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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 septembre 2022
Sa note : 14/20

LINE UP

-Juha Virtanen
(chant+guitare)

-Joni Tanskala
(guitare)

-Jussi "Jusa" Löytökorpi
(basse)

-Otto Luotonen
(batterie)

TRACKLIST

1) Dying Time
2) Satan is Back
3) The Hirvi
4) Dance Dance Dance
5) Vihan päivä
6) Don't Fuck with the Runners
7) Killer Instinct
8) Jumala on hyvä

DISCOGRAPHIE


The Hirvi - Old School Killspree
(2018) - thrash metal - Label : Inverse Records



Des gangs qui se reforment des décennies après l'arrêt de leur activité, voilà qui n'a rien d'extraordinaire dans le microcosme metal. Plus rares en revanche sont les revenants qui n'ont pas goûté au moindre succès ni acquis un minimum de reconnaissance, même posthume. The Hirvi, totalement inconnu au bataillon sauf probablement de son voisinage et d'une poignée de potes, appartient à cette catégorie.

La naissance plus ou moins officielle de The Hirvi (« l'élan », en français, comme la pochette l'aura suggéré) remonte à 1987, au lycée d'Espoonlahti en Finlande. Après avoir sorti une démo, la troupe à l'effectif mouvant se sépare en 1990 par manque de motivation, suite à des problèmes sévères rencontrés par certains de ses membres (un guitariste devenu fou, le suicide du batteur...) et aussi parce que plus personne ne voulait conduire ces zinzins - le bassiste, qui était le seul à disposer d'un véhicule, ayant fini par refuser de transporter ses compagnons - à quoi tient le succès. Il y avait pourtant un plan pour un mini-album et peut-être une signature sur le label Remedy Records. Énième groupuscule d'adolescents qui lâchent l'affaire une fois les études entamées, The Hirvi est pourtant tiré des limbes par le guitariste-chanteur Juha vingt-sept ans après sa dissolution. Ce dernier convainc le bassiste Jusa de reprendre du service, ainsi qu'un ancien collaborateur du collectif, Otto, de s'assoir derrière les fûts. Joni, plus jeune, apporte sa guitare sur l'invitation de Juha qui le manage via le groupe Khroma.
Vu le genre pratiqué par la bestiole dans sa première vie, on se dit qu'on va avoir affaire à du thrash old school aussi daté qu'anecdotique. Et bien s'il est effectivement question du style initié par Slayer, la monotonie redoutée n'est pas de mise. Non pas que la formation fasse preuve d'une originalité débridée sur son premier LP intitulé Old School Killspree. Riff saccadé, tempo élevé, accélérations, chant strident à l'agonie : autant de coches sur la feuille de route du thrash revival brandie sous le nez des nostalgiques en vestes à patches dès l'inaugural "Dying Time". Néanmoins, un break instrumental instaure une ambiance légèrement inquiétante qui éveille l'attention. Ce mode opératoire se répète sur la majorité des pistes de cette courte réalisation (trente-cinq minutes), seules "Vihan päivä" et "Jumala on hyvä", éructations heavy/ punk à la Anthrax, voire à la Impaled Nazarene, échappent aux développements parfois surprenants concoctés par la horde des Mille Lacs - encore que la dernière nommée est assez déroutante. Pas de digressions incongrues, non, mais des variations qui distillent un climat légèrement détonnant, comme les volutes amères d'un cauchemar inachevé qui viendraient troubler un propos initialement cohérent et robuste.
Rescapés de la démo, "Satan is back" » et "Killer Instinct", aux faux airs de "Rise" de Pantera (qui aurait donc copié The Hirvi – on plaisante), illustrent parfaitement ce parti pris convaincant, surtout quand le riff est virulent et la batterie punitive. La chanson éponyme amorcée par un thème country et "Don't Fuck with the Runners" relèvent du même principe, bien qu'une légère baisse d'inspiration fasse naître un sentiment de répétition à l'écoute de ces alternances heavy/ speed évoquant un mariage forcé entre Kreator (beaucoup) et Helloween (un peu) – d'excellents modèles ceci étant, surtout que ce sont leurs débuts magistraux qui sont ici rappelés, chant approximatif inclus. L'intéressante démarche des Nordiques trouve son point culminant sur "Dance Dance Dance" qui n'est pas une reprise de Chic mais prend une tournure étonnante, et amusante, à la faveur de chœurs répétant l'intitulé loufoque (pour du thrash) au milieu de variations délétères. Il ne manque qu'un riff marquant et un véritable refrain, à l'image des compositions dans leur ensemble, pour transformer cet étrange promenade en voyage inoubliable.


Revenu d'entre les morts, The Hirvi livre pour son premier enregistrement de longue durée une brassée de fleurs vénéneuses, au parfum plus subtil qu'il n'y paraît. Entre deux salves de thrash vigoureux, le quatuor fait des incursions dans un monde parallèle, aux balises incertaines et à l'atmosphère intrigante. On n'est pas chez Voivod mais cette volonté de sortir des sentiers battus suffit à extraire la section finlandaise du tout venant rétro et valide l'initiative d'avoir ressuscité la bête à panache.





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