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CHRONIQUE PAR ...

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Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2009
Sa note : 15/20

LINE UP

-Aðalbjörn Tryggvason
(guitare+chant)

-Sæþór Maríus Sæþórsson
(guitare)

-Svavar Austman
(basse)

-Guðmundur Óli Pálmason
(batterie)

TRACKLIST

1)78 Days in the Desert
2)Köld
3)Pale Rider
4)She Destroys Again
5)Necrologue
6)World Void of Souls
7)Love Is the Devil (and I Am in Love)
8)Goddess of the Ages

DISCOGRAPHIE


Sólstafir - Köld
(2009) - postcore post rock - Label : Spikefarm



Quiconque ayant visualisé le DVD Heima de Sigur Rós ou mieux, s’étant déjà rendu en Islande sait que ce pays est magnifique, de superbes espaces naturels invitant à écouter une musique atmosphérique et emplie de spleen. Ce n’est pas Sólstafir qui nous démentira, puisqu'après le black metal, le groupe originaire de Reykjavik prend le chemin vers des cieux tout aussi sombres, mais où les denses paysages musicaux remplacent blast-beats et riffs en tremolo.

Sólstafir n’est plus black metal, il a laissé cette partie de son histoire derrière lui. Seule la production trahit le passé du groupe: manque de puissance, batterie sous-mixée et son un peu granuleux. Ce dernier point mis à part, cette production trop peu léchée dessert une bonne partie du propos de l’album. En effet, pourquoi faire des chansons avec une structure en crescendo quand il est impossible de sentir la puissance véritablement monter pour exploser lors du final ? Structure en crescendo, explosion finale ? Vous avez bien deviné, les compositions de Köld sont construites selon les canons du post-rock, avec une application quelque fois un peu trop scolaire. "Goddess of the Ages" ou encore "Pale Rider" sont réminiscentes de Sigur Rós. Cela n’empêche pas les Islandais d’avoir très bien appris leur leçon, et de nous offrir de beaux moments sur "Goddess of the Ages" justement, tourbillon de noirceur oscillant entre riffs plaintifs et atmosphères, sur lequel se pose avec justesse le chant écorché d’Aðalbjörn Tryggvason.

Le chant est l’une des pièces maîtresses de Köld. Le timbre particulier de Tryggvason est un vecteur d'émotions intenses: plainte, colère, terreur, déchirement. Il module avec intelligence selon les variations des compositions. Car si son chant ressemble à celui du vocaliste de Primordial, la musique change complètement la donne et ne saurait être comparé aux Irlandais: plus de contrastes, pour une même noirceur. Il serait plus opportun de rapprocher Sólstafir des suédois de Shining: même façon de faire cohabiter riffs rageurs et plans plus aériens. De la même façon que les Islandais explorent les tourments chaotiques et rageurs du post-rock sur "Pale Rider", ils s’aventurent dans le postcore sur le titre éponyme, un excellent titre oscillant entre chaos et lourdeur contenue (et l’excellente utilisation du delay). Köld se permet de faire exploser sa colère dans une déferlante punk sur "She Destroys Again", ou encore le moins convaincant et plus convenu "Love Is the Devil (and I Am in Love)".

Cette diversité n’empêche pas l’album de posséder une atmosphère solide et cohérente tout du long. Il serait la bande-son pour un film narrant la traversée des déserts glacés d’Islande par une troupe de cow-boys tous plus dysfonctionnels les uns que les autres. Un film avec un milieu ennuyeux en revanche, avec en fond sonore le grunge peu original de "Necrologue", et surtout le plat "World Void of Souls", qui met plus de huit minutes pour décoller. Trop vide, ce titre prouve que quand Sólstafir veut faire trop atmosphérique, il ne réussit pas à effleurer du doigt l'intensité du reste de ses compositions. Intensité qui se met en place dans le temps, le groupe nous offrant 70 minutes de musique pour des chansons ayant 8 minutes de longueur en moyenne.


Empreint tout du long d’une sensibilité post-rock bien maîtrisée, Köld n’en reste pas moins un peu trop évident par moment, trop convenu aussi. Cela ne l’empêche pas d’être un album solide, débordant d’une atmosphère sombre peinte le long de ses tableaux musicaux oscillant entre déferlante de rage et noire tristesse, renfermant quelques chansons bien ciselées. Vous aurez le disque idéal pour votre prochaine traversée des paysages glacés d’Islande.


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