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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2015
Sa note : 16/20

LINE UP

-Udo Dirkschneider
(chant)

-Wolf Hoffmann
(guitare)

-Jörg Fischer
(guitare)

-Peter Baltes
(basse+chant sur "Seawinds" et "Sounds of War")

-Frank Friedrich
(batterie)

TRACKLIST

1) Lady Lou
2) Tired of Me
3) Seawinds
4) Take Him in My Heart
5) Sounds of War
6) Free Me Now
7) Glad to Be Alone
8) That's Rock 'N' Roll
9) Helldriver
10) Street Fighter

DISCOGRAPHIE

Accept (1979)
Death Row (1996)
Blood Of The Nations (2010)
Stalingrad (2012)
Blind Rage (2014)
The Rise of Chaos (2017)

Accept - Accept



« Persévérer (intransitif) : persister, demeurer ferme et constant dans un sentiment, dans une manière d’être ou d’agir, dans une résolution. » Voilà une définition qui sied à merveille au parcours d'Accept, groupe rhénan déjà bien rôdé qui accouche de son premier album plus de dix ans après sa formation. Entre changements de personnel, service militaire, tournée des rades à bière et bands contests sans lendemain, il aura fallu une foi à toute épreuve aux cinq impétrants pour être autorisés à mettre les pieds dans un studio d'enregistrement. Peuvent-ils pour autant envisager la fin du chemin de croix ? Eu égard à leurs styles vestimentaire et musical, rien n'est moins sûr.

Comme si les obstacles précités n'étaient pas suffisants, les Allemands arborent en effet un look strass, paillettes et moumoutes plutôt décalé en pleine noirceur new wave. Et alors que la déflagration punk n'en finit pas de secouer la planète rock, ces messieurs jouent du metal. On ne va pas se mentir : l'affaire n'est pas gagnée d'avance. Sans compter que le budget alloué par un modeste label local (Metronome) à la réalisation d'un premier disque n'a que peu de chances de rivaliser avec celui de la NASA. De fait, le manque de moyens est indéniable et se traduit par une production un peu brouillonne et assez rêche. Mais par bonheur, le manque de puissance redouté n'est pas tout à fait validé, de sorte que sans être impressionnant, le son n'enraye pas les velléités résolument hargneuses du collectif. Et oui : hargneuses. L'accoutrement glam n'est à l'évidence qu'une fausse piste, comme en témoigne "Lady Lou", l'excellent titre d'ouverture. Un riff tranchant résolument hard rock, quelques roulements de batterie et un chant musclé sans être criard  : on est bien. Un tempo soutenu, un refrain qui reste en tête... Que demandez de plus ? Ce schéma se répète peu ou prou tout au long de l'album, avec en variable d'ajustement des solos plus ou moins bavards - plutôt moins que plus d'ailleurs. Cette concision apporte en densité – l'écueil des récitals interminables de la décennie qui s'achève est ainsi évité par un tout jeune Wolf Hoffmann qui n'hésite pas, en revanche, à encadrer les parties chantées de sympathiques fioritures. Ah oui, tiens, le chant. Essentiellement tenu par le seul membre fondateur encore présent, le blondinet Udo Dirkschneider : il se maintient majoritairement dans un medium de bon aloi, hormis quelques dérapages incontrôlés vers les aigus, sur "Take Him in My Heart" et "Helldriver" par exemple, qui font espérer très fort que le frontman abandonnera à tout jamais l'espoir d'imiter un jour Ian Gillian (ex-Deep Purple).
Pour autant, si elles ne rivalisent pas avec la fluidité et la puissance de celles de son compatriote Klaus Meine de Scorpions, les vocalises – justes - de Dirkschneider recèlent une tension qui mériterait d'être davantage exploitée et maîtrisée. Toujours est-il que son timbre brut contribue à donner une identité sonore au groupe, ce qui est un peu moins le cas de son compère Peter Baltes, bassiste émérite, à la voix un peu trop veloutée quoique loin d'être désagréable. Celui-ci prend logiquement le relais sur la balade "Seawinds" qui donne la regrettable impression d'avoir été jouée deux fois de suite – gageons que les sus-nommés Scorpions l'auraient portée à un autre niveau. En revanche, la perplexité est de mise quant à son intervention sur le plus énergique "Sounds of War", dont le registre aurait sans doute mieux convenu au titulaire habituel du microphone, même si la performance n'est pas déshonorante – juste un peu falote. Il serait dommage enfin de passer sous silence les chœurs stridents qui agrémentent toutes les pistes, pour le coup raccords avec le visuel glam de la section germanique. Comme une survivance de ce qui s'est pratiqué durant une bonne partie des années 70 (et avant), leur joyeuse hystérie dynamise en loucedé une œuvre qui balance constamment entre le pesant héritage des pionniers du hard rock et la fraîcheur frondeuse insufflée par les punks. En témoigne le contraste entre l'honnête morceau de bravoure "Glad to be alone", l'un des plus anciens composés par le groupe (dont le solo liminaire et le motif heavy sont assez convenus) et les cavalcades aussi courtes qu'euphorisantes lancées sur "Free Me Now" et "That's Rock 'n' Roll", incontestablement plus en phase avec les mutations soniques en cours, malgré des paroles ancrées dans un trip « amplis, filles et binouzes » qui sent un peu la naphtaline. Ces petites pépites à l'éclat prometteur font penser que le gang teuton est loin d'avoir tout dit.


Un pied dans le hard rock insouciant des seventies, l'autre dans l'univers pressé d'un heavy moins accommodant, Accept se cherche sur son premier effort auto-intitulé. Bien que dépourvu des moyens qui lui auraient permis de sonner avec plus d'emphase, ce dernier démontre cependant le potentiel très intéressant de musiciens qui savent composer des chansons le plus souvent directes et accrocheuses, plus subtiles qu'il n'y paraît grâce notamment à la palette fournie du guitariste principal. Des ajustements sont à prévoir - un chant à canaliser, des influences un peu trop prégnantes à digérer et une garde-robe à virer (d'urgence) - mais ce disque constitue un tremplin idéal vers des lendemains qui hurlent.

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