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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 24 septembre 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Göran Edman
(chant)

-Lars Johan Yngve "Yngwie Malmsteen" Malmsten-Lannerbäck
(chœurs+guitare+claviers)

-Mats Johan Olausson
(claviers)

-Svante Henryson
(basse+violoncelle)

-Bo "Werner" Sundberg
(batterie)

Ont participé à l’enregistrement :

-Lolo Lannerbäck
(flûte)

-Ulf Forsberg
(violon)

-Svein-Harald Martinsen
(violon)

-Kalle Moraeus
(violon)

-Per Bögberg
(alto)

-Michael Von Knorring
(batterie sur "Leviathan")

TRACKLIST

1) Perpetual (instrumental)
2) Dragonfly
3) Teaser
4) How Many Miles to Babylon
5) Cry No More
6) No Mercy
7) C'est La Vie
8) Leviathan (instrumental)
9) Fire and Ice
10) Forever Is a Long Time
11) I'm My Own Enemy
12) All I Want Is Everything
13) Golden Dawn (instrumental)
14) Final Curtain

DISCOGRAPHIE

Rising Force (1984)
Marching Out (1985)
Trilogy (1986)
Eclipse (1990)
Fire & Ice (1992)
The Seventh Sign (1994)
Unleash The Fury (2005)
Perpetual Flame (2008)
Angels of Love (2009)
Relentless (2010)
Parabellum (2021)

Malmsteen, Yngwie - Fire & Ice



Yngwie Malmsteen aime le changement – dans les années quatre-vingts. Après avoir lancé le metal néo-classique, le surdoué de la guimbarde branchée sur secteur règle son pas sur celui de Ritchie Blackmore, ex-membre éminent de Deep Purple et Rainbow,  privilégiant les chansons jusqu'à flirter complaisamment avec l'AOR, du hard rock bienveillant que ne goûtent pas forcément les fans de la première heure mais qui lui permet de s'inviter régulièrement dans les charts. Pour son sixième long-jeu intitulé Fire & Ice, le jeune Suédois infléchit encore le cap. Jusqu'à trouver l'équilibre idéal ?

Paradoxe amusant, le réajustement de trajectoire s'effectue dans un contexte stable - Malmsteen n'ayant pas viré ses musiciens, contrairement à ses habitudes. À l'exception du batteur, qui joue tout de même sur un titre, l'intégralité du personnel crédité sur Eclipse, l'album précédent, est reconduit. C'est pourtant avec cette équipe consolidée que le Scandinave au caractère difficile – un point commun avec son mentor non consentant Ritchie Blackmore – réoriente son vaisseau brûlant vers des horizons chargés, du moins est-ce l'impression laissée par Yngwie et ses employés sur "Perpetual", solennelle ouverture instrumentale au thème paroxystique évoquant l'entrée d'un convoi impérial dans une cité antique. Le tempo est lent, à l'instar de la majorité des morceaux - mid tempo, pour être exact, Malmsteen ne ralentit pas l'allure au point de concurrencer ses compatriotes doom de Candlemass. Cependant, l'option n'est pas inédite chez Mister Lannerbäck et se justifie pleinement sur "How Many Miles to Babylon", power ballade initiée par une délectable séquence de musique de chambre à laquelle succède un motif dépaysant.
Ce temps fort du recueil donne l'occasion à Göran Edman, quatrième chanteur ayant enregistré avec le shreddeur nordique, de démontrer sa capacité à émouvoir. S'il n'a pas la même aisance que son brillant prédécesseur Joe Lynn Turner, surtout quand il monte en stridence, ses inflexions touchantes donnent une coloration chaleureuse à des compositions formatées AOR, qui se taillent encore une bonne place. Le refrain de "Dragonfly" en est d'autant plus marquant, de même que celui, un peu répétitif, de "Cry No More", agrémenté d'une variation baroque dans le style qu'affectionne Malmsteen, grand admirateur de Jean-Sébastien Bach auquel il emprunte le thème de sa célèbre "Badinerie" pour aérer "No Mercy", irrésistible speederie qui rappelle les réalisations inaugurales avec l'excellent Jeff Scott Soto derrière le micro. Yngwie s'en donne à cœur joie, sprintant sur le manche de sa six-cordes dans son style paganiniesque immédiatement reconnaissable.
Cependant, les débordements sont rares – un solo un peu trop long en conclusion de "Fire and Ice" doté toutefois d'un refrain exquis, une séance de défoulement sur "Leviathan", instrumental moyennement inspiré, de même qu'en clôture à l'occasion du bien nommé "Final Curtain", quelque peu poussif mais dont les accents dramatiques instaurent une tension salvatrice. Une tension que le guitariste parvient à insuffler sur "Teaser", single logiquement radio friendly qu'il transforme en plaisir coupable grâce à une scansion alerte et un solo énergique. En revanche, ni lui ni ses acolytes ne peuvent grand chose pour valoriser "C'est la Vie", loukoum indigeste qui pâtit d'une lourdeur ne convenant pas non plus à "I'm My Own Enemy" et ses airs d'hymne de stade au ralenti. Quant à "All I Want Is Everything", sa légèreté confine à la fadeur, à l'inverse de "Forever Is a Long Time", cavalcade jumelle de "No Mercy" sertie d'un refrain délicieux et du seul solo de synthés de la réalisation – court, évidemment : hors de question de voler la vedette au patron qui prouve qu'il peut être au moins aussi rapide que les groupes de speed metal germaniques si l'envie lui en prend.


Dense et varié, Fire & Ice bénéficie d'un nombre conséquent de mélodies accrocheuses qui témoignent une fois encore de l'aptitude d'Yngwie Malmsteen à proposer de très bons morceaux. Si leur rythme majoritairement tranquille fait regretter que les moins dynamiques ne soient remplacés par des occurrences plus véloces, ils ne remettent pas en cause la réussite d'une œuvre qui constitue une synthèse des inspirations du viking - néo classique virtuose, hard rock séducteur et heavy à tendance épique. Un savoureux dosage, que l'instabilité et l'ego surdimensionné de son instigateur peuvent flanquer par terre à tout instant. En attendant l'inéluctable, il est fortement recommandé de déguster ce cocktail détonnant.



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