véritablement développé. En concert, cela donne quarante minutes plaisantes, malgré un son un peu brouillon, dominé par la voix puissante mais pas criarde d'un John Bush sapé comme un touriste mais qui prouve, une fois de plus, qu'il mérite mieux que son statut de « remplaçant de Joe Belladonna » chez les susnommés thrasheurs new-yorkais. Rien d'inoubliable ni d'infamant, à l'exacte image de la carrière du groupe. Pendant ce temps à la Warzone, pour un set nettement plus tubesque et émotionnel que celui de Twitching Tongues, ce sont les pointures du hardcore new-school de Defeater (Warzone - 15h05) qui prennent les planches. Revanchards après un set annulé l’an dernier à cause des sérieux problèmes de santé de leur chanteur, Derek Archambault, les bostoniens donnent tout, notamment le-dit Derek qui, apparemment remis, offre une prestation pleine d’énergie, d’émotion et de sincérité, à la limite de la rupture. Le groupe joue la carte d’un set ambiancé et moins bourrin que ce à quoi est habitué le public averti de la Warzone, alternant les morceaux très mélodiques (sans aucun chant clair néanmoins, et on les en remercie) avec les morceaux plus frontaux, et force est de constater que cela fonctionne à merveille. Le set passe à une vitesse éclair et on comprend enfin, en live, pourquoi ces messieurs tiennent le haut du pavé de la scène hardcore new-school.

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Retour vers les mainstages pour constater que la présence de Billy Idol (MS01 - 16h35) constitue sans conteste l'une des curiosités du Hellfest 2015. C'est que, loin de figurer parmi les cadors du metal et du hard-rock habituellement programmés au festival, le quasi-sexagénaire peroxydé qui s'avance sur scène en ce vendredi après-midi évoque plutôt une réincarnation des années MTV, lorsque la toute-puissante chaîne musicale décidait quasiment à elle seule du succès d'un artiste, selon les clips qu'elle consentait à diffuser. Encore un truc propre aux années quatre-vingts et que peu regretteront. La tentation serait grande d'aboutir à la même conclusion avec William Michael Albert Broad, le vrai blase du revenant, tant son chant limité et la production en synthé-toc de ses vieux albums ne donnent guère envie de se replonger sans sa discographie. Mais en concert, c'est différent, et ce n'est pas une assemblée de « vils hard-rockeux » comme dirait Didier Wampas, qui va impressionner un type revenu d'à peu près tout – une autobiographie récemment parue raconte tout ça très bien. Passant l'essentiel de sa prestation torse nu sous la veste en cuir, le punk-pop-rockeur déroule tous ses tubes de la grande époque, à l'exception du meilleur d'entre eux, le lent et hypnotique "Eyes without a Face". Mais priorité est donnée à une certaine vigueur – toutes choses égales par ailleurs hein, ce n'est pas précisément du crust – et le public ne se fait pas prier pour reprendre en chœur les refrains imparables des explicites "Flesh of Fantasy" et "Rebel Yell", notamment. Aux côtés de la star s'affaire un collectif qui fait le taf et dont émerge le compagnon de toujours, le guitariste Steve Stevens, à la chevelure aussi sombre et l'air déglingué que Idol est blond et respire les cours particuliers de remise en forme. Intervenant essentiellement pour placer quelques solos avec force mimiques à l'appui – guimbarde dans le dos et tutti quanti – le six-cordiste, nonobstant son talent, fait l'effet d'un sacré poseur en arborant, entre autre, une improbable guitare à leds. En comparaison, John Norum d'Europe apparaîtrait presque comme discret. Quant au titulaire du mic, malgré un déficit de puissance sur certains passages, il module sa voix mi-veloutée mi-nasillarde (si) sans jamais être ridicule et, affûté comme jamais, se déhanche tel un vieux beau qui y croit encore. Car si sa performance musclée est susceptible de plaire aux garçons, il faut être lucide : ses pectoraux et lui s'adressent essentiellement aux filles. Et elles sont nombreuses dans l'assistance. Mais passons. Autre scène, autre genre, mais au même moment c'est Melechesh (Temple - 16h35), l’un des groupes black plutôt attendus cette année qui tentait sa chance. Avec le réussi Enki confortant la position du groupe, les spectateurs s’entassent aux premiers rangs, même s’il est encore possible de se déplacer facilement. Le débarquement se fait musicien par musicien :  guitariste et bassiste arrivent avec foulards  (on leur avait bien dit pour entrer en scène, "mets-les-cheche", ça fait rock!) et envoient enfin au public, après une très longue intro (ce sera d'ailleurs le cas pour plusieurs groupes : Slikpnot, Arch Enemy etc.. et c'est un effet qui finit plus par lasser que plaire), sa dose attendue de black atmosphérique dans la tronche. Enfin atmosphérique… le coté oriental guindé et mésopotamien est finalement assez vite balayé par un black violent et matraqué. Coté scène, Ashmedi growle et grogne à loisir. Du coup, le set donne une certaine impression de décalage par rapport aux prestations studio, mais décuple avantageusement l’effet des compositions récentes ou des hits, dont l’ultime "Rebirth of the Nemesis", véritable bombe de puissance. Au final, un set agréable et convaincant.

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Sodom (MS02 - 17h40) de son côté, remplace Anthrax qui a déclaré forfait un mois avant le début du festival : les trois Teutons ont donc la dure tâche de faire oublier les poids lourds américains du thrash metal dont la notoriété leur est incontestablement supérieure. Pas grave, les mecs sillonnent sans relâche les salles et les festoches européens depuis plus de trente ans : il y a donc fort à parier qu'ils vont bourriner leur répertoire sans trop se poser de questions. Et c'est effectivement ce qu'ils font - une certaine idée de la fiabilité allemande en somme. Au menu, un heavy/ thrash qui cultive l'art subtil de sonner toujours un peu brouillon, voire beaucoup, même si en l'occurrence, le son de Bernd « Bernemann » Kost, le jovial guitariste à chevelure blanche, tend à s'éclaircir au fil du concert - disons que ce qui sort des amplis semble la plupart du temps correspondre aux soli dévastés qu'il tente d'exécuter. Pour le reste, on assiste à un remarquable récital de basse/ double pédale avec voix – la puissance du chant de l'unique membre fondateur, Tom Angelripper, fait d'ailleurs plaisir à entendre et c'est toujours un délice de l'écouter aboyer le refrain de "Outbreak of Evil". Lui aussi affiche une humeur plutôt badine et répète sa fierté de jouer juste avant son power trio préféré en désignant la Mainstage 1 où se prépare Motörhead. « Good friendly violent fun », comme disaient les mecs d'ExodusD'ailleurs le « violent fun » fait suspense pour le set à venir : que dire d'un concert de Motörhead (MS1 - 18h35) en 2015 ? Que c'est déjà beau qu'il n'ait pas été annulé ? Que malgré sa santé incertaine, Lemmy, le légendaire bassiste-grogneur, a commencé et fini le set debout ? Que son comparse de longue date, le guitariste gallois Phil Campbell, est presque aussi statique que lui alors qu'il n'a pas encore atteint les soixante-dix ans de son leader ? Que le batteur Mikkey Dee est décidément un monstre ? Et que même si ça sent un peu le sapin, les mecs savent encore envoyer correctement un "Rock it", un "Ace of Spades" et un "Overkill" dans les faces ? Oui. On peut dire tout ça. Et que Kilmister, bien que diminué, a encore de la voix et son sens de l'humour. « They were Motörhead and they played rock n' roll. »  Enough said.

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Par contre au même moment pour Oathbreaker (Warzone - 18h35), la moyenne d'âge baisse sévèrement alors que le niveau de violence monte, en parallèle, de manière toute aussi sévère. N'y allons pas par quatre chemins : les Belges ont livré à ce Hellfest 2015 un des meilleurs sets du festival. Programmé à la dernière minute en remplacement de Trap Them (loin d'être un petit groupe !) en fin d'après-midi sur la Warzone, le groupe s'est retrouvé catapulté à une place inespérée sur l'affiche et, bien conscient de la chance inouïe de ce concours de circonstances, monte sur scène la rage au ventre afin de tout donner. Le magnifique dernier album Eros/Anteros se taillera logiquement la part du lion. Le combo habitué à de petites salles obscures et délabrées, use pour l’occasion à merveille du large espace qui lui est conféré. Le groupe profite surtout d'un sublime soleil de fin de journée éclairant directement le lieu. Là encore, les conditions sont bien différentes des lumières en salle, généralement très sombres, auquel il nous avait habitué jusque là. Et pourtant, la divine Caro ne change pas d'un iota son jeu de scène, toujours vêtue de cette longue robe noire mystérieuse et visage masqué derrière sa longue chevelure pendante devant son micro. Micro et pied auxquels elle s'accroche avec crispation, lui assurant l'équilibre nécessaire pour hurler à gorge déployée. De leur côté, les musiciens prennent de l’envergure sur cette large scène et même s'ils ne bougent guère plus, le groupe tout entier gagne énormément de dynamique grâce aux conditions d'« open air ». Décidément, le groupe n'a pas fini de surprendre et on espère que leur nouvelle et énorme prestation leur fera atteindre la reconnaissance qu'ils méritent !

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Coté Valley, les légendes nippones de Envy (Valley -19h35) distribuent de l'émotion sans s'économiser (live-report extensif ici). Mais le début de soirée de ce vendredi passe aussi par l’Altar, qui voit Bloodbath (Altar - 19h30) se produire pour la première fois au Hellfest avec son nouveau chanteur, l’anglais Nick Holmes (Paradise Lost). Le public attend au tournant le britannique, qui assume plutôt bien son nouveau rôle sur album et qui va également bien tenir le rythme sur scène, proposant un growl convaincant. Couverts de sang comme à leur habitude, les suédois vont malheureusement souffrir d’un son quelque peu défaillant, rendant assez mal perceptibles les morceaux noyés dans un magma de riffs et de batterie mal définissable. Le leader fera quelques blagues, et le public acclamera comme il se doit les tubes comme "Breeding Death" ou "Cancer Of The Soul". Malheureusement, le concert se finira sur un raté retentissant, puisque le groupe quittera la scène sans dire un mot, et le public se dirigera vers les autres scènes, quelque peu déçu… avant de voir les ensanglantés revenir en place pour jouer "Eaten" en rappel, devant un chapiteau quasiment vide ! Prestation en demi-teinte, donc… Mais passons.Vous l'avez compris, nombre de groupes dits « cultes » sont présents au Hellfest cette année. Nombre de groupes à la réputation sulfureuse, voire pourrie en live, aussi. Cradle Of Filth (Temple - 20h30) fait partie de ces deux catégories. La formation anglaise sera-t-elle capable de retourner une opinion pour le moins défavorable en ce samedi soir ? Réponse maintenant. (Temple - 20h30) (report ici). Après ce bon concert du Cradle, direction le chapiteau adjacent pour voir jouer Children Of Bodom (Altar - 21h35). Et quelle surprise de voir la foule qui attend la bande d’Alexis Laiho avec une impatience digne d’une Mainstage. Attente qui sera récompensée puisque leur prestation sera de grande qualité ! Le groupe semble s’être refait la cerise avec son dernier album après plusieurs sorties en demi-teinte. Et il va défendre ses couleurs avec ses armes puisqu’une fois n’est pas coutume, le son est très bon. Ainsi, le leader charismatique du quintet s'écorchera les cordes vocales comme il faut, et les lignes et les soli de guitare, ainsi que les duels avec le clavier, seront appréciés à leur juste valeur. Ça sautillera, ça remuera le cheveu, ça bastonnera dans la fosse, ça crowdsurfera à foison, sur un set aux allures de best-of de la carrière des finlandais. Très bon moment du Hellfest, et un groupe qui a sacrément repris du poil de la bête, ce qui fait très plaisir à voir et à entendre! Mastodon (Valley -21h35)  démontre aussi que sa place est totalement légitime du coté de la Valley (report ici).

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Planifiés plus tard que prévu (car ayant switché avec Lamb of God, foutus billboards), les américains de Five Finger Death Punch (MS2 - 22h05) ont une petite heure pour mettre le dawa sur la Mainstage. Programmé entre Alice Cooper (report ici) et Judas Priest (report ici), c’est un parterre très mixte qui est proposé aux radiostars US. Et le show à l’américaine va prendre sa mesure aisément : du maquillage et trois / quatre tenues différentes enfilées, des artifices, des guitares led et autres singeries à tout va (n’oublions pas la demande de virer les lights roses parce que nous, chez FFDP, on est des durs, qui par contre, faisons des cœurs avec les doigts pendant le quart d’heure ballade du groupe)... on en oublierait presque d’écouter les chansons. Le coté énergique est bien présent et la réputation du groupe n’est pas usurpée. Pourtant, la prestation traine un peu en longueur et le son joue aussi quelques tours au groupe. Globalement carrée, la prestation est professionnelle, sans limitation de vitesse, bref… à l’américaine ! La fin de la première journée se profile déjà, et pendant que le Hellfest tout entier se rue sur les sets de Meshuggah (report ici) et Judas Priest (report ici), on décide d’aller voir LA programmation alternative du jour : le set de Wovenhand sous une "New Valley" magnifique, beaucoup plus fonctionnelle et confortable que sa grande sœur. Le folk-rock alternatif chamanico-hypnotique du combo, emmené par le charismatique et habité David Eugene Edwards, sorte de sosie natif-américain de Clint Eastwood époque Pale Rider, n’attire logiquement pas les foules, mais ceux qui sont là connaissent et apprécient. D.E.E semble totalement habité par ses morceaux et sa voix d’outre-tombe emporte sans peine un public dévot. Ce sera donc un crève-cœur que de devoir les abandonner aux trois-quarts du concert, mais l’appel de l’hydre à neuf têtes se fait terriblement sentir, et au moins on les aura vu jouer "Corsicana Clip", excellent opener de leur superbe dernier album sorti chez Deathwhish.

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Slipknot
(MS02 - 00h50) (report ici), de son côté, fait le job pour clôturer la soirée des MainStage et les Norvégiens fous de Shining (Temple - 00H50) prennent le relais coté Altar au son de "The Madness and the Damage Done". Immédiatement la sauce prend, entrainant le public dans ce maelström dissonant et saturé de « black-jazz » cher au groupe. Le combo continue d'enchaîner d'entrée ses tubes, en particulier le démentiel "Fisheye". Visuellement, on en prend plein la vue, confirmant au passage que les lumières de la Temple seront sans aucun doute parmi les meilleures du festival. Ça flashe, ça brille, ça scintille, c'est bien Shining que nous avons là. Le peuple dans la fosse s'est pas mal dispersé depuis la fin du combo d'Umeå (Meshuggah, pour ceux du fonds qui pioncent éhontément). Seuls les vrais sont encore de la partie et c'est tant mieux pour eux, car le maître Jörgen nous a réservé quelques petites surprises. Tout d'abord, l'annonce de la sortie imminente d'un album à la rentrée, accompagnée d'une date parisienne et, cerise sur le gâteau, les courageux encore debout à cette heure tardive vont avoir le droit à pas moins de trois exclusivités ! Les compos choisies pour ce teaser n'ont pas été prises au hasard car elles s'inscrivent pleinement dans un format martial industriel qui passe à merveille l'exercice du live. L'avant-première de ce nouvel opus serait donc encore plus metal et punchy, mais attendons de l'avoir entre les mains pour juger du reste... En tout cas l'apéritif est succulent ! Un "HEALTER SKELTER" ira se perdre aux confins des dissonances du free-jazz, tandis que le tube accaparé "21st Century Schizoid Man" du grand Roi Cramoisi sonne toujours comme point d'orgue du set. Un dernier "I Won't Forget" pour résumer en une phrase notre état d'esprit à la fin du concert. Le saxo peut reposer en paix, Shining sort victorieux de la bataille. 

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