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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 25 mai 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Einar Solberg
(chant+claviers)

-Tor Oddmund Suhrke
(guitare)

-Øystein Landsverk
(guitare)

-Baard Kolstad
(batterie)

TRACKLIST

1) The Price
2) Third Law
3) Rewind
4) The Flood 
5) Triumphant
6) Within My Fence
7) Red 
8) Slave
9) Moon 
10) Down 
11) Lower 

DISCOGRAPHIE

Bilateral (2011)
Coal (2013)
The Congregation (2015)
Malina (2017)

Leprous - The Congregation
(2015) - metal prog math rock - Label : Inside Out Music



Cher Einar,

Dire que ça fait maintenant quatre ans que j'ai entendu pour la première fois ta voix... J'avoue que j'étais à l'époque plus intrigué par le nom invraisemblable de ton groupe et fasciné par l'artwork surréaliste de la galette que par la musique en elle-même. Et puis mon attention s'est vite portée sur les compostions, les rythmes, les mélodies vocales. Oh oui, ça m'a demandé du temps et de la persévérance pour m'immerger pleinement dans ton monde et capter tous les détails de ton écriture. D'autant que deux ans plus tard, tu redéfinissais complètement la vision de ta musique et qu'il me fallait repartir de zéro, déçu dans un premier temps, avant de parvenir à nouveau à effleurer la quintessence de ton œuvre.


Mais qu'il est rassurant de savoir que certaines choses ne changent pas avec le temps... Pile deux ans plus tard à nouveau, tu nous livres aujourd'hui ton cinquième album, The Congragation. Impatients nous l'étions tous, mais assez sereins également. Tu ne nous as jamais déçu jusqu'à présent, pourquoi aurais-tu commencé maintenant après tout ? En cela, on est rassuré dès la première écoute, et c'est ça qui paradoxalement est le plus déstabilisant. Les trois premiers titres nous mettent immédiatement en terrain connu, "Third Law" en particulier qui reprend les phrasés vocaux de Bilateral, et dont les couplets/refrains auraient pu être tirés cet album, en moins virevoltants et déstructurés toutefois. Les ambiances plus sombres de la fin du titre sont elles plutôt à chercher du côté de Coal, en venant reprendre les mêmes nappes que "The Valley". Sur le final chaotique de "Rewind", tu expérimentes pour la première ta nouvelle technique growl (sonnant très similairement sans choquer) qui, ne t'en déplaise, te rapproches encore un peu plus du timbre impérial de ton beau-frère.
Mais ce qui frappe surtout, c'est le retour au Leprous technique et démonstratif, en témoigne d'entrée le riff de "The Price" où on semble découvrir un nouveau "Forced Entry". Mais c'est bien sur l'ensemble de la galette que l'on retrouve ce regain de polyrythmies et autres diableries de ton cru : pour preuve, le pont syncopé complètement déstructuré de "Red" (titre peut-être au demeurant le plus bancal de l'album) ou le début en fanfare, ainsi que le passage central bluffant de "Down". A citer aussi la courte "Within My Fence" qui semble un peu hors de propos, s'inscrivant pleinement dans une logique Bilateral avec une rythmique sautillante endiablée. Sans doute as-tu décidé de la mettre au milieu de l'album faute de mieux la placer ? Malgré toutes ces analogies, le tempo général s'affiche très nettement abaissé. Tu as sans doute pensé que ralentir ta musique lui donnerait encore plus de classe et de corps, c'est effectivement parfaitement vrai et les frissons que tu parviens à transmettre sur les tubes que sont "The Price" et "Rewind" en sont les preuves les plus évidentes.
Mais si tu mets en confiance sur le début de l'album, on se doute vite que c'est pour mieux nous perdre vers de nouveaux horizons par la suite. L'introduction très électronique de "The Flood" entame une rupture qui élève en un instant le niveau misanthropique de l'album. Bâti sur le même modèle qu'un "The Valley" auquel tu fais "Echo" (pardonne ce jeu de mot ridicule inévitable), tu instaures un climax tout aussi captivant et frissonnant dès le « If I played your game » suivi d'un sublime « ohohohowoho » dont toi seul as le secret. Et que dire de ce final ?... On ne compte plus le nombre de poils qui se dressent à partir de la sixième minute. « I search for the answer ». "Triumphant"  ne paie pas de mine à première vue, mais a la mérite de parfaitement coller au développement, peignant une atmosphère mélancolique et laissant ta nouvelle recrue derrière les fûts, Baard Kolstad, la possibilité de s'exprimer sans limite.
Puis à partir de "Red", on rentre dans le cœur de The Congragation : tes claviers deviennent alors le centre de la musique, à un niveau qu'ils n'avaient jusqu'alors jamais atteint, tandis que l'ambiance se noircit un peu plus encore... L'enchaînement "Slave" / "Moon" est ainsi sûrement le diptyque le plus représentatif de l'album, au gré pour le premier d'un rythme funéraire et d'un enrobage de nappes qui confère une profondeur incroyable au titre jusqu'à l'explosion de haine, et d'une progression mélancolique entêtante et envoûtante pour le second. Ça fait alors bientôt une heure que tu nous fais descendre dans tes abysses au son du charme glacé de ta voix et que tu nous cuisines à petit feu dans ton univers de marbre, qu'il est temps pour toi de nous poignarder avec "Down". Deux refrains, il ne te suffira que de ça pour faire déborder nos glandes lacrymales. Mais ta quête de l'Absolu ne s'arrête pas là, et nous voyant recroquevillés au fond du gouffre, tu nous assènes le coup de grâce dans la foulée avec "Lower", point d'orgue de pure misanthropie.


Ta cruauté est à la hauteur de ta perfection, et ton arrogance à la hauteur de ton génie. Rien ne t'échappe, rien n'est laissé au hasard. Avec The Congragation, tu signes une nouvelle fois ton œuvre la plus ambitieuse. L'histoire se répète mais ne se ressemble pas. Chaque opus a toujours eu sa couleur et sa personnalité, et ton nouveau né ne déroge pas à la règle. Au fond, je suis jaloux. Jaloux que tu arrives à me promener à ton gré dans toutes tes folies, que tu parviennes à dénicher une nouvelle corde sensible sur laquelle tu n'avais pas tiré jusque là. Je te déteste en vérité... Mais surtout, je t'aime.


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