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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 14 septembre 2009
Sa note : 12/20

LINE UP

-Brian Molko
(chant+guitare)

-Stenfan Olsdal
(guitare+basse+chœurs)

-Steve Forrest
(batterie+chœurs)

TRACKLIST

1)Kitty Litter
2)Ashtray Heart
3)Battle for the Sun
4)For What It's Worth
5)Devil in the Details
6)Bright Lights
7)Speak in Tongues
8)The Never-Ending Why
9)Julien
10)Happy You're Gone
11)Breathe Underwater
12)Come Undone
13)Kings of Medicine

DISCOGRAPHIE


Placebo - Battle For The Sun
(2009) - pop rock - Label : PIAS




Quand on a brûlé toutes ses cartouches il ne reste que deux choix : laisser tomber ou se réinventer. Après un moment de doute, Placebo a opté pour la seconde option. Il faut dire qu'il était temps : la qualité déclinante des albums avait fini par déboucher sur un Meds pas loin du cauchemardesque et le style de vie pratiqué par Molko & co. avait fini par les cramer complètement. Le groupe avait dit adieu à son ancienne identité avec "Song to Say Goodbye", restait à le faire dans les faits.


Si Meds avait faussement été présenté comme un retour aux sources, Battle For The Sun s'en rapproche déjà beaucoup plus. Les sons synthétiques y sont minoritaires, reprenant leur place comme éléments d'arrangements au lieu de constituer le cœur des compos. Mis à part l'immonde titre disco/dancefloor "Julien" les compos remettent les choses au point : Placebo est redevenu un groupe de pop-rock à guitares et les sonorités organiques prédominent. Cela ne signifie pas le retour de brûlots à la "Bruise Pristine" ou "Brick Shithouse" : cette violence échevelée appartient bel et bien au passé, et le Placebo cuvée 2009 est plus pop que rock, plus intimiste que rentre-dedans. Cette orientation musicale rapproche Battle For The Sun de Black Market Music et les similitudes entre le petit nouveau et son illustre aîné sont très nombreuses à l'écoute, comme le fait de changer de production à chaque titre. La guitare ultrasaturée de "For What It's Worth" n'a pas grand-chose à voir avec le son indus/cold-wave de "Breathe Underwater" ou le son proche des débuts de "Kitty Litter". L'alternance entre des titres directs et d'autres tout en nuances rappelle également des souvenirs...

Soyons clairs : les claviers n'ont pas disparu du tout, mais plutôt que d'explorer systématiquement des sons electro ils ont élargi leur spectre. Du coup la variété sonore est conséquente : du faux xylophone de "Speak in Tongues" au piano de "Kings of Medicine" en passant par la boîte à musique de "The Never-Ending Why", les guitares de l'album se retrouvent enjolivées par des textures assez intéressantes. Cela ne suffit malheureusement pas à faire de bonnes compos, et les titres les plus introspectifs de l'album se révèlent souvent assez ennuyeux. Le très pop "Bright Lights" (U2 n'est pas loin) peut se prévaloir d'une ligne de chant assez accrocheuse, mais la dose de guimauve est encore trop élevée pour que les sentiments semblent sincères. "Speak in Tongues" tente le coup de la chanson hypnotique et dépouillée mais échoue à provoquer l'intérêt ; quant à "Happy You're Gone", elle essaye de raviver la flamme des titres planants et post-rock du passé mais là encore l'intention est trop lourde. Quand on sent un groupe insister à mort sur le mode « Alors, elle est pas sensible et à fleur de peau, ma compo ? Elle est pas fragile et délicate ? Hmm ?», il est difficile de se laisser aller.

Passés les moments de douceur, on se rabat sur les titres plus entraînants... et là, la donne change, car Battle For The Sun comporte en effet des titres de pop-rock hyper directs qui font du bien par où ils passent. Le thème entêtant des couplets de "The Never-Ending Why" laisse la place à un refrain puissant par sa simplicité apparente, alors que les arrangements sont mine de rien assez soignés. "Kitty Litter" séduit par sa lourdeur lancinante et poisseuse, qui rappellerait presque "Nancy Boy" dans son côté évocateur de backroom enfumée et sentant la sueur. Le break en clapping sur « I need a change of skin » est d'ailleurs lumineux, aussi inattendu qu'efficace. Et il y a évidemment ce damné morceau-titre : je mets au défi n'importe qui ayant écouté "Battle for the Sun" de s'en débarrasser. L'approche de comptine hypnotique qui échouait dans "Speak in Tongues" est ici reprise en y ajoutant des burnes, et ce côté répétitif fait toute la puissance d'une des meilleures chansons des Placebo à ce jour. Malgré un texte qui donne l'impression d'être composé de mots sans réel sens mis les uns à côté des autres pour faire bien, ce titre est LE tube de l'album à n'en point douter.

"Battle for the Sun" est également un des rares titres où le nouveau batteur Steve Forrest tire son épingle du jeu : sorti de ses cliquetis de baguette sur le couplet, le jeu épuré du petit dernier est généralement assez plat et dénué du groove propre à Steve Hewitt. Mais il assure néanmoins le boulot correctement, et se fend même d'un pattern intéressant sur "Devil in the Details", titre inquiétant à souhait rappelant à la fois "Haemoglobin" pour le côté étouffant et "Peeping Tom" pour les sonorités. Ce titre est à ranger à côté des autres chansons marquantes déjà citées... et à opposer à toutes celles dont on ne se rappelle pas vraiment une fois le disque terminé. La pop US plate de "Come Undone", le très banal "Ashtray Heart" dont le seul élément osé est l'irritant et répétitif « cenicero, cenicero », le très convenu single "For What It's Worth" qui n'a que son break de musique Game Boy pour lui.... autant de chansons sans relief qui viennent ternir l'enthousiasme et réintroduire la banalité dans l'équation. Car malgré plusieurs compos vraiment réussies et un feeling général rassurant par rapport aux errances passées, Battle For The Sun est dépourvu de l'étincelle de génie qui nous avait fait vibrer.


C'est effectivement un retour aux sources, mais pas vraiment un retour en fanfare. Ce dernier album de Placebo permet au groupe de s'extirper de la médiocrité qui était devenue leur lot, mais sans les faire revenir à leur plus haut niveau non plus. On considérera le verre à moitié plein ou à moitié vide selon sa sensibilité... et on continuera quoi qu'il en soit d'espérer que le grand Placebo revienne un jour.


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