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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 20 novembre 2017
Sa note : 16/20

LINE UP

-Udo Dirkschneider
(chant)

-Peter Baltes
(chant sur 2,5,6 et 12+basse)

-Wolf Hoffmann
(guitare)

-Michael Cartellone
(batterie+percussions)

A participé à l'enregistrement:

-Kalei Lam
(percussions sur 2, 7 et 12)

TRACKLIST

1) Hard Attack
2) Crossroads
3) Making Me Scream

4) Diggin' in the Dirt
5) Lay It Down
6) It Ain't Over Yet
7) Predator
8) Crucified
9) Take Out the Crime
10) Don't Give a Damn
11) Run Through the Nigh
12) Primitive

DISCOGRAPHIE

Accept (1979)
Death Row (1994)
Predator (1996)
Blood Of The Nations (2010)
Stalingrad (2012)
Blind Rage (2014)
The Rise of Chaos (2017)

Accept - Predator
(1996) - heavy metal - Label : RCA BMG



Predator, album maudit. Foutu d'avance. Porteur de son propre échec. Accept, l'un des derniers gardiens du temple - celui dédié au heavy metal traditionnel - tente de s'adapter aux nouvelles tendances, « grunge » et neo. Soi-disant. Aucune chance de plaire à qui que ce soit avec un tel pedigree en 1996. Aucune. Cependant les circonstances, ultra-défavorables, ont beau être ce qu'elles sont, elles ne présument en rien de la qualité des chansons. Oui, les chansons - ni plus ni moins. Et si on les écoutait ?

Mid tempo, riff « simple et efficace », ambiance blues/country, chant nasillard: sur le titre d'ouverture, les Germains nous souhaitent la bienvenue chez AC/DC. Un peu gonflés les pique-assiette, néanmoins l'accueil est sympathique. Dans une veine similaire, "Don't give a Damn" permet à Accept de relever le défi de l'hommage à Angus Young & cie en pressant l'allure, comme ces derniers savaient encore le faire deux décennies auparavant. Plaisant. Toutefois si l'on s'en tient à ces deux occurrences, le changement annoncé par Hoffmann et Baltes se révèle plutôt timide. "Crossroads" serait-il davantage conforme aux déclarations des tauliers ? Amorce orientalisante et solo hillbilly encadrent un riff accrocheur en diable, contrastant avec une coda bluesy scandé par des congas. Le beau refrain presque apaisé confirme qu'il y a eu du brainstorming parmi les têtes pensantes du collectif, l'envie de sortir des sonorités habituelles se concrétisant ici de fort belle manière. La suite n'est pas mal non plus, initiée encore une fois par un motif arabisant, auquel succède un thème répétitif évoquant une sorte de Ministry soft, pas très original quoique bien accompagné, notamment par une charleston à la nervosité communicative. Sur ce "Making me scream" règne un climat décadent, incarné par la voix trafiquée d'Udo associée à un refrain menaçant et un épilogue de voix entremêlées et malsaines. Des sonorités proches du metalcore confortent cette autre orientation sur le morceau suivant - au passage le chant d'Udo y est tellement evil qu'il fait songer à celui de Tom G. Warrior (Celtic Frost) période To Megatherion. Réminiscence qui ne risque pas de surgir du quasi hard fm "Lay it down" et d'un "It ain't over yet" fade comme les vocaux de Peter Baltes, celui-ci officiant à la place de Mini-Blond. En effet, l'ombrageux frontman n'a pas fait mystère de son hostilité envers les envies de déviances affichées par la paire Hoffmann/Baltes, au point de claquer la porte du studio sans avoir fini d'enregistrer ses parties. Voilà pourquoi le bassiste se retrouve derrière le micro sur les pistes les plus faibles du recueil, à l'instar du premier LP.
Heureusement, la partie finale rehausse le niveau, malgré une chanson-titre un peu pataude. Certes, la plupart des compositions semblent avoir été achevées dans l'urgence, ce dont témoignent certaines conclusions assez abruptes. Néanmoins, le propos demeure varié et de haute tenue, que ce soit le pré-refrain superbe de "Run trough the Night" ou encore le riff vicieux de "Take out the Crime" sur lequel l'ex-Damn Yankees Michael Cartellone fait admirer son swing – terme difficilement applicable à Accept par le passé hormis sur les improbables incartades disco d'Im a Rebel. Quant à "Crucified", sans doute la séquence la plus orthodoxe de la réalisation, elle démontre que les expérimentés ferrailleurs d'Outre-Rhin savent encore y faire lorsqu'il faut lâcher une ritournelle bien énervée, qu'Hoffmann bonifie d'un solo intense et puissamment mélodique dont il a le secret. Et s'il fallait une preuve supplémentaire de la volonté des Allemands de combattre la routine, le final "Primitive" - pied de nez inattendu et plutôt rigolo sur fond de boîte à rythme - arrive à point nommé, entre refrain ironique et zigouigouis à la gratte façon Steve Vai en roue libre. Ce n'est sans doute pas ce que les concitoyens de Pina Bausch ont fait de plus ébouriffant, mais au moins ça change d'une énième tentative de clonage de "Breaker" ou "Metal Heart".


Ils ont osé. Jouant leur va-tout alors que le heavy metal n'a guère la cote et que la démission de Dirkschneider condamne une nouvelle fois le groupe, les membres survivants d'Accept délivrent l'œuvre la plus variée de leur carrière. Mais au lieu de singer les déprimantes formations en vogue saturées de basses distordues, les Rhénans jouent sur les ambiances tout en conservant l'essentiel de leur ADN, alternant entre lumière et obscurité, farce et douleurs intimes. Hormis un court fléchissement à mi-parcours, Predator témoigne de l'inspiration préservée d'Hoffmann et sa bande et constitue, pour qui n'est pas rétif à une évolution somme toute mesurée, une surprenante réussite.


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