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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 septembre 2022
Sa note : 15/20

LINE UP

-Juha Virtanen
(chant+guitare)

-Joni Tanskala
(guitare)

-Jussi "Jusa" Löytökorpi
(basse)

-Otto Luotonen
(batterie)

TRACKLIST

1) Intro
2) Burning the Churches
3) Violence Stays in Fashion
4) What Happens Next
5) Let Thrash Save You
6) Kill the Young
7) Welcome to the Wonderland
8) Golgatan Veri

DISCOGRAPHIE


The Hirvi - Violence Stays in Fashion
(2022) - thrash metal - Label : Inverse Records



Le premier album de The Hirvi ayant vu le jour plus de trois décennies après la création du groupe, on aurait pu imaginer ses concepteurs comblés et la sortie sans lendemain. Il faut croire que les retrouvailles après une coupure de presque trente ans ont émoustillé nos vétérans sans expérience (ou si peu) puisqu'ils remettent le couvert avec Violence Stays in Fashion dont l'intitulé ne suggère pas de changement d'orientation. « Let Thrash Save You », clament-ils : fin du suspense ?

Inutile de tourner autour du pot : le deuxième LP de The Hirvi est une copie quasi conforme du précédent. Mêmes musiciens, même durée (faible), même label, Inverse records, qui recense dans son catalogue les remarqués Decade of Silence de Depressed Mode paru au printemps 2022, Between the Glimpses of Hope d'Ephemerald (2021) ou encore Cacoëthes de Dead Shape Figure sorti en 2018. Seule nouveauté : Harris Johns, le grand manitou des consoles durant l'âge d'or du thrash metal germanique, s'est occupé de la production dans son studio berlinois. Si le son est incontestablement vintage, la différence avec celui de Old School Killspree reste ténue – davantage d'ampleur, tout au plus. Les compositions quant à elles ont été bâties selon une technique inchangée, et c'est heureux puisque ce sont leurs variations intranquilles qui en faisaient le sel sur la livraison précédente.
Après une introduction aux faux airs de "Tubular Bells" de Mike Oldfield (aka le thème de l'Exorciste), des guitares acérées s'élancent pleine balle sur un motif menaçant tandis que Juha s'arrache les cordes vocales dans des aigus typiquement thrash. Ses éructations qui évoquent plus que jamais une version étranglée de Mille Petrozza expriment une agressivité conforme au genre mais ne dégagent pas tout à fait la même puissance que celle du daron allemand. Si le résultat peut ne pas plaire à tout le monde, son impact sur "Burning the Churches" et les six pistes qui suivent reste limité. Car le leader tente régulièrement des incursions en chant clair, parfois un peu bizarres, comme sur l'exposition de "Violence Stays in Fashion" dont les développements rythmiques font penser au dernier Exodus, souvent judicieux à l'image de cette séquence à plusieurs voix au mitan qui entraîne le morceau vers de sombres rivages. Il est dommage qu'un refrain plus soigné n'ait pas été inclus, l'accroche n'en aurait été que plus forte.
Cette déception prévalait déjà sur Old School Killspree mais ne remet pas en cause fondamentalement l'intéressante formule, reconduite avec succès sur "Let Thrash Save You" et "Kill the Young". Alors que les libellés promettent la raclée, c'est bien la mélodie qui l'emporte en dépit des scansions au scalpel et des emballements à la limite du blast. Les courtes mais salutaires décélérations laissent filtrer des chorales trafiquées rappelant tour à tour l'indus metal des nineties, les affres voivodiennes et même le refrain discoïde de "Derrière les Portes Closes" de Satan Jokers. Ces incartades ne remettent pas en cause la cohérence générale à l'exception de "Welcome to the Wonderland", seul titre de la démo de 1989 qui n'avait pas été repris sur Old School Killspree et qui bascule dans la confusion, faute de réel fil directeur. Il eût été sans doute plus payant de développer "Golgatan Veri" dont les modulations mid tempo dignes de Carbonized et des collectifs d'« avant garde metal » en vogue dans les années quatre-vingt-dix méritaient un écrin un peu plus conséquent que les deux minutes trente allouées à la fin de l'enregistrement. En revanche le vœu d'un riff marquant a été exaucé : insistant et frénétique, le gimmick de "What Happens Next" bonifie une occurrence qui répond par ailleurs au cahier des charges en vigueur.


On ne change pas une recette qui gagne. Une olympiade après son retour inattendu en studio, L'Élan continue d'agiter sa ramure comme un furieux. Pas de digressions inutiles, de la hargne, une dose d'étrange : le cocktail thrash aux épices variées de la grosse bête finlandaise se consomme avec gourmandise. En poursuivant sa trajectoire vers une musicalité affirmée et les atmosphères troubles, The Hirvi consolide ses chances d'intégrer le peloton de tête du metal revival – le bon, celui qui aime qu'on lui change quelques boulons et qu'on le laisse poser ses boots sur des chemins imprévus.





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