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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 04 novembre 2022
Sa note : 17/20

LINE UP

-Julien Hovelaque
(tout, absolument tout !)

TRACKLIST

1) Dernier éveil
2) Delphica
3) Un eon de poussière
4) Un million de chutes
5) Le verbe des ruines
6) Amer

DISCOGRAPHIE


L'Éclat du Déclin - Pâle écho de ce que nous fûmes



Au bal du fin du monde, la laideur danse avec la beauté. Le gentil fornique avec le méchant. Tout est sens dessus dessous. La déliquescence caresse l’imputrescible. Et tout bascule au son d’une ode spéciale. Une ode fameuse, éclatante. L’Eclat du Déclin, mon ami.

Les détracteurs pourront peut-être parler d’enchevêtrement, je préfère le terme « imbrication ». Excepté la toute fin de l’album, où seule l'amère tristesse de la chute prédomine, pas un seul mouvement de Pâle écho de ce que nous fûmes n’est d’un seul tenant. Le deuxième opus du one man band créé par l’auto-suffisant Julien, se montre absolument constant dans l’inconstance de son black metal (très) progressif, louvoyant et confondant. Les poussées de fièvre de "Delphica" sont immédiatement suivies de moments plus paisibles. La sublime fin d’ "Un million de chutes" pourrait s’avérer belle, si elle ne s’avérait pas laide, et vice-versa. La nouvelle création de l’Eclat du Déclin constitue une sorte de dialectique permanente, qui aurait ravi Socrate, Hegel et Marx à la fois. Faite de successions de blasts, ruptures de rythme, passages acoustiques, cristallins dissonants, elle nécessite, comme son prédécesseur, un certain nombre d’écoutes pour être digérée.

Plus posé et plus maîtrisé qu’ Ainsi passe la gloire du monde, déjà fort prometteur, l’album déroute, donc, mais émerveille également. Le travail effectué sur les parties vocales est à nouveau digne d’éloges. Chaque ligne de chant black est suivi d’une réponse en chant presque clair - comprendre, éraillé, fatigué, à bout - tandis que résonne, de temps en temps, un growl inattendu. Niveau rythmique, là encore, le travail fourni est considérable. Julien, le noir progueux, ralentit souvent le tempo et le brise. Il en fait sa chose, ce qui contribue à la perte de repères de l’auditeur, mais renforce l’intérêt porté à cet étrange objet. On discerne même de-ci, de-là des traces de beat froid, judicieusement placées. Difficile de dégager un titre d’un tel album, aussi homogène que labyrinthique, mais "Delphica" et "Un million de chutes" m’ont encore plus fasciné que le reste. À noter également que, même s’il s’agit désormais d’une pratique courante, le fait que l’ensemble soit chanté en français confère également un côté spécial à l’album. Un parfum local de décadence. On en redemande.

Encore plus sûr de sa force que pour sa première œuvre, Julien nous offre une merveille de black metal prog tourbillonnant, désarçonnant, riche de mille contradictions. Pâle écho de ce que nous fûmes est l’illustration sonore de la tragicomédie dans laquelle nous baignons tous. « … et avec votre esprit ! Amer ! »



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