20046

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 13 décembre 2025
Sa note : 16/20

LINE UP

-Mark Fredrick Farner
(chant+guitare+piano+harmonica)

-Donald George "Don" Brewer
(chant+batterie)

-Melvin George "Mel" Schacher
(basse)

TRACKLIST

Disque 1 :

1) Introduction
2) Are You Ready?
3) Paranoid
4) In Need
5) Heartbreaker
6)
Inside Looking Out (The Animals cover)

Disque 2 :

1) Words of Wisdom
2) Mean Mistreater
3) Mark Says Alright
4) T.N.U.C.
5) Into the Sun

DISCOGRAPHIE

Live Album (1970)

Grand Funk Railroad - Live Album
(1970) - hard rock - Label : Capitol Records



L’histoire du rock a ses élus, porteurs de lumière totémisés que leurs plus fervents admirateurs élèvent au rang de divinités. Grand Funk Railroad n’appartient pas à cette catégorie. Le trio, originaire de Flint, Michigan, est vilipendé par la presse spécialisée qui n’y voit qu’une association de tâcherons sans envergure recueillant une gloire imméritée. Car au tout début des seventies, Grand Funk Railroad est immensément populaire. Un double live paru en novembre 1970 rappelle pourquoi.

La mise en condition de deux minutes trente, qui débute par une annonce de l'organisation enjoignant le public à dégager les allées (« Clear the aisles as much as possible »), peut sembler inutile. « We want Grand Funk! » Pourtant, elle donne une indication sur ce qui va suivre. Les clameurs s’élèvent à l’arrivée des musiciens, le guitariste-chanteur Mark Farner se plaint de son micro qui lui envoie des décharges électriques, le maître de cérémonie lance le nom du groupe. Puis c’est la déflagration. Un son sale, dominé par la basse. Une batterie qui claque et sature l’atmosphère à chaque coup de cymbale. Un chant rugueux, éructé à deux, guitariste et batteur, ponctués de cris sauvages. Et une foule hystérique. "Are you ready?" La question est rhétorique. Celles et ceux qui ne connaissent que la version studio de cette ouverture décapante ne doivent pas en croire ce qui leur reste d’oreilles tant elle est atomisée. Les autres, qui ont eu vent de la réputation de Grand Funk sur scène, savent et savourent – c’est manifestement le cas des jeunes gens de Floride venus voir l’attraction rock du moment en ce premier été de la décennie. La troupe a acquis sa réputation en live avant d’enregistrer le moindre album, suite à une performance incandescente à l’Atlanta Pop Festival en juillet 69 qui comptait parmi ses têtes d'affiche Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin et Led Zeppelin. Lorsque les gars du Midwest ont joué à Detroit, ils ont rempli une salle de trente mille places en deux heures et quart. Auparavant, il avait fallu cinq semaines aux Rolling Stones, neuf jours à Elvis Presley et deux jours aux Beatles pour remplir le même lieu. À chaque représentation c’est l'émeute, la demande de billets étant plus importante que l’offre.
Ce succès soudain, inattendu, a provoqué la haine de nombreux « rock critics » qui n’ont rien vu venir, d’autant plus que le coup de maître a été favorisé par un manager douteux au baratin hors pair ayant joué avec les trois résidents de la Vehicle City, avant de faire carrière à New-York. Grâce à ses relations dans le milieu du disque, il va contribuer à propulser ces soutiers du rock hors de leur garage en les proclamant « héros du peuple ». Les trois LP studio publiés en moins d’un an sont loin de refléter la furia déclenchée sur les planches par les chevelus, qui n’ont pas grand-chose de funk hormis la coupe afro du batteur Don Brewer – le nom de la formation faisant référence à la ligne ferroviaire Grand Trunk Western Railroad qui traverse le Michigan. Pourtant, la structure des chansons est globalement respectée, comme sur "Paranoid". Porté par la basse, à l’instar de plusieurs occurrences, le titre antérieur au single homonyme de Black Sabbath donne l’impression que les mecs calment le jeu, Farner et Brewer allant même jusqu’à roucouler en canon. Puis un cri rageur et un solo nerveux à la wah wah mettent fin aux amabilités. La tension est omniprésente, masquant une écriture un peu frustre sur certains morceaux - la ballade aux arrangements subtils "I'm Your Captain/Closer To Home", tout juste sortie sur album, n’est pas incluse dans la setlist. Les six minutes finales d’"In Need" sont accaparées par un solo de Farner, qui ne peut guère lutter en dextérité avec Hendrix et Jimmy Page alors que les premières mesures groovy as f… de "T.N.U.C." (à lire à l’envers) laissent place à une démonstration encore plus longue de Brewer derrière ses fûts.
Néanmoins, l’intensité perdure, entretenue par ces anciens galériens qui se sont tannés le cuir en se frottant à la clientèle des bars à la sortie des usines. Ils arrivent à faire passer crème les douze minutes d’"Inside Looking Out", relecture musclée d’un titre incisif de The Animals - harmonica de sortie - et s’en donnent à cœur joie sur la tournerie pas loin d’être funk, finalement, de "Mark Says Alright", un instrumental inédit qui se termine dans la débauche. Néanmoins, Farner et ses acolytes, dont un Mel Sacher redoutablement agile à la basse, peuvent se montrer délicats, sur "Heartbreaker" aux accents bluesy (rien à voir avec Led Zep) et "Mean Mistreater", tous deux rehaussés de refrains mélancoliques. Sauf que les gars ne peuvent s’empêcher de les dynamiter à coup d’accélérations vrombissantes, à croire que c’est plus fort qu’eux. Loin de faiblir en fin de parcours, la section achève l’auditoire avec "Into the Sun", montée en puissance vertigineuse, un déchaînement collectif de plus de dix minutes qui bascule dans la démence.


Brut, sincère, orgiaque, le Live Album est un témoignage saisissant de la puissance hors normes dégagée en concert par Grand Funk Railroad. La captation saturée est un manifeste de « heavy rock » virant à la transe, une déferlante électrique transcendant des compositions reléguées au rang de prétextes. Loin des marionnettes sans âme raillées par des observateurs dépassés par le phénomène, les trois membres du gang se montrent tels qu’ils sont, des prolos jouant un rock cathartique destiné aux cols bleus, ceux qu’on envoie au Vietnam se faire déchiqueter pendant que les hippies manifestent contre la guerre sur les campus (et se font tirer dessus). Les années soixante-dix débutent à peine et déjà, une fracture se révèle. Les trois de Grand Funk Railroad, salariés pour quelques dizaines de dollars par semaine, se font arnaquer dans les grandes largeurs. Mais ils jouent, comme si leur vie en dépendait. C’est ce qu’on entend sur cet enregistrement édifiant.



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