18142

CHRONIQUE PAR ...

3
TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 09 juin 2019
Sa note : 15/20

LINE UP

-Mikko Aspa
(chant)

-Christian "Hasjarl" Bouche
(guitare)

-Khaos
(basse)

TRACKLIST

1) Neither Meaning nor Justice
2) The Fires of Frustration
3) Ad Arma! Ad Arma!
4) Splinters from Your Mother’s Spine
5) Imitatio Dei
6) 1523
7) Sacrificial Theopathy
8) Standing on the Work of Slaves
9) Renegades Ashes
10) Absolutist Regeneration
11) You Cannot Even Find the Ruins…

DISCOGRAPHIE


Deathspell Omega - The Furnaces of Palingenesia



Que vaut Deathspell Omega en 2019 ? La question qui aurait sonné diablement absconse il n’y a ne serait-ce que quelques années de cela n’est désormais plus taboue. Oui, The Synarchy of Molten Bones était à la lisière du chiant. Deathspell Omega en pilote automatique et sur la corde raide du pis-aller de soi-même. Alors que deviennent les Pictaviens en cette année sans symbole ? « Seules » 3 années se sont écoulées depuis le dernier longue durée, signe d’inspiration ou de dissipation calorifique définitive ?

Que les fans du groupe ne se voilent pas la face, la descente est entamée depuis maintenant quasiment une décennie. Paracletus conservait une certaine flamboyance et introduisait des éléments nouveaux dans l’apparition mesurée de mélodies tout en insistant sur les dissonances. Cependant, pour la première fois, la troupe noire semblait régresser. Oh, de peu seulement, mais le chemin emprunté était désormais contraire. L’EP Drought au nom si imparablement lié à sa sonorité ne permettait pas de trancher sur sa faible durée, mais encore une fois, les transcendances semblaient moindres. Et The Synarchy of Molten Bones déboula. Quatre ans pour ça. Un effort proche de la caricature. Des titres longs et boursouflés. Une vitesse qui semblait se suffire à elle-même tout comme un son et des dissonances désormais terriblement standards. Deathspell Omega s’installait dans le standard. Sidération.

Avec The Furnaces of Palingenesia, le collectif poitevin redresse la barre, que les choses soient claires. Et ils le font de la manière la plus inattendue qui soit: en réduisant singulièrement la durée des titres tout comme ils taillent dans la vitesse d’exécution. La musique doit reprendre ses droits et le groupe l’a bien compris. Il suffit de jeter un œil à la tracklist longue comme un bras (pour Deathspell Omega): onze ! Rendez-vous compte, pas un titre au-delà des six minutes, et un album bouclé en moins de quarante-cinq minutes. Une première bonne nouvelle en souvenir des trop longues longueurs du précédent. Et cette vitesse d’exécution revue à la baisse, c’est stupide, mais elle permet aux compositions de respirer de nouveau. Il ne faut pas oublier que Si Monvmentvm Reqvires, Circvmspice alternait les blasts et les lourdeurs. Les hérauts de la nuit s’étaient oubliés eux-mêmes à force, peut-être attirés par le désir d’impressionner plus que de passionner. Il suffit d’entendre "
1523", pièce courte et abrasive aux sonorités étranges pour s‘en convaincre, la lourdeur a du bon.

N’allez pas croire que le blast disparaît, loin de là. Deathspell Omega sans blast, c’est comme une année sans soleil, ce serait franchement étrange. Néanmoins ils sont nettement moins systématiques, et ces appels à plus de mid-tempo aèrent clairement la musique. On se dit alors que le groupe revit. Ses compositions deviennent plus lisibles, il perd moins l’auditeur dans les méandres d’un maelstrom indiscernable et clairement inintéressant. Il ne faudrait toutefois pas croire que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. Il ne faut pas oublier que le groupe dépasse désormais les vingt années de carrière et la dizaine de sorties. L’usure du temps, cela s’appelle. Elle est réelle, il ne faut pas se voiler la face. Pourtant, elle demeure subtile. La troupe a encore des choses à dire. Ou tout simplement nous a-t-elle trop habitué à tellement en entendre.

C’est le problème d’installer ses suiveurs dans des problèmes de riches, et The Furnaces of Palingenesia souffre de la comparaison de la grande période. Moins de fulgurances, de bonnes idées qui auraient dû aller plus loin, etc. - ce genre de détails qui pour les autres groupes font dire « eux, ils pourront aller loin s’ils corrigent leurs menus défauts, en tout cas, déjà un très bon album. ». Sauf que Deathspell Omega est déjà allé tellement loin. Donc on fait la fine bouche, on demande le caviar alors que du saumon fumé est au menu. Pourtant, on sait rester raisonnable, on sait d’avance qu’un excellent saumon fumé vaut le mauvais caviar. D’autant que le groupe a l’audace et la bonne idée de proposer d’excellentes chansons régulièrement le long de la galette. "
Renegade Ashes" rappelle ainsi le flair des bonnes années, le type de chanson qui monte au nez avec les écoutes. Donc tout n’est pas perdu.

Et loin de là même. L’Art noir fait toujours partie des gènes de nos idoles, ils savent saccager consciemment votre cerveau pour y instiller la perte de conscience, la déroute et ce faisant, le plaisir d’écoute. Alors oui, Deathspell Omega vieillit, mais il ne vieillit pas si mal, et surtout rassure sur ce que son futur réserve.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2