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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 décembre 2015
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jeffrey "Jeff" Bruce Waters
(chant+guitare+basse)

-Michael "Mike" Arthur Andrew Harshaw
(batterie+chœurs)

Ont participé à l'album :

-Cam Dixon
(chœurs)

-Aaron Homma
(chœurs)

TRACKLIST

1) Suicide Society
2) My Revenge
3) Snap
4) Creepin' Again (Parasomnia)
5) Narcotic Avenue
6) The One You Serve
7) Break, Enter
8) Death Scent
9) Every Minute


DISCOGRAPHIE

Metal (2007)
Annihilator (2010)
Feast (2013)
Suicide Society (2015)

Annihilator - Suicide Society
(2015) - thrash metal - Label : UDR



Ça n'a pas loupé : à peine venait-on de féliciter Dave Padden pour son record de longévité au poste de chanteur chez Annihilator qu'il quittait le navire et son amiral Jeff Waters, plus que jamais seul aux commandes. D'ailleurs c'est simple : sur Suicide Society, son quinzième album, le Canadien fait tout, sauf la batterie et la pochette. Il faut bien admettre que le scepticisme sur la qualité de cette nouvelle livraison se révèle difficile à chasser lorsque reviennent en mémoire certaines expériences déjà menées par un Waters en mode Robinson Crusoé. Surtout que la précédente sortie vieille de deux ans à peine n'avait guère convaincu. Le ratage semble donc ne pas faire de doute. Et pourtant.

Pourtant non, ça ne peut pas être un bon album puisque Jeff Waters chante dessus. En effet, les tentatives antérieures en la matière furent trop... approximatives pour ne pas susciter d'emblée une vive inquiétude sur ce qui va sortir du gosier de Monsieur Je-Fais-Tout. On va vite être fixé puisque le bonhomme attaque la première piste a capella et bien sûr, c'est catas... Ah ben non, tiens. Les vocalises sont justes, le timbre navigue aisément dans un medium prudent et le tout sonne avec intensité sans jamais déraper dans le n'importe quoi sur-agressif. Ah ah, bien joué Jeff, tu as voulu nous faire croire que Padden s'était barré mais en fait c'est lui qui a assuré toutes les parties vocales, pas vrai ? Non ? Attends, ces chœurs façon Beach Boys en intro de "Snap", ça ne peut pas être toi ? Si ? Mouais. En attendant que la supercherie soit un jour révélée, le soulagement, pour ne pas dire le contentement est de mise de sorte que la chanson-titre qui ouvre le bal se déguste sans chichi dans un tempo plutôt soutenu, dynamitée par une belle accélération au mitan et agrémentée d'un refrain mélodique et catchy. De plus, le solo n'est pas trop long, ce qui fournit un indice plutôt encourageant pour la suite.
De fait, pratiquement tous les morceaux dérouleront cette ligne claire tracée à égale distance d'un sens mélodique retrouvé et d'une vigueur qui le dynamise plutôt qu'elle ne l'amoindrit – marque de fabrique des bons Annihilator. Jamais la célérité et l'agressivité délivrées par des guitares nerveuses ne servent de cache-misère à une inspiration en berne, en témoignent les changements de rythme toujours bien amenés, fluides, qui bonifient chacun des neuf titres. D'autant qu'à plusieurs occasions, y compris sur le mollasson "The One you serve" (un peu en-deçà de ses huit autres comparses), Waters ose les ambiances, là où dans ses mauvais jours il aurait expédié l'affaire en étirant l'un de ses bons vieux solos certes virtuoses mais un peu répétitifs. Il en ressort l'impression agréable d'un véritable travail d'écriture par lequel le boss cherche sinon à surprendre, du moins faire le maximum pour préserver ses créations de la monotonie, tout en se faisant clairement plaisir. Car le vétéran assume totalement une forme de complaisance envers son propre style qui le conduit à recycler quelques anciennes séquences, mais en les modifiant avec suffisamment de talent pour aboutir à un résultat bien plus flatteur qu'un simple auto-plagiat.
C'est ainsi que ce « long-playing number fifteen » ressemble à un mélange savamment dosé des trois premiers, comme en témoigne le très réussi "Creepin' again" avec son riff épileptique en droite ligne de Alice in Hellthe number one ») qui contraste avec les arpèges cristallins caractéristiques de Set the Word on Firethe number three »). S'il fallait déterminer l'album ayant l'influence la plus prégnante sur cet enregistrement, ce serait incontestablement ce dernier, comme en témoigne la semi-balade finale "Every Minute" qui évoque "Phoenix Rising", son aînée controversée ici débarrassée de ses aspects les plus mièvres grâce, notamment, à un refrain qui s'emballe fort à propos. Quant à "Narcotic Avenue", sa coda calme et tendue offre une variation très crédible de la chanson éponyme du superbe Never-Neverlandthe number two »). Autres manifestations de l'état d'esprit manifestement taquin de Waters, ses clins d’œil, pour ne pas dire pieds-de-nez à Metallica – influence de longue date, il est vrai : ainsi, non content de gentiment parodier le refrain de "No Remorse" - paroles et musique - sur "Break, enter", il cite malicieusement Kill'em all, le premier album fondamental des Four Horsemen au détour d'un "Death scent" qui résume idéalement ce millésime 2015, entre riff béton et (double) break à l'atmosphère délicieusement trouble.


Suicide Society ou les mystères de la création : reprenant la recette du pastiche appliqué à lui-même, le patron d'Annihilator réussit là où il avait échoué avec Feast, la livraison précédente qui sentait le réchauffé et le fond de marmite qui accroche. Cette fois-ci puissance, accélérations et mélodies imparables se mélangent comme à la belle époque des premiers recueils, donnant à goûter un élixir euphorisant du meilleur effet. Certes, l'audace ne constitue qu'un ingrédient à peine perceptible mais son faible dosage ne gâche en rien une franche réussite qui ramène Annihilator au niveau de sa production éponyme de 2010, voire même au-delà grâce à une cohérence que l'on n'avait plus entendu chez le « collectif » de Toronto depuis bien, bien longtemps. Une belle et bonne surprise.
 
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