20231

CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 12 juin 2026
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jehan Fillat
(tout)

TRACKLIST

1) Alea Jacta Est
2) I Have a Rendezvous With Death
3) Dulce Et Decorum Est
4) Aeger Anima
5) Dulce Et Decorum Est (single version)

DISCOGRAPHIE


Aeger Anima - The Falling Leaves (EP)
(2026) - black metal indus electro - Label : Eerie Sounds



« Today, as I rode by,
I saw the brown leaves dropping from their tree
In a still afternoon,
When no wind whirled them whistling to the sky…
»
Oh je vous vois… vous haussez les sourcils. « Encore une chronique d’un de ces groupes de doom prétentieux, une blonde et quatre types simiesques qui se prennent pour Shakespeare… » Eh bien vous commettez, non pas une, mais trois erreurs…


Un : Aeger Anima est un one man-band, de l’ex boss d’Apathia Records - ça pose son homme. Deux : pas de doom au programme mais du black-electro-indus, un peu dans la ligne de ce que Samael a su nous concocter sur Exodus, en plus gris. Trois : The Falling Leaves n’a pas été écrit par l’auteur de Roméo et Juliette, Othello et tous ces livres imprimés en petits caractères, sans image ni reels, mais par Margaret Postgate Cole. I Have a Rendezvous with Death, par Alan Seeger, tandis que c’est Wilfred Owen qui a composé Dulce Et Decorum Est. Ces trois poèmes anglais ont en commun de dénoncer, de belle manière, les atrocités de la Première Guerre Mondiale. Nous allons zapper les considérations et poncifs d’usage quant au caractère actuel de ces textes pour aller directement à ce qui vos choquera sans doute le plus : le choix du genre musical pour une telle thématique. Je suis le premier à avoir été surpris par ce traitement black-indus de la guerre des tranchées, ayant l’habitude de quelque chose de plus brut et sauvage - je pense, par exemple, à "Mustardgas" de Phlebotomized - ou de plus ampoulé - coucou Woods of Ypres !- pour décrire la dévastation ayant frappé le monde début du XXème siècle.
Force est de constater cependant que le choix de Jehan s’est avéré judicieux, à double titre. D’une part, la combinaison du son abrasif de la guitare et d’une intensité qui va crescendo illustre en réalité parfaitement le côté sombre et, paradoxalement, peu poétique, des scènes de boucherie s’étant déroulées sur notre sol. Certains arrangements, comme cet obsédant sample de cloche prenant de plus en plus de place sur "Dulce Et Decorum Est", contribuent à créer une sensation d’angoisse parfaitement compatible avec ce que l’on peut imaginer de l’immense fabrique à gueules cassées créée par les deux camps ennemis entre 1914 et 1918. Si la musique développée aide à monter un décor cauchemardesque autour de la déclamation des poèmes, l’inverse est également vrai. Le fait d’avoir choisi une narration extrêmement sobre et sous mixée des textes de Seeger et Owen, narration audible mais en arrière-plan par rapport aux instruments, crée une sensation de « voix-off » tout à fait caractéristique de la musique industrielle, tout en renforçant le fait que, si les poètes ont réussi à produire de la beauté à partir de laideur, la guerre reste la guerre.


The Falling Leaves traite de manière convaincante et originale un sujet, qui n’avait pas besoin d’une nouvelle œuvre empruntant les sentiers battus. Avec sa mise en musique black-electro-indus de poèmes pacifistes du début du XXème siècle, Aeger Anima signe une entrée en matière fort intéressante qui, je l’espère, sera bientôt suivie d’un album du même acabit. Un gars ayant sorti des albums d’Helioss, W.E.B. ou Perihelion ne peut être foncièrement mauvais…





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