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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 8.5/20

LINE UP

-Brian Molko
(chant+guitare)

-Stefan Olsdal
(basse+guitare)

-Steve Hewitt
(batterie)

TRACKLIST

1)Meds
2)Infra-Red
3)Drag
4)Space Monkey
5)Follow The Cops Back Home
6)Post Blue
7)Because I Want You
8)Blind
9)Pierrot The Clown
10)Broken Promise
11)One Of A Kind
12)In the Cold Light Of Morning
13)Song To Say Goodbye

DISCOGRAPHIE


Placebo - Meds
(2006) - electro pop rock - Label : Capitol Records



Depuis Without You I'm Nothing, le buzz généré autour de chaque nouvel album de Placebo confine à l'hystérie. Quelle orientation musicale le trio va-t-il adopter ? Quelle sera la part de pop, de rock et d'électro ? A quoi ressemblera la nouvelle coupe de cheveux de Brian Molko ? Ce genre de questions sature la presse spécialisée à chaque fois, et la tendance légendaire du groupe à dérouter ses auditeurs justifie en partie cette avalanche d'interrogations. Après un Sleeping With Ghosts très electro et surtout assez fade, il était temps pour la bande à Molko de redresser la barre. Et Meds survint, portant en lui la promesse d'un retour aux sources taries de la pop-rock énergique. Alors, info ou intox?

Quand le morceau-titre déboule dans nos oreilles on y croit à fond. La chanson "Meds" a toutes les caractéristiques du tube Placebien première époque et conquiert l'auditeur dès la première écoute. Le riff de guitare a beau être en son clair, on reconnaît tout de suite cette agressivité dans l'attaque des notes qui était la signature de Molko il fut un temps. La ligne de chant est inspirée, la puissance du titre une fois la disto lâchée est salvatrice, et les interventions de la chanteuse Alison Mosshart se lient très bien au grain du chanteur. Cette courte chanson-intro met en joie, ce qui renforce évidemment la grosse déception quand "Infra-Red" arrive derrière. Cette lente chanson d'électro-indus n'a vraiment pour elle que l'originalité des sons : pour le reste c'est un abîme d'ennui qui fait même craindre le pire quant à la capacité de Placebo a écrire des refrains réussi. Le thème répétitif n'est pas accrocheur, et la mollesse du tout donne très rapidement envie de passer au titre suivant. Et on prend peur, malheureusement à raison.

Il n'est en fait nullement question de retour aux sources avec cet album qui ne fait que combiner les caractéristiques existantes de Placebo, tout en poussant un peu plus loin le côté électro sur les titres synthétiques. L'originalité sonore est par contre réelle, et la guitare du thème de "Post Blue" rappelle immanquablement Korn par exemple. Ce titre est une des rares réelles réussites de l'album : jouant à fond la carte de l'efficacité, il renoue avec la grande tradition des "Pure Morning" ou "Taste In Men", c'est-à-dire une simplicité totalement hypnotique et un minimalisme qui ancre définitivement la chanson dans le cerveau de l'auditeur. Par contre le minimalisme évoqué à l'instant se décline sur un autre plan moins heureux: les textes. Molko ne s'est vraiment pas foulé, et le nombre de titres sur lesquels il horripile à répéter sans cesse les mêmes phrases dénuées de sens est impressionnant. L'insupportable "Drag" ressasse sans cesse les mêmes rimes sur le mot "behind", et la musique ne rattrape pas du tout le désastre.

Oui, il y a sur cet album des titres désastreux, douloureuse surprise ! Le groupe se saborde sur un des rares titres de pop-rock un peu énervée du disque, "Because I Want You" : texte indigent et batterie fadasse finissent par casser le crâne. "Space Monkey" et "One Of A Kind" sont tout aussi ratés : le groupe se contente d'une boucle indus, d'une vague ligne de chant et tente de nous refourguer cette mixture sous couvert d'originalité. Problème: un titre très simple demande la même dose d'inspiration brute qu'un titre complexe. Il faut trouver la mélodie qui rendra le tout irrésistible et pas juste lourd… Placebo échoue malheureusement plusieurs fois à ce jeu. On trouve également des ballades contemplatives qui rappellent celles déjà existantes : "Follow The Cops Back Home" ou "Pierrot The Clown", bien que jolies, surfent sur la vague initiée par "Lady Of The Flowers" ou "Bionic" dès le premier album. Ces compos sont les seules qui justifient l'étiquette "retour aux sources" collée sur l'album par les média, mais il s'agit plus de redite que d'autre chose.

Dernière déception : "Broken Promise", chanson sur laquelle est invité Michael Stipe de R.E.M., une des plus belles voix de la pop-rock actuelle. On a encore en tête le duo magique Molko/Bowie sur la version single de la chanson "Without You I'm Nothing" et malgré une intro au piano qui présageait le meilleur c'est un gros échec. Stipe est totalement sous-employé, confiné qu'il est dans les graves, et ses parties avec Molko se résument souvent à un bête octave. Ca n'a donc aucun intérêt, et la chanson en elle-même n'a de sympathique que son couplet mélodique: dès que les guitares débarquent on est à fond dans les clichés pop-rock. Au final on ne retient donc pas grand-chose de cet album qui ne laisse presque pas de traces une fois terminé. La ballade-berceuse "In The Cold Light Of Morning" est la seule nouveauté réjouissante de Meds, c'est une invitation à la rêverie dans laquelle le chant grave de Molko envoûte et surprend. Le single "Song To Say Goodbye" est quant à lui raisonnablement réussi et entraînant avec des orchestrations soignées. Et c'est tout.


Meds fait tache dans la discographie de Placebo, bien plus encore que Sleeping With Ghosts qui avait au moins pour lui d'aligner quelques tubes incontournables tel l'excellent single "The Bitter End". Cet album souffle le chaud et le froid en encastrant au milieu de titres totalement ratés quelques réussites qui ne font que souligner l'hallucinante pauvreté des autres chansons. La balance penche très nettement du mauvais côté, et on se prend à s'inquiéter pour l'avenir artistique d'une formation qui n'a pas sorti d'album réellement réussi depuis 2000. Pour l'avenir commercial, point d'inquiétude par contre: ce n'est ni cette chronique ni d'autres qui empêcheront les groupies d'acheter un album avec marqué "Placebo" dessus. En tant que fan de longue date je me permettrai toutefois de vous parler franchement : Meds est le pire album de Placebo, ne l'achetez pas. Voilà, c'est dit…


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