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CHRONIQUE PAR ...

42
Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 31 décembre 2022
Sa note : 17/20

LINE UP

-布
(chant)

-等力
(guitare)

-関
(basse)

-斉藤
(batterie)

TRACKLIST

1) 臨界
2) キメラ
3) 見つめていたい
4) 土踏まず
5) 歌姫とそこにあれ
6) 美しい名前
7) 忘却過ぎし
8) 甘き渦の微笑
9) 子守唄は潮騒
10) ビオトープの底から
11) 遠雷と君

DISCOGRAPHIE

Island (2022)

Asunojokei - Island



Le paysage de demain (traduction vague de 明日の叙景) ? Peut-être ? En tout cas, le premier album du groupe avait été remarqué par les amateurs de blackgaze, post-hardcore et math rock. Non, non, ne partez pas, cela en vaut vraiment la peine. Le groupe avait une démarche personnelle, même si les premiers essais avaient des défauts. Et voilà que le second album arrive. Alors, paysage de demain ou vague copie ?

Le quartet 明日の叙景 (Asunojokei) suit les traces de ses compères d’outre-mer 파란노을 (Parannoul) : ils fusionnent deux genres opposés afin de jouer sur la lumière et les ténèbres. Mais plutôt que le classique mélange shoegaze et black metal, ou belle et la bête, le quatuor de Taito, Tokyo créé l’opposition via le mélange du black metal, du post-hardcore et du J-rock. La dissonance du black contraste avec l'optimisme du J-rock, que l’on retrouve même dans les thèmes des paroles (« les lumières et les ténèbres séparées, comme Dieu l’a voulu, pouvons-nous être blâmés pour vouloir aller de l’un à l'autre ? »). Cette dichotomie n’est pas mieux exprimée que sur "キメラ" qui doit être le titre de black metal le plus entraînant, dansant même qui existe. Comme 파란노을 mélangeait le post rock et l’emo, 明日の叙景 construit une chimère mélangeant dissonance et groove entraînant pour faire exister l’espoir dans les ténèbres.
Le J-rock se trouve sous différentes formes, un solo de guitare épique sur "キメラ", du groove sur "歌姫とそこにあれ" (titre très entrainant aussi) ou un son rock classique sur "子守唄は潮騒". Et bien entendu des mélodies comme sur "遠雷と君". L’autre grosse influence des Tokyoïtes est le post-hardcore/screamo de leurs compatriotes Envy ou Mass of the Fermenting Dregs. Le chant de 布 perce les aigus, transportant une forme de colère venu du punk, contraste avec des spoken words (en japonais, tout comme les paroles, ce qui renforce encore l'atmosphère urbaine). Nous retrouvons ce punk sur certaines rythmiques, comme sur "美しい名前", titre le plus court de l’album sans compter les deux interludes instrumentaux, une petite bombe énergétique. L’autre grande influence, c’est bien entendu Deafheaven. La base de l’album reste du black metal après tout, du blackgaze en l'occurrence, mais du black. Nous retrouvons donc riffs en tremolo ("甘き渦の微笑", trop long et décousu d’ailleurs) et une atmosphère sombre, malgré les contrastes notés plus haut.
Sombre n’est peut être pas le mot adéquat. Triste peut-être, ou mélancolique ? Mélancolique doit être le mot juste. Une forme étrange de mélancolie, une mélancolie urbaine pour les journées ensoleillées, de celles où l'on oscille entre le sourire et les larmes. Alcest n’est plus le seul à faire du black metal méditatif et lumineux, 明日の叙景 les a rejoints. Comme les pochettes du groupe français, celle アイランド annonce la couleur : colorée et lumineuse, avec une forte influence locale. Du black metal pour l'été, en somme. Un tour de force. À noter la production excellente, claire comme du cristal. Chaque instrument est à sa place et bien balancé. L’album bénéficie à être écouté au casque. Au hasard si vous avez cinquante minutes de trajet depuis votre atterrissage à Haneda en direction d’un manga kissa à Akihabara.

Les Japonais ont sorti, pour leur second album, une œuvre excellente. La fusion post-hardcore, j-rock et blackgaze fonctionne parfaitement. Enjoué, un peu triste par moment, comme cette journée d'été empreinte de mélancolie dans un parc ensoleillé. Souriez et écoutez.





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