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CHRONIQUE PAR ...

21
Wineyard
Cette chronique a été mise en ligne le 01 novembre 2026
Sa note : 18/20

LINE UP

-Søren Sol Koldsen-Zederkof
(chant)

-Janus Holst Aaen
(guitare)

-Mads Medom Papsø Laursen
(guitare)

-Jakob Kiilerich
(basse)

-Tim Sejr Wettendorff Larsen
(batterie)

TRACKLIST

1) Heimaland
2) Solin vaugna

3) Theinajau
4) Saivør
5) Vætna
6) Hjarta

DISCOGRAPHIE

Hjarta (2026)

Maunah - Hjarta
(2026) - doom metal Post doom progressif sans growl - Label : Prophecy Productions



Là, j’ai été bluffé. Parfois je suis emporté par l’élégance et la finesse musicale de certains anciens qui atteignent une sorte de grâce intemporelle, souvent le résultat du luxe de pouvoir faire ce qu’ils veulent, mais rarement ai-je eu l’impression d’avoir affaire à une proposition aussi aboutie par un groupe âgé d’un an à peine. Car Maunah n’a vu le jour que l’an passé et Hjarta est leur premier album seulement, et c’est un coup de maître, fort d’un choix d’être porté par leur langue maternelle (le danois) et d’une chance d’avoir profité des moyens techniques et du flair de Prophecy Records. Il y a de biens beaux groupes chez ce label, décidément…

Je suis certain que vous voyez ce dont je parle : une écoute distraite, un sentiment de « hmmm, c’est pas mal, il y a quelque chose, je vais le mettre en attente », puis on y revient et ce premier sentiment se change en « quand même, c’est carrément bien », et puis la répétition des écoutes qui finit en « bon, c’est plus que bien, ça me met les poils, je vais le garder dans la liste bien en haut, pour être sûr ». Et puis parfois, cela s’arrête là, on met deux ou trois titres dans une playlist pour la postérité et plus rien, peut-être dans l’espoir que cela rejaillisse un jour, « comme le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux » (merci, Jacques). Et parfois, une ultime écoute lors de l’alignement de Saturne et Neptune s’achève en « non mais là, c’est juste impossible que je ne le fasse pas, c’est vraiment trop bien, ça mérite une chro ». La chro, c’est juste l’acte fondateur du sentiment du travail accompli, on sait pertinemment que cela ne donnera pas bien plus de visibilité au groupe qu’il n’en a déjà, mais il FAUT la faire, sinon, l’âme du chroniqueur sera triste et s’éteindra dans un halo d’inutilité. Maunah, comme quelques autres avant, a réussi à me faire sentir mal si je ne le mettais pas sur le papier.
Mais pourquoi donc ? Je crois que je me le demande encore. Je ne suis pas totalement sûr de savoir, il est des alchimies inexplicables, parfois. Pourquoi aime-je autant Nighttime Birds alors que ce n’est objectivement pas le meilleur du groupe ? Pourquoi aime-je plus mon Diverge que mon Roubaix alors que je suis un routard ? Des questions d’alchimie, tout ça. Pour Maunah, il me semble que la voix de Søren Sol Koldsen-Zederkof a pratiqué un travail de sape sur moi. Au début, c’était pour elle que j’y revenais. Un beau médium qui sait aller un poilichon plus haut, mais surtout qui sait descendre là où on ne l’attend pas dans les graves chauds ("Theinajau", "Saivør"), qui sait mettre cette intention qui fait une différence émotionnelle certaine, et qui sait aussi faire lever l’épiderme sur de longues séquences (la palette de "Solin Vaugna"). C’est très rare, et c’est tellement bien servi par le courage d’être resté en langue maternelle. Le danois n’est ni « plus ceci », ni « plus cela » que ses confrères nordiques, mais lorsque l’on écrit et chante dans sa langue, je reste persuadé que l’on fait passer beaucoup plus de choses palpables et indicibles. Je suis revenu à Opeth par la version suédoise de In Cauda Venenum, car je la trouve tellement supérieure à sa traduction anglaise qui m’aurait probablement laissé à quai à ce moment.
Mais une voix ou un idiome ne sont rien s’il n’y a pas une mise en valeur digne d’eux. Et c’est bien là que j’ai dû être bluffé. Les compositions n’ont pas la naïveté à laquelle je m’attendais pour un groupe aussi jeune. La maîtrise des mélodies, celle, aussi, du tempo, des moments plus lourds, des temps plus poétiques où une certaine magie opère, des envolées et montées en puissance qui arrivent à me transporter si loin ; cette maîtrise n’est pas donnée à toutes les formations qui en sont à leur première fois. Quand un album vous capte sur un ou deux morceaux, puis vous révèle le reste plus tard à tel point que tous les titres vous font réellement quelque chose dans vos tripes, c’est qu’il s’agit d’un coup de maître. Et je prends peur à imaginer quelle suite ils pourront donner à Hjarta. Ce sera leur épreuve, mais aussi la mienne : vont-ils se placer sur le chemin de la durée ?

J’ai commencé par mettre "Heimaland" et "Solin Vaugna" dans une de mes playlists. Et puis, j’ai ajouté "Saivør”. Et puis "Theinajau". Et puis "Hjarta". Et quand j’ai réalisé que j’étais en train de me convaincre que je devrais aussi ajouter "Vætna" pour plus tard, parce que « quand même », j’ai finalement compris que Maunah n’avait pas ajouté de « filler » dans Hjarta. Six titres, pas neuf ni dix, juste six, et pas de scories. Est-ce osé ? Est-ce de l’assurance ? Est-ce le fruit d’un conseil avisé ? Aucune idée, mais qu’est-ce que c’est bien vu… Hjarta est d’une densité et d’une qualité qu’aurait peut-être amoindrie un excès de longueurs pas forcément pertinentes s’il avait fallu meubler pour la bonne tenue du commerce. Merci.





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