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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Brian Molko
(chant+guitare)

-Stefan Olsdal
(basse+guitare)

-Steve Hewitt
(batterie)

TRACKLIST

1)Taste In Men
2)Days Before You Came
3)Special K
4)Spite & Malice
5)Passive Aggressive
6)Black-Eyed
7)Blue American
8)Slave To The Wage
9)Commercial For Levi
10)Haemoglobin
11)Narcoleptic
12)Peeping Tom

DISCOGRAPHIE


Placebo - Black Market Music
(2000) - pop rock - Label : Delabel



Without You I'm Nothing avait tout dévasté sur son passage. Après un premier album-évènement qui avait renvoyé dos à dos les groupes de pop-rock britanniques et leurs pathétiques guéguerres permanentes, Placebo avait su confirmer l'essai d'une fantastique manière. La rage des débuts avait cédé en partie le pas à une émotion et une intelligence de premier ordre, doublées d'une sensibilité d'orfèvre. De fait, tous les regards étaient braqués sur le groupe: comment allait-il gérer le succès, comment allait-il tenter de dépasser cette performance? Puis le single "Taste In Men" arriva dans les bacs, et on sut que Placebo n'allait en aucun cas tenter de nous refourguer la même formule.

En effet, "Taste In Men" rompt avec le style habituel du groupe en ajoutant des éléments électro au premier plan. Le titre est porté par des boucles, tant au niveau du clavier que de la batterie, sur lesquelles le chant de Brian Molko vient se poser d'une manière enjôleuse. Si l'aspect hypnotique de la chanson n'est pas révolutionnaire en soi (rappelez-vous de "Pure Morning") le son a subi une transformation radicale. Et en premier lieu il est massif: écoutez cette basse monstrueuse… La production de Paul Corkett est exemplaire sur cet album : chaque titre a été mixé indépendamment pour un résultat aussi varié que pertinent. Le son de guitare tranchant de "Days Before You Came" n'a ainsi rien à voir avec celui de "Haemoglobin" dont la saturation froide et métallique est bardée d'effets. Ce son froid propre à l'électro n'est d'ailleurs pas omniprésent sur l'album : les titres les plus calmes sont chauds, organiques et doux. C'est ce qu'on appelle une production bien pensée car au service des compos avant tout. Chapeau pour ça.

Tant qu'à évoquer les éléments synthétiques, autant préciser qu'ils ne sont pas non plus monovalents: on trouve de tout sur cet album en matière d'approche électro. Si "Taste In Men" ou "Peeping Tom" sont clairement bâtis autour d'effets numériques, ceux-ci sont le plus souvent mêlés au mix des chansons et, discrets, se contentent d'ajouter une touche supplémentaire à la toile peinte par le groupe à chaque compo. "Black-Eyed" est une pop-song classique dans laquelle les nappes de clavier ne servent qu'à enrichir la texture sonore. La ballade piano-voix "Blue American" est pour sa part totalement dépourvue d'un quelconque son synthétique... Au passage ce modèle d'épure est un grand moment d'émotion dans lequel Brian Molko nous démontre une fois de plus son indéniable talent de chanteur, mais aussi d'arrangeur et de mélodiste. Petit moment contemplatif dont l'intensité monte doucement, c'est tout simplement une très, très belle chanson.

Molko peut se targuer en plus d'avoir écrit avec "Blue American" un texte tour à tour touchant et acide qui n'est pas seul dans son genre. Le parolier atteint parfois de jolis sommets de justesse: il touche la misère sexuelle du doigt en décrivant un "Peeping Tom" qui fait vraiment pitié, se fait évocateur d'une terrible violence jamais nommée dans "Haemoglobin" et signe avec "Commercial For Levi" une mise en abyme qui remue tant la sincérité transpire de ces mots simples qu'on lui a tenu et qu'il rapporte : «Si tu continues, tu vas mourir. S'il-te-plaît, ne meurs pas»… "Commercial For Levi" est une chanson douce, comme la plupart de ses consoeurs de Black Market Music : on retrouve la patte atmosphériques du groupe dans des compositions planantes comme "Passive Agressive" ou "Narcoleptic". Pour le reste il s'agit de chansons pop-rock dans lesquelles la violence et la rage qui animaient le groupe auparavant semblent s'être dissoutes dans la recherche d'écriture.

Car là est le principal défaut de Black Market Music pour ses nombreux détracteurs : il est quand même bien mou du genou. Les seules compos réellement rock sont "Days Before You Came" et "Special K", placées en tout début d'album. Après on trouve les chansons atmosphériques déjà citées et une enfilade de compos pop dans lesquelles seul le son de guitare et son rôle prééminent sont encore rock. Le cas "Haemoglobin" est à part, tant l'ambiance oppressante du morceau est lourde et écrasante. Mais pour le reste on a affaire à du Placebo light, et ceci a considérablement agacé le public rock de la formation. Par contre, pour peu qu'on oublie l'histoire du groupe et qu'on considère Black Market Music comme un simple album de pop musclée, c'est un disque stupéfiant. Les quelques longueurs ou passages fades -"Narcoleptic", "Slave To The Wage"- ne descendent en rien ce recueil de chansons sensibles et pensée qui a extrêmement bien vieilli. Ajoutez un title-track hallucinant planqué en fin d'album (le meilleur titre caché que je connaisse) pour conclure le tout et vous aurez une référence.




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