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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 14 novembre 2023
Sa note : 16/20

LINE UP

-John Fredrik Lönnmyr
(rhodes+orgue+mellotron+synthétiseurs
+guitare+basse+percussions)

Ont également participé à l'enregistrement :

-Maria Palmqvist:
(voix sur 8)

-Thomas Rundström
(guitare sur 1)

-Elof Hanson Svensson
(guitare sur 2, 5 et 7)

-Per Laang
(saxophone sur 2)

-Kristin Lidell
(trompette sur 6)

-Anders Brisman
(basse sur 5 et 7)

-Matias Jarlhed
(batterie sur 2, 5 et 7)

-Johan Björklund
(batterie sur 1 et 6)

-Pontus Torstensson
(batterie sur 4 et 8)

TRACKLIST

1) Ekipaget
2) Aftonland
3) Borck
4) Traktatet
5) Spjutet
6) Vargtimmen
7) Gycklaren
8) Nostalghia


DISCOGRAPHIE

Aftonland (2023)

John Lönnmyr - Aftonland



For the English version, scroll down

Aftonland.
Le pays du soir. Ce n'est pas sans m'évoquer ce recueil de poèmes de Pär Lagervist
« Det är om aftonen manbryter upp, vid solnedgången. Det är då man lämnar allt. Tankentar ner sina tält av spindelvälv och hjärtat glömmer varför detängslats »
« C'est au soir qu'on lève le camp, au coucher du soleil. C'est alors qu'on quitte tout. La pensée replie ses tentes de toile d'araignée et le cœur oublie le pourquoi de son inquiétude. »


John Lönnmyr, claviériste et compositeur originaire de Gothenburg, est un artiste aux multiples facettes. Officiant avec The Night Flight Orchestra, Act of Denial, Monochromatics, Aunt Nancy, Thymeshift ou encore Divers, son répertoire est à l'avenant : une ample palette de registres couvrant aussi bien le jazz et le blues que le metal ou encore le rock-progressif... avec pour atout supplémentaire, une appétence pour l'improvisation. Cette année 2023 nous découvre son nouvel album solo, Aftonland, un voyage instrumental de très belle facture, à la suite de son premier effort sorti en 2020, Ristor.
Ce qui séduira d'emblée sera la limpidité de la production : chaque instrument trouve en effet sa position habilement sublimée, le dialogue qu'ils entretiennent est harmonieux et nous pouvons ainsi pleinement apprécier l'architecture élégante et équilibrée de la composition. Entouré de différents musiciens venus ennoblir cet ensemble de leurs interventions, John fait ici montre d'un talent de composition qui est à saluer. Chacun des huit morceaux révèle une stratification de nappes racées, une richesse de tons et des choix rythmiques adroits au service d'un propos d'une délicate intention.
Amateurs d'univers hallucinés, soyez ainsi les bienvenus. Dans le sillage de cet « attelage » qui nous est confié dans l'instant, la lumière est jetée : d'un groove doré, à la faveur d'une basse puissante et d'une guitare plaintive et délicieuse. Et, comme autant d'ombres s'étirant dans le crépuscule, ces nappes de mellotron, synthétiseur et hammond qui s'étendent sur nous et s'entrelacent, ceignant nos esprits d'un voile de mélancolie souveraine. "Ekipaget" introduit ainsi notre voyage en ces terres où les claviers font loi et aura tôt fait d'inscrire sa structure enivrante dans les esprits.
Mais si "Ekipaget" nous capture volontiers dans sa boucle hypnotique et lénifiante, sachez que John est malicieux et nous surprend vivement de quelques espiègleries dès les motifs d'entrée d'"Aftonland" - que contraste le subtil trait d'impériosité de la guitare. Mais il est quelque mécanique douce/amère à l'ouvrage, car passée cette introduction, le ton change, et nous voici aux prises avec l'amertume d'un jeu, faussement épuré, diablement entêtant. Malice, oui. Car l'apparente simplicité des mouvements emplissant tout d'abord notre cortex frontal, nous confond. En vérité, la toile de fond s'épaissit peu à peu, la sente se fait labyrinthique, parcheminée de quelque folie enlevée ; et saillante est soudain la conscience du complexe maillage à l’occurrence centrale, un dialogue superbe entre le saxophone et cette frénésie ascendante souffletée par les claviers. Difficile de résister au plaisir alors de relancer l'écoute, de s'y égarer une nouvelle fois pour jouir de chacun des détails qui fourmillent sur ce très beau morceau. Et ce ne sera de loin pas l'unique fois que le phénomène se produira.
"Borck" ensuite, qui à chaque écoute ne cesse de me captiver. Car bien que plus courte, elle n'en est pas moins hypnotique. Non pas tant dans ses boucles que dans l'étreinte douloureuse de ses harmonies tendres/amères. Son arrière plan lui confère une dimension dramatique captivante, ses vibratos semblent nous projeter dans un autre lieu, un ailleurs indéfinissable et différents voiles sont à soulever pour apprécier pleinement sa couleur. Mais peut-être John aura-t-il eu le souci de ne pas nous abandonner trop longtemps dans ce paysage si affecté ? Car "Traktatet" (Le Traité) offre d'emblée une inflexion plus douce et légère, prenant presque un air de pastorale, appuyé par un adroit motif flûté. Mais elle est tout aussi empreinte de cette fantaisie déliée dans ses nappes aériennes qui s'élancent sans contrainte, ses discrètes touches cristallines et sa dimension orchestrale finales qui lui confèrent une belle profondeur de champ.
En "Spjutet" (La Lance), j'aime voir le produit alchimique des efforts qui le précèdent, car ici, les éléments que nous avons pu rencontrer jusqu'à présent se redécouvrent sous un jour très différent et les adroites cassures de rythme ne sont pas la moindre des qualités de ce superbe morceau : à nouveau, le groove de cette basse soulignée nous saisit les sens, soutenant un dialogue frénétique entre une guitare tourmentée et des nappes d'orgue que les plus opethiens d'entre nous apprécieront tout particulièrement, conséquemment bien plus graves et affectées que dans le titre d'ouverture. L'ensemble est alors ponctué de nouveaux effets flûtés, mais qui n'ont plus ici la frivolité champêtre expérimentée sur "Traktatet", et c'est d'autant plus patent dans ce break aérien ouvrant sur un superbe lâcher-prise. On ne peut que supputer ici le plaisir que les musiciens ont éprouvé dans cet exercice de style et savourer l'éloquence de ce titre intense.
Nous cheminons dans le pays du soir, notre progression serait-elle aussi placée sur un axe temporel alors que point « l'heure du loup », "Vargtimmen", convoquée par la mélodie d'une trompette qui jette sur nous son dais ouaté ? Ici les esprits peuvent s'apaiser, se laisser bercer au gré des mouvements et conquérir par ce sentiment de langueur bien spécifique que le jazz seul est propre à métaphorer. Le charme est cependant rompu par l'arrivée de "Gycklaren" (le bouffon), théâtre d'un balais exquis entre d'inquiétantes touches mantratiques fleurant une nouvelle fois la malice, des nappes pourvues de la grandiloquence d'un chœur, auxquels s'adjoint encore l'intensité d'une guitare équivoque totalement abandonnée dans ses élans progressifs, et même, la surprise d'un passage en spoken words, petit détail annonciateur. Car si tout l'album est en effet purement instrumental, la délicate contribution de Maria Palmqvist nous procure un sentiment inattendu en clôture. Sa voix, posée sur les mélodies classieuses de "Nostalghia", a le raffinement de nourrir un sentiment d'éclosion, magnifiant la douce lueur qui émane de ce dernier morceau. Une dernière touche d'élégance pour parfaire l'œuvre. Prémices d'une aube naissante ?


Lorsque je contemple l'artwork de cet album, celui-ci m’apparaît on ne peut plus éloquent car il me semble bien tenir entre mes mains l'un de ces disques de rock progressif dont j'ai la nostalgie pour la richesse des nappes labyrinthiques et les fantasques inventions, tout en étant inscrit dans l'instant présent, moderne et de signature originale. Merveilleusement équilibré, paré de ces couleurs chaudes que convoque le jazz et cependant traversé de cette mélancolie douce que l'on se plaît à retrouver dans les compositions suédoises, Aftonland captive, voire hypnotise et je ne saurais que saluer le talent de composition et de jeu que John Lönnmyr nous révèle avec ce très bel ouvrage.





Aftonland. The Evening Land. It reminds me of this poetry collection by Pär Lagervist
"Det är om aftonen man bryter upp, vid solnedgången. Det är då man lämnar allt. Tanken tar ner sina tält av spindelvälv och hjärtat glömmer varför det ängslats"
"We break camp in the evening, at sundown. That's when you leave everything behind. The mind folds up its cobwebbed tents and the heart forgets why it worries."


John Lönnmyr, keyboardist and composer from Gothenburg, is a multi-faceted artist. Performing with The Night Flight Orchestra, Act of Denial, Monochromatics, Aunt Nancy, Thymeshift and Divers, his repertoire is as wide-ranging as jazz and blues, metal and progressive rock... with the extra bonus of an abundance of improvisation. This year, 2023, sees the release of his new solo album, Aftonland, a beautifully crafted instrumental journey, following his first effort, Ristor, released in 2020.
What immediately appeals is the limpidity of the production: each instrument's position is skilfully sublimated, the dialogue between them is harmonious and we can fully appreciate the elegant, balanced architecture of the overall piece. Surrounded by various musicians who have come to enhance the ensemble with their contributions, John's compositional talent is to be commended. Each of the eight tracks reveals a stratification of racy layers, a richness of tone and clever rhythmic choices at the service of a delicately intentioned subject.
So welcome, lovers of hallucinating universes. Following the trail of this carriage entrusted to us in the moment, the light is spread out: a golden groove, thanks to a powerful bass and a plaintive, delicious guitar. And, like so many shadows stretching out into the twilight, these layers of mellotron, synthesiser and hammond stretch over us and intertwine, wrapping our minds in a veil of sovereign melancholy. "Ekipaget" introduces us to a land where keyboards rule, and its heady structure will soon be imprinted on our minds.
But while "Ekipaget" willingly captures us in its hypnotic, soothing loop, John is mischievous and surprises us with some mischief from the opening motifs of "Aftonland" - contrasted with the subtle imperiousness of the guitar. But there are some bittersweet mechanics at work here, because after this introduction, the tone changes, and here we are in the grip of the bitterness of a game, seemingly sober, devilishly heady. Malice, yes. Because the apparent simplicity of the movements that first fill our frontal cortex confuses us. The truth is, the backdrop gradually thickens, the path becomes labyrinthine, scattered with some kind of spirited madness; and suddenly the awareness of the complex mesh at the centre stands out with a superb dialogue between the saxophone and this rising frenzy blown by the keyboards. It's hard to resist the pleasure of listening again, of wandering off once more to enjoy each and every detail of this beautiful piece. And it won't be the only time this happens!
Then there's "Borck", which captivates me with every listen. Although shorter, it's no less hypnotic. Not so much in its loops as in the aching embrace of its bittersweet harmonies. Its background gives it a captivating dramatic dimension, its vibratos project us into another place, an indefinable elsewhere, and different veils have to be lifted to fully appreciate its colour. But perhaps John was concerned not to abandon us for too long in this very affected landscape? For "Traktate"t (The Treaty) immediately takes on a gentler, lighter inflection, almost a pastoral air, supported by a deft flute pattern. But it is just as stamped with this unrestrained fantasy in its airy layers that soar without constraint, its discreet crystalline touches and its final orchestral dimension which give it a beautiful depth of field.
In "Spjutet" ("The Spear"), I like to see the alchemical product of the efforts that precede it, because here, the elements we've come across so far take on a very different light, and the deft breaks in rhythm are not the least of the qualities of this superb track. Once again, the groove of the underlined bass takes hold of our senses, supporting a frenetic dialogue between a tormented guitar and layers of organ that the most opethian among us will particularly appreciate, consequently much more grave and affected than in the opening track. The whole is then punctuated by new fluted effects, but which here no longer have the bucolic frivolity experienced on Traktatet, and this is all the more obvious in this aerial break opening onto a superb lâchez prise. We can only imagine the pleasure the musicians took in this stylistic exercise, and savour the eloquence of this intense track.
As we travel through the land of evening, could it be that our progress is also placed on a temporal axis as we enter the hour of the wolf, "Vargtimmen", summoned by the melody of Kristin Lidell's trumpet that gently casts its soft cloak over us? Here, our spirits can be soothed, lulled to the rhythm of the movements and conquered by that special feeling of languor that only jazz is able to metaphorise.
The spell is broken, however, by the arrival of the theatrical "Gycklaren" (the jester), the scene of an exquisite balancing act between disquieting mantra-like touches that once again smack of malice, layers with the grandiloquence of a choir, to which is added the intensity of an equivocal guitar totally abandoned in its progressive outbursts, and even the surprise of a passage in spoken words, a small foreshadowing detail. While the whole album is purely instrumental, Maria Palmqvist's delicate contribution brings an unexpected feeling to the finale. Her voice, set against the classy melodies of "Nostalghia", has the refinement to nurture a feeling of eclosion, magnifying the gentle glow emanating from this final track. A final touch of elegance to complete the work. Foreshadowing a nascent dawn?


When I consider the artwork created for this album, it couldn't be more eloquent, because it seems to me that I'm holding in my hands one of those progressive rock records that I'm nostalgic about for the richness of its labyrinthine layers and fantastic inventions, while being part of the present moment, modern and with an original signature. Wonderfully balanced, adorned with the warm colours of jazz and yet shot through with the gentle melancholy that we love to find in Swedish compositions, Aftonland captivates, even hypnotises, and I can only salute the talent for composition and playing that John Lönnmyr reveals in this very fine work.



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