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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 25 avril 2020
Sa note : 16/20

LINE UP

-Randall Desmond "Randy Rampage" Archibald
(chant)

-Jeffrey Bruce "Jeff" Waters
(chœurs+guitare+basse)

-Ray Hartmann
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Petra "Nelly" Wilson
(chœurs)

-Wayne Darley
(chœurs)

-Dennis Dubeau
(chœurs)

-Paul Malek
(chœurs)

-Rolly Markwort
(chœurs)

-Anthony Brian Greenham
(guitare)

TRACKLIST

1) Crystal Ann
2) Alison Hell
3) W.T.Y. D.

4) Wicked Mystic
5) Burns like a Buzzsaw Blade
6) Word Salad
7) Schizos (Are Never Alone) Parts I & II
8) Ligeia
9) Human Insecticide

DISCOGRAPHIE


Annihilator - Alice in Hell
(1989) - thrash metal - Label : Roadrunner Records



Alors que la seconde vague du thrash metal - Death Angel, Testament, Vio-lence & co - plus technique, plus heurtée, plus véloce que la précédente déferle principalement depuis la Californie, une entité basée à plusieurs centaines de miles vers le nord suscite la curiosité à coups de démos que tout l'underground s'arrache en cette seconde moitié des eighties. Dénommée Annihilator, la formation s'inscrit certes dans la nouvelle mouvance mais, contrairement à la plupart de ses consœurs, conserve une dose plus qu'appréciable de mélodie - ce terme qu'il est de bon ton de mépriser désormais chez les zélotes de l'extrémisme musical (mais que peut-il y avoir de plus ultime en la matière que les réalisations inaugurales de Napalm Death fraîchement sorties ?) Tant pis pour eux, et tant mieux pour ceux qui découvrent Alice in Hell, premier LP des Canadiens qui se démarque avantageusement de la concurrence.

Seul rescapé des enregistrements initiaux, le guitariste Jeff Waters rappelle d'emblée la raison pour laquelle ces derniers ont suscité l'effervescence : la virtuosité de son jeu, au service d'une aptitude manifeste pour la musicalité. "Crystal Ann", ouverture instrumentale étourdissante, s'apparente à une cathédrale de guitares dédoublées façon flamenco qu'enjolive une judicieuse modulation harmonique. Cette Eruption en mode acoustique, qui fait penser à une version boostée et enrichie de l'amorce de "Battery" (Metallica) a tout pour stimuler l'auditeur avide de sensations fortes qui attend cependant de pied ferme que vienne la déflagration, à l'instar du modèle précité. Vœu exaucé sur la piste suivante, "Alison Hell", à la faveur d'un subtil décalage instauré par l'inquiétante introduction à quadruple détente (si) - à laquelle succède un motif saccadé que surmonte une voix majoritairement rocailleuse ponctuée de stridences. Celle-ci appartient à la toute nouvelle recrue Randall Desmond Archibald alias Randy Rampage, personnalité du punk nord-américain lorsqu'il officiait en tant que bassiste au sein des séminaux D.O.A. quelques années auparavant. Si le timbre particulier, légèrement nasillard, du vocaliste peroxydé peut surprendre, il participe à l'identité forte du recueil et surtout, tranche flatteusement avec les grognements peu gracieux qui handicapaient les productions antérieures.
Le son de la guitare - électrique - est à la fois souple et tendu comme un trampoline bien que quelque peu étriqué. Le vrombissement récurrent ne remet pas en cause la clarté des interventions de Waters qui illumine le titre quasi-homonyme d'un solo ultra mélodique, à la suite d'un pont un peu bizarre évoquant une comptine déviante. Pour le reste les différentes trouvailles font mouche et permettent à "Alison Hell" de conserver une remarquable dynamique qui en fait un morceau de choix. Trépidant en mid tempo (du mid tempo thrash, autant dire aussi rapide que la plus rapide des chansons de Candlemass), ce dernier, pourtant, ne reflète pas exactement le caractère très empressé de l'album, davantage incarné par le syncopé "W.T.Y.D". - comprendre « Welcome To Your Death ». Intelligemment, Rampage descend dans les médiums (enfin, ses médiums à lui) et délivre un refrain-simple-mais-accrocheur ponctué d'un scream qui s'étendra au delà du raisonnable à l'occasion du dernier passage – un excès succulent à l'image de la grosse cassure au mitan durant lequel Waters s'offre un mini-récital après avoir fait taire ses comparses. Malgré ce hiatus, "W.T.Y.D." conserve une cohérence qui fait parfois défaut à ses consœurs, certes de manière légère concernant sa quasi-jumelle "Wicked Mystic" au thème moins marquant mais serti une fois encore d'un solo supraluminique à la Dave Mustaine.
En revanche, le quatre-à-la-suite "Burns like a Buzzsaw Blade"- "Word Salad"- "Schizos (Are Never Alone) Parts I & II"- "Ligeia" souffre d'une écriture moins maîtrisée qui nuit à l'efficacité du propos, toujours vigoureux par ailleurs. Combinaisons de plans assemblés à la hussarde, ces occurrences donnent l'impression que leur concepteur navigue à vue et déçoivent légèrement. Heureusement, le capitaine compense par une énergie à toute épreuve, rattrapant des refrains pas très emballants (« Word salad no ballad »...) ou des séquences redondantes ("Schizos...") par ses accélérations sorties de nulle part. De salvatrices embardées qui annoncent le dément "Human Insecticide", pur moment de dinguerie overspeedée qu'aiguillonne un riff (forcément) bourdonnant. Servi par un tonique duo couplet/ refrain fouetté aux cymbales, l'anciennement nommé "Lust of Death" subit lui aussi une rupture totale à mi-parcours, laissant place au solo de bravoure attendu. Cette parenthèse épileptique fait figure de respiration opportune avant un final exécuté sur un tempo inhumain, exploit sidérant qui met un savoureux point final aux aventures de cette Alice aussi malicieuse que gravement secouée.


Impressionnant de célérité, bourré de bons plans et irisé de solos habiles, le premier long jeu d'Annihilator possède toutes les qualités susceptibles de combler les fans de metal qui aiment quand leur thrash se fait harmonieux sans céder sur la rudesse. Si l'œuvre flirte régulièrement avec la démonstration tandis que plusieurs compositions peu fluides relèvent du patchwork, la sensation procurée par ces vivifiants roller coasters, dont certains font déjà figure de classiques, bascule largement du côté de l'allégresse. Le monde d'Alice est sans doute moins « infernal » que celui convoqué par les sinistres Slayer et Dark Angel, mais il ouvre d'excitantes perspectives sur la possibilité d'un alliage renforcé entre bagarre et mélopées, constituant une alternative bienvenue aussi bien au bourrinage stérile qu'au ramollissement dévitalisant auxquels, hélas, cèdent tant de contemporains.



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