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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 01 septembre 2022
Sa note : 15/20

LINE UP

-Marko "M.Ö." Översti
(chant+guitare+saxophone
+claviers+basse+percussions)

-M.M.
(trompette+bugle)

-H.K.
(clarinette)

TRACKLIST

1) The Pale Usher
2) Call Me Ishmael
3) The Vengeance of Jonah (Interlude)
4) Abaia

DISCOGRAPHIE

Abaia (2021)

Starboard - Abaia



L’éclectisme n’est pas un gage de quoi que ce soit. Les metalheads se targuant d’écouter de tout ne sont ni plus ni moins honorables que les fans exclusifs de true (ou trve) (black) metal. Chacun sa route, chacun son chemin, comme aurait dit un immense philosophe. DONC, si je vous dis qu’Abaia est réservé aux plus éclectiques, tendance schizos, n’y voyez, je vous prie, aucune trace de snobisme. C’est juste un fait et rien d’autre.

Marier metal et jazz, on a déjà vu ça, hein. On n’est plus en 1980. Mais marier du doom, décliné en mode funeral, doom-death et stoner, avec du jazz qui sonne comme du jazz, c’est quand même BEAUCOUP plus rare. Qu’entends-je par jazz qui sonne comme du jazz ? Eh bien, qu’il ne s’agit pas d’un bête saxo reprenant un phrasé metal. Il s’agit de mélodies qui « frôlent le jazz de salon » (dixit Archaic Prayer). D’une clarinette et d’une trompette qu’on attendrait plus du côté de chez la "Golf Girl" de Caravan que d’une formation nourrie par ses compatriotes d’Unholy, Thergothon and co. Et ce qui est remarquable, c’est que ça marche ! Si les cuivres sonnent lugubres sur "The Pale Usher", ce n’est même pas le cas sur "Call Me Ishmael", et pourtant, dans les deux cas, l’intégration avec les parties de graou-metal est impeccable. Le premier titre, "The Pale Usher", donc, se décompose en trois parties. La partie centrale, purement jazz, lente et funèbre, endormira 99% des auditeurs non avertis, mais pour ceux qui resteront éveillés, écouter comment le groupe réembraye sur du doom en toute cohérence est un régal.
"Call Me Ishmael", lui, suit le plan classique thèse, antithèse, synthèse, si cher à nos professeurs de français. Démarrage en doom/stoner, avec un chant rappelant Godsend ou Tristitia, qui se mue en jazz-prog lumineux - oui, oui ! - façon "I Am the Sun" des Flower Kings, avant que les deux styles musicaux se donnent la main et nous offrent la fin de titre qu’il fallait à ce morceau déroutant. Quel dommage qu’une fois passé l’intermède facétieux rappelant Pan.Thy.Monium, le dernier titre, éponyme, ne soit pas à la hauteur des deux autres. Surtout qu’il représente la moitié de l’album à lui seul... La formation finlandaise y passe beaucoup trop de temps, à mes yeux, pour ce qu’ils ont à y dire. Moins jazz, moins inspirés, ils étirent des motifs musicaux metal honnêtes, mais bien moins inventifs que lors de la première moitié de cet étonnant Abaia. Qu’à cela ne tienne : la bouteille est, sans aucun doute, à moitié pleine, ne serait-ce que pour l’atmosphère étrange qui se dégage de l’ensemble. Une atmosphère inspirée, selon le Bandcamp du groupe, par l’œuvre de Gene Wolfe, écrivain américain. Les gars de Starboard sont de bons ambassadeurs post-mortem de ses écrits.

Pas totalement aboutie mais fascinante, la première œuvre, funeral doom/dark jazz, de Starboard est réellement innovante, et démontre que deux genres situés aux antipodes de l’univers musical peuvent se combiner brillamment. Une excellente découverte qui appelle une suite, sans aucun doute.





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