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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 04 septembre 2026
Sa note : 13/20

LINE UP

-Alejandro "Al Jourgensen" Ramírez Casas
(chant+guitare+banjo+saxophone+programmation))

-Louis J. Svitek Jr.
(guitare+programmation)

-Paul Gordon Barker
(basse+programmation)

-Reynolds "Rey" Washam
(batterie+programmation)

Ont participé à l'enregistrement :

-Zlatko Hukić
(guitare+programmation)

-Deborah "Tycoon" Coon
(chant sur 2 et 3)

-Yvonne Gage
(chant sur 4)

-Lisa
(chant - hidden track)

TRACKLIST

1) Supermanic Soul
2) Whip and Chain
3) Bad Blood
4) Eureka Pile
5) Step
6) Nursing Home
7) Kaif
8) Vex & Siolence
9) 10/10
(hidden track)

DISCOGRAPHIE


Ministry - Dark Side of the Spoon
(1999) - indus - Label : Warner



- Regarde, il bouge encore !
- Pfff… balivernes, ça fait deux titres qu’il est mort…
- Non, non, regarde il se lève ! C’est son spectre ! Ministry a ressuscité ! Loué soit Al !
- Tu es siphonné, toi… Allez, on va pas y passer la journée. Nom : Ministry, prénom : aucun, heure du décès : 19m24s de l’album Dark Side of the Spoon.
- Non Al, non ! Ne l’attaque pas, il n’aime pas les bizarreries, c’est tout ! Ce n'est pas un mauvais bougre !


« Difference of opinion, my way is not like yours! » chantait Scott Jeffreys de Confessor. Dans le cas du septième album de Ministry, passé "Step", les opinions divergent clairement. Tout le monde ou presque s’accorde à louer le début de l’album, fort agressif et bien moins statique que ce que proposait Filth Pig. Beaucoup d’entre nous pensons également qu’"Eureka Pile" est vide et que le rock’n’roll rigolo de "Step", hommage sans doute involontaire aux pitreries d’un Mike Patton des mauvais soirs, s’avère pathétique - ah et pourquoi ressortir le chant nasillard désagréable entendu pour la première fois sur "Jesus Built My Hotrod" ? C’est une fois arrivé à "Nursing Home", que deux écoles de pensée s’affrontent. Les tenants du Ministry metal implacable se contentent d’écouter en boucle "Supermanic Soul", dont la hargne brute rappelle les meilleurs moments de The Land of Rape and Honey et surtout l’excellent "Bad Blood", brûlot qui aurait parfaitement eu sa place sur Psalm 69. Ils décrètent que le reste de l’album ne présente aucun intérêt. Les plus radicaux vont même jusqu’à affirmer que le groupe ne s’en est jamais remis. Je les comprends tout à fait, néanmoins, en tant que fan d’ambient et d’indus, je ne serai pas aussi sévère. Certes, on a connu Ministry plus en forme.
De l’aveu même d’Al, une consommation importante de stupéfiants était de mise au sein du groupe en 1999. Même sans le « I need help! » lancé par le chanteur sur "Step", étant donnée la structure très bancale de l’album et le gros coup de mou limite blackout que constituent les quatrième et cinquième pistes de l’opus, nous sommes très tentés de le croire. La séquence s’étendant de "Nursing Home" à "10/10 " est une chose invertébrée, que l’on suppose écrite la nuit, au petit bonheur la chance, lors de vagues élans de lucidité. Les leitmotivs purement indus y sont accompagnés de passages au saxo aussi déjantés que ceux joués par Fred dans Lost Highway, se teintant parfois d’un chant et d’une ambiance gothiques assez prenantes, comme sur "Kaif" et "Vex & Siolence". Dire que je préfère cette version vicieuse et héroïnomane de l'innocent gloubiboulga de Casimir aux multiples moments de brillance pure jonchant The Mind Is A Terrible Thing To Taste ou Psalm 69 serait mentir. Néanmoins, le malaise réel et sincère suintant de ces drôles de tranches de vie me parle suffisamment pour que je m’y attarde relativement souvent. Quant à la « hidden track » où une certaine Lisa chante a cappella lors de ce que l’on peut facilement imaginer être une réunion des Alcooliques Anonymes ou son équivalent pour accros à la poudre, il ne fait que renforcer le côté dérangeant et le charme délétère de ce drôle d’album.


Ne connaissant pas intimement les membres de Ministry, je ne peux que conjecturer sur les circonstances d’écriture du septième album des natifs de Chicago. Néanmoins, je ne prend pas un risque démesuré en affirmant que l’allusion à peine voilée à la drogue contenue dans le titre de l’album* correspond à une réalité et pas à une opération marketing visant à dépeindre Al et ses acolytes comme des bad guys. Commençant en mode metal-indus enragé, Dark Side of the Spoon s’effondre avant de plus ou moins se relever. Une œuvre valant plus par son côté étrange et malsain que par la qualité intrinsèque de ses compositions.

*Dark Side of the Spoon est à la fois un jeu de mots avec l'album de Pink Floyd et une allusion à l'héroïne, « spoon » signifiant « cuillère » en anglais.



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