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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 19 septembre 2011
Sa note : 18/20

LINE UP

-Einar Solberg
(chant+claviers)

-Tor Oddmund Suhrke
(guitare)

-Øystein Landsverk
(guitare)

-Rein Blomquist
(basse)

-Tobias Ørnes Andersen
(batterie)

TRACKLIST

1)Bilateral
2)Forced Entry
3)Restless
4)Thorn
5)Mb. Indifferentia
6)Waste of Air
7)Mediocrity Wins
8)Cryptogenic Desires
9)Acquired Taste
10)Painful Detour

DISCOGRAPHIE

Bilateral (2011)
Coal (2013)
The Congregation (2015)
Malina (2017)

Leprous - Bilateral
(2011) - barré metal prog avant-gardiste - Label : Inside Out Music



« Eh les copains, vous savez ce que ça fait un lépreux qui joue de la guitare ? Hein ? Du steak haché !! Bwahaha ! » Bon d’accord, elle est nulle mais s'il vous plaît, ne fuyez pas à cause de cette flagrante faute de goût ! Car autant rompre le suspense tout de suite, le seul reproche que l'on peut bien faire aux Norvégiens de Leprous (sic), c'est bien leur nom de groupe. En effet, avec ce nouvel album Bilateral, nous avons affaire à un quasi sans faute musical.

Au passage, quelque chose doit vous troubler bien plus que le nom du groupe et à juste titre, il s'agit évidemment de la pochette ! Elle est l'œuvre de Jeff Jordan, notamment connu pour avoir travaillé avec The Mars Volta. Résolument surréaliste, à l'interprétation des plus énigmatiques, il faut bien avouer qu'elle suscite plutôt le rejet que la curiosité… Ces Norvégiens-là semblent aimer se mettre des bâtons dans les roues ! Pourtant, à l'écoute de la musique, on comprend mieux le comment du pourquoi. Leprous fait partie des trop rares groupes pour lesquels le terme « progressif » prend tout son sens. Loin des carcans où s'enferment de plus en plus de formations du genre, Leprous n'a qu'un seul mot d'ordre : innover. La consigne est d'ailleurs appliquée avec tellement de rigueur que l'adjectif  « avant-gardiste » n'est jamais bien loin. On pense souvent à Arcturus pour l'aspect théâtral, Tool pour la complexité musicale ou encore à ces nouveaux groupes comme Haken ou Riverside, qui renouvellent avec brio le progressif.
 
Et comment passer sous silence la performance ahurissante d'Einar Solberg ? Débordante de versatilité, elle ne manque pas une seconde pour vous filer des frissons ! En chant clair, son style est assez proche d'un ICS Vortex, riche en émotions tout en restant très puissant. Sur la magnifique "Acquired Taste", on pourrait même penser à Daniel Gildenlöw. Mais au fait, sans le savoir, vous connaissez peut-être déjà les membres du groupe ! En effet, Leprous est le « backing band » d'Ihsahn (ex-Emperor) et lorsqu'on connaît le génie du bonhomme, cela ne peut être que gage de qualité. Bilatérale, la musique l'est résolument entre réminiscences métalliques héritées de leur parrain et parties plus claires et mélodiques. Venons à présent à la bombe intergalactique de la galette, qui pourrait concourir pour la meilleure chanson de 2011 : "Forced Entry". Amateurs de morceaux à tiroirs, vous allez être servis ! En dix minutes, Leprous fait étalage de tout son génie sur ce titre d'une complexité folle et pourtant émouvante comme jamais, on pourrait d'ailleurs penser à Karnivool par moment.
 
Tout au long de ce Bilateral, Leprous ne cesse de surprendre dans un style très frivole et parfois bien barré. "Thorn", par exemple, commence sur une alternance couplet jazzy / refrain avec chœurs sur fond d'orgue Hammond, le tout avant qu'Ihsahn vienne pousser la chansonnette avec ses raclements de gorge si caractéristiques accompagnés d'une trompette endiablée. Suit alors "Mb. Indifferentia", ballade planante belle à pleurer avant  d'enchaîner sur un "Waste of Air" à la rythmique d'entrée martiale qui digresse progressivement dans un propos assez psychédélique. Après ce cœur extrêmement solide, la fin de l'album n'est pas en reste avec l'excellent "Painful Detour" qui conclut magistralement ce troisième effort des Norvégiens. Il est assez intéressant de constater en outre que le format des morceaux est aussi changeant que la musique, passant de 3 à 10 minutes sans choquer pour autant. Avec Jens Bogren à la production et Ihsahn en ingé son, nul besoin de s'étendre sur l'enveloppe sonore qui frôle la perfection.
 
Malgré un style polymorphe, des cassures rythmiques incessantes et un goût prononcé pour l'expérimentation, l'équilibre de Bilateral est parfait. Avec humilité et intégrité, Leprous se propulse de fait dans le très haut du panier du metal progressif en accouchant d'une œuvre d'une rare qualité, peut-être la meilleure du genre pour cette année. Sachez enfin que les « lépreux » sont encore des petits jeunes (entre 20 et 26 ans) et qu'ils ont par conséquent bien le temps de nous surprendre à nouveau à l'avenir, c'est du moins tout ce qu'on leur souhaite !



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