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CHRONIQUE PAR ...

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Pietro
Cette chronique a été mise en ligne le 24 août 2009
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Nergal
(chant+guitare)

-Seth
(guitare)

-Orion
(basse)

-Inferno
(batterie)

TRACKLIST

1)Daimonos
2)Shemhamforash
3)Ov Fire and the Void
4)Transmigrating Beyond Realms ov Amenti
5)He Who Breeds Pestilence
6)The Seed ov I
7)Alas, Lord Is upon Me
8)Defiling Morality ov Black God
9)Lucifer

DISCOGRAPHIE

Demigod (2004)
The Apostasy (2007)
Evangelion (2009)
Ezkaton EP (2009)
The Satanist (2014)

Behemoth - Evangelion
(2009) - death metal à ambiance Black - Label : Nuclear Blast



Il y a des groupes qui prennent leur carrière à la légère, sortant des albums et tournant de manière sporadique, et il y a ceux qui n’ont pas peur du travail. À l’image de leurs compatriotes de Vader, les Polonais de Behemoth font définitivement partie de la deuxième catégorie. Evangelion est déjà leur neuvième album studio, séparé de son prédécesseur The Apostasy par rien de moins qu’un EP et un album live témoin des tournées incessantes du groupe…


Depuis l’album Demigod de 2004, on peut dire que Behemoth a franchi un palier, entrant dans le club fermé de l’élite du metal extrême. Ce changement de statut correspond à peu près au changement de style du combo de Gdansk, s’éloignant de plus en plus de son black metal originel pour pratiquer un death metal virulent, pas si éloigné du brutal death américain tel qu’il est pratiqué par Nile par exemple. Pourtant toute l’originalité de Behemoth réside dans ce qu’il a gardé de son passé black, un je ne sais quoi de particulièrement sombre et malsain qui parcourt son death pour le rendre unique. The Apostasy avait prolongé et peaufiné le style abordé sur Demigod, et les premières écoutes d’Evangelion laissent à penser que les Polonais continuent sur leur lancée en 2009. En effet ce qui frappe en premier lieu est certes une impression de puissance littéralement saisissante et ne laissant aucun répit à l’auditeur, mais pas vraiment une impression de nouveauté. L’imagerie très forte du groupe est également dans la continuité des derniers albums, la Grande Prostituée de Babylon étant la nouvelle allégorie choisie par le groupe pour représenter sa haine du christianisme. Cette ligne de conduite qui semble sincère peut se comprendre lorsque l’on pense que Behemoth vient d’un pays où même Madonna, pourtant pas très crédible en dangereuse sataniste, est confrontée à des problèmes de censure de la part des extrémistes religieux locaux !

Comme d’habitude le son est absolument énorme (production signée Daniel Bergstrand, mix de Colin Richardson), les riffs sont ultra techniques et la batterie est époustouflante. Inferno, le cogneur du combo, a encore fait des prouesses et semble être capable de repousser à chaque album ses propres limites techniques, tour à tour martial, bestial mais aussi plutôt fin et groovy en de rares occasions. Le chant de Nergal est quant à lui dans la continuité de celui de The Apostasy, une sorte de phrasé death scandé redoutable. Le leader du groupe (fondateur - chanteur - guitariste - auteur - compositeur - coproducteur - manager…) a heureusement définitivement abandonné la démarche qui était la sienne sur Demigod et qui consistait à superposer de très nombreuses pistes de chant pour un résultat très laid et peu naturel qui était le principal (voire le seul) défaut de cet album si important dans la carrière du groupe. Si on ajoute à cela un bassiste qui ne se contente pas de suivre les guitares mais sait développer un jeu intéressant sans jamais être envahissant ou démonstratif, ainsi que des solos de guitare racés, techniques ou mélodiques, œuvres de Nergal lui-même et du musicien de session Seth (qui joue sur tous les albums et en concert mais bizarrement n’apparaît pas sur les photos du groupe…) on obtient un opus qui peut faire office de référence dans de nombreux domaines techniques.

Les compos quant à elles ne tombent pas dans le piège propre au brutal death qui consiste à être tout le temps à fond. Non, Behemoth sait varier les tempos, se montrant tour à tour d’une rapidité affolante comme sur l’effrayant "Shemhamforash", sur "Transmigrating Beyond Realms ov Amenti" (dont l’un des riffs ressemble à celui de "Leper Messiah" de Metallica !) ou encore sur ce "Defiling Morality ov Black God", pur moment d’intense sauvagerie; mais sachant également faire preuve de puissance sur des mid tempo écrasants tel ce "Ov Fire and the Void" presque mélodique mais lourd et malsain à l’image de son clip très réussi. Les deux approches cohabitent parfois au sein du même titre : "He Who Breeds Pestilence" (introduit par des bruits de corbeaux et un arpège sombre et angoissant), le pesant "The Seed ov I" ou dans une moindre mesure l’opener "Daimonos" entrent dans cette catégorie. Ceci a pour mérite de mettre encore plus en valeur les accélérations et les blast beats inhumains d’Inferno dont l’impact est décuplé. Reste le cas "Lucifer", longue et lente composition basée sur un poème en polonais qui clôt l’album dans une ambiance pesante, doom et sinistre, renforcée par un usage subtil mais efficace de samples et d’orchestrations morbides, l’un des points forts de l’album. Brrrrr !


Evangelion est donc une pierre de plus apportée à l’édifice Behemoth. Le groupe ne se révolutionne pas mais va encore plus loin dans son death mâtiné de black finalement assez personnel. L’ambiance générale de l’album, plus sombre que jamais, le différencie de ses deux majestueux prédécesseurs. Le plus beau dans tout ça c’est qu’à l’heure où votre serviteur écrit ces lignes, cette ode à la brutalité noire est numéro 1 des ventes en Pologne. C’est Satan qui va être content !


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