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CHRONIQUE PAR ...

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Wineyard
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Nergal
(guitare+chant)

-Seth
(guitare)

-Orion
(basse)

-Inferno
(batterie)

TRACKLIST

1)Rome 64 C.E.
2)Slaying the Prophets Ov Isa Prometherion
3)At the Left Hand Ov God
4)Kriegsphilosophie
5)Be Without Fear
6)Arcana Hereticae
7)Libertheme
8)Inner Sanctum
9)Pazuzu
10)Christgrinding Avenue

DISCOGRAPHIE

Demigod (2004)
The Apostasy (2007)
Evangelion (2009)
Ezkaton EP (2009)
The Satanist (2014)

Behemoth - The Apostasy
(2007) - death metal - Label : Regain Records



Huitième opus de Behemoth, The Apostasy est peut-être le plus attendu après un Demigod ayant ravi les critiques et les fans de tous horizons. Le groupe polonais aura donc pris deux ans et demi pour la genèse de son huitième rejeton si l’on considère le calendrier, bien moins si l’on prend en compte les 300 concerts donnés pour Demigod. Deux ans et demi pour continuer leur évolution musicale vers un death metal, virtuellement blackisant (sentiment issu de cette « aura » du groupe, qui demeure black bien que la musique ne le soit plus vraiment), mais ancré de plus en plus vers la réminiscence d’une grandeur passée du genre - jolie périphrase pour dire de manière assez snob « old school ». Et croyez-moi, c’est tout sauf péjoratif…

Commençons un dépucelage en règle de l'objet par quelques phrases sur l’artwork et ce qui l’a inspiré, car il mérite que l’on s’y attarde un peu par sa qualité. La couverture du CD affiche une vraie sculpture prise en photo, œuvre de Graal, qui a déjà coopéré avec Vader, Vile, Rotting Christ, Enslaved… on fait pire niveau références. Il s’agit d’une sorte de variation sur le thème de Kâlî (8 bras dont un tenant une tête décapitée, d’autres des épées), une des déesses hindoues parèdres de Shiva, qui détruit les esprits mauvais et, par extension, un adorateur de Kâlî ne craint pas la destruction. Pour raccrocher cette icône à l’histoire imagée du combo polonais, la tête originelle de la déesse est remplacée par une autre assez semblable à celle posée sur la couverture du DVD Crush.Fukk.Create de 2004, donc petite évolution dans la continuité des artworks du groupe après Demigod, qui reprenait quant à lui une variation sur l’effigie de Pazuzu. Il est alors facile de recomposer le puzzle entre le titre de l’album et la couv’, puisque l’« Apostasie » traduit le fait de renoncer ouvertement à ses croyances (pas forcément religieuses par ailleurs).

Coté découverte du contenu musical, l’opus débute par une courte intro - intitulée "Rome 64 C.E." - se posant en apéritif alléchant : un début de chœur féminin lancinant et lointain laisse progressivement la place à un riff mid tempo assez lourd, avant que Behemoth n’entre dans le vif du sujet à grands coups de blasts ultra rapides et de riffs répétitifs et entêtants ("Slaying the Prophets Ov Isa"), histoire d’asseoir des débats déjà bien engagés. Mais la brutalité initiale laisse la place à la voix de Nergal très profonde et grave sur une nappe de claviers angoissants et froids. Rapidement, le ton est donné, et il en sera ainsi pendant près de 40 minutes, avec l’aide de deux suédois célèbres aux manettes : Bergstrand (In Flames, Meshuggah…) au mixage et Engelmann (Samael…) à la masterisation. Résultat : son massif et clair, ultra équilibré et bien en phase avec l’atmosphère.

Il faut bien se l’avouer, Behemoth possède la science de la « mélodie » brutale. Cela paraît un peu antinomique dans l’absolu, mais toutes les composantes du brutal death technique sont là (les blasts – du très, très bon Inferno, rapide et incisif -, les riffs, les soli techniques, la voix de Nergal entre le death old school et le death brutal au niveau du timbre et du phrasé) et pourtant les partitions accrochent vraiment l’auditeur (chacun des titres est bien distinct des autres) sans laisser une once de terrain à une quelconque accalmie (écouter "Be Without Fear" résume assez bien ce sentiment). Le death metal était déjà devenu leur credo depuis quelques années, et ce n’est pas le petit dernier qui reniera cet état de fait, car il n’y a plus vraiment de gimmicks blacks, mis à part les chœurs plutôt incantatoires ("At The Left Hand Ov God", "Pazuzu"), bien servis par quelques nappes de claviers ciselées ("Slaying the Prophets Ov Isa"), un peu dans l’esprit de Rotting Christ sur Sanctus Diavolos, et même si le style est très différent, l’effet est similaire.

Là où Behemoth se démarque de la masse, c’est qu’ils ont beau développer un death violent, cela ne tourne jamais à la purée indigeste : cela se traduit par de petites touches musicales variées posées un peu partout dans l’opus, comme sur "At The Left Hand Ov God" qui assemble le côté folk de son intro et le côté limite tribal de son outro. On côtoie le brutal ("Prometherion", "Kriegsphilosophie"), le technique (courts soli de guitare de "Kriegsphilosophie", "Be Without Fear" rappelant un peu le son du grand Death lui-même), voire le doom death dans le clou du spectacle, “Inner Sanctum” arborant des riffs très angoissants avec un clavier piano par touches discrètes (par Leszek Mozdzer en guest) du plus bel effet sur la voix parlée/eructée/hurlée de Nergal. On retrouve un peu une inspiration Swanesque (voix, ambiance, rythme mid tempo et froideur du son) au temps de The Spectral Sorrows. On peut sans déboire faire également un parallèle général sur l’album, vers leurs compatriotes de Vader, en plus malsain, par leur capacité à faire exister le death old school par leur identité musicale.


Alors, The Apostasy, comme sa définition l’indique, traduit-il une volonté de marquer une nouvelle ère musicale de Behemoth en reniant les croyances passées? Pas vraiment, sauf peut-être par la légère différence de la voix de Nergal par rapport à Demigod. Pas vraiment non plus, car le style du combo revient aux sources du grand death metal. Cependant, leur personnalité réussit à ressortir magistralement, même sans les vieilles velléités black. Un bel album, violent et noir, et mine de rien, ça fait du bien.


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