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CHRONIQUE PAR ...

21
Wineyard
Cette chronique a été mise en ligne le 22 janvier 2023
Sa note : 17/20

LINE UP

-Axel Bauer
(chant+guitare+accordéon+claviers)

Ont participé à l'enregistrement :

-Franck Bauer
(voix)

-Erica Simeone
(chœurs)

-Arnaud Bascuna
(chœurs)

-Pascal Vétu
(chœurs)

-Pierre-Yves Lebert
(choeurs)

-Bastien Burger
(guitare)

-François Poggio
(guitare)

-Frank Terranova
(claviers)

-Alexis Anérilles
(claviers)

-Johan Dalgaard
(claviers)

-Pierre Jaconelli
(basse)

-Antoine Reininger
(basse)

-Marcello Giuliani
(basse)

-Philippe Entressanglebr
(batterie)

-Raphael Chassin
(batterie)

-Vincent Lechevallier
(batterie)

TRACKLIST

1) Ici Londres
2) L'homme qui court
3) Achète-moi une âme
4) Tout l'or du monde
5) J'aime ça
6) C'est malin
7) Est-ce ainsi que les hommes vivent
8) Ce que tu ne sais pas
9) Envole-toi
10) Le jour s'enfuit
11) À qui n'a pas aimé
12) Le jour se lève

DISCOGRAPHIE

Radio Londres (2022)

Axel Bauer - Radio Londres
(2022) - rock subtil catchy et Touchant - Label : Acceleration



J’aime les Eternels. Il ne doit pas y avoir beaucoup de sites musicaux où la chronique de Transilvanian Hunger côtoie celle de Radio Londres. On chronique ce que l’on veut, à la vitesse que l’on veut, et surtout pas ce qu’on ne veut pas. Cela dit, j’écris cela, mais en vrai, je ne voulais pas la faire. Non que je n’aime pas cet album, c’est tout l’inverse. C’est même pour moi l'une des meilleures sorties rock de 2022, et probablement le meilleur album d’Axel Bauer à ce jour, alors qu’il a commencé au début des années quatre-vingt. En fait, je ne voulais pas la faire car je craignais – et je crains toujours- de ne pas rendre une copie suffisante, car la carrière est riche et les rencontres du musicien sont tellement nombreuses. Je vais devoir produire un travail de recherche que la grosse feignasse que je suis s’en rend malade à l’avance. Il faut parfois accepter de se faire violence par devoir de justice.

Le temps passe pour tous, et je ne fais surtout pas exception à la règle. J’ai vu naître, grandir, disparaître et resurgir Axel Bauer sur les quarante dernières années, et l’homme admet lui-même que son rythme est lent ; un vrai gros tube tous les dix ans et au milieu de la liberté ou de l’écriture pour d’autres. Du mythique "Cargo" de 1984 avec son clip signé Mondino et sa batterie enregistrée par Manu Katché, en passant par "Eteins la lumière" en 1992, puis "À ma place" en duo avec Zazie en 2001 et enfin, plus rien de solitaire jusqu’à Radio Londres. Peut-être en effet que son rythme est lent, mais il n’a jamais non plus cédé à la mode, restant toujours très rock dans sa musique ou dans l’esprit. Avec sa guitare omniprésente, plaçant des soli dans presque chacune de ses compositions, faisant fi de la durée limitée nécessaire au passage en radio, se moquant de la justesse de sa voix parfois un peu limite sur certains accords. Il a su rester lui-même tout au long de ces années, réagissant aux aléas de sa vie, de celles des siens, de ses rencontres artistiques ou personnelles, en passant peut-être à côté d’une carrière de guitariste que son talent reconnu aurait pu lui ouvrir.
Il a frôlé la mort au moins deux fois. Au cours d’un concert, sauvé de l’électrocution de son ampli par Philippe Manœuvre, et plus récemment sauvé d’un cancer des reins, épisode qui lui a inspiré la poignante "C’est malin". Cette résistance est le fil conducteur de Radio Londres. De l’histoire de son père Franck Bauer, speaker à Radio Londres pendant la Seconde Guerre mondiale (et qui fut accessoirement batteur de Django Reinhardt), il en tire "Ici Londres" dont le début n’est autre que sa voix à quatre-vingt-treize ans, probablement enregistrée pour la postérité familiale. Ce père qui a prononcé plus de cinq-cents fois « Les Français parlent aux Français » cite également les noms des autres speakers de cette phrase si tragiquement célèbre de l’histoire de France. De cette inspiration résistante naît aussi "Le jour s’enfuit", faisant un parallèle entre son histoire et celle de son père lorsqu’ils sont arrivés à Londres dans leurs vingtaines et qu’ils ont perdu quelqu’un. "Est-ce ainsi que les hommes vivent", n’est autre qu’un poème qu’écrivit Aragon à la fin de la première guerre mondiale attendant sa démobilisation, reprise déjà par Léo Ferré (une version originale cha-cha-cha jazzy scandée dont il avait le secret), mais transformée, « rockisée » et réincarnée par Axel Bauer.
Ce poème n’est d’ailleurs pas la seule « reprise » de cet album. Le chanteur reprend "À qui n’a pas aimé" de Gérard Manset dont la version est assez lunaire et dépouillée, et il en fait une réadaptation très personnelle et charnelle dans le respect profond de la mélodie originale, à l’instar de la reprise de Ferré. Plus on écoute cet album, plus on le malaxe, et plus apparaît le côté personnel infusé dedans. Bien sûr la résistance de son père à la guerre, bien sûr sa propre résistance face à la maladie et la mort, mais aussi la résistance pour simplement rester lui-même dans une société du paraître et de l’avoir, de l’immédiateté sans profondeur. "L’homme qui court", "Achète-moi une âme", "Tout l’or du monde" et "J’aime ça" traitent de ce sujet en évitant les poncifs, toujours dans la finesse de la réflexion et dans une immense sincérité. Et finalement, c’est très ressemblant à son histoire. C’est peut-être ce côté intime dévoilé de manière subtilement indirecte qui est la grande réussite de cet album. "C’est malin" m’a fait monter les larmes aux yeux, littéralement. Ceux qui ont fait face personnellement, directement ou indirectement, à une maladie dont l’issue peut être terrible, ne peuvent qu’être touchés par autant de vérité et de pudeur dans ces mots et l’émotion contenue en eux.


Bauer a dit lui-même lors d’une interview qu’il devenait conscient « ...de la perte de ce sentiment d'invincibilité », et a ajouté « envisager alors sa vie à la lumière de ce compte à rebours commencé… Si on vivait tout à l'aune de cet éclairage, le monde serait différent, on dirait moins de saloperies, on ferait moins de conneries ». Ce n’est pas, comme on pourrait le conclure rapidement, le passage d’un artiste à la jeunesse chaotique et capricieuse vers l’âge adulte avec la maturité qui peut aller avec. C’est une vraie tarte dans la gueule donnée par la réalisation de la proximité de la fin, un regard humain et pragmatique vers l’arrière pour un bilan de vie, mais aussi une perspective différente, et probablement plus centrée sur l’essentiel, de l’avenir.



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