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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 01 août 2022
Sa note : 18/20

LINE UP

-Sean McVay
(chant+guitare)

-Dan Reynolds
(claviers+basse)

-Scott Donaldson
(batterie)

TRACKLIST

1) Regenerator
2) Mercury
3) Hours
4) Interlude
5) Mammoth
6) 06 Avalon
7) Firmament

DISCOGRAPHIE

Regenerator (2022)

King Buffalo - Regenerator



« Mais qu’est-ce tu fous ? » Cette question est pertinente et juste. Que fais-je ? King Buffalo sérieusement ? Du heavy psyché comme ils aiment à s’auto-définir, alors que j’ai dans ma pile d’albums du death, du death/grind et du death metal. A-é-ra-tion. Curiosité, on appelle ça. Et attention : piquée. Des articles enthousiastes. Des albums à la pelle. Une productivité prodigieuse non mise à mal par une perte de qualité. Et une pré-écoute intrigante. Saloperie, encore un album inchroniquable à chroniquer. Vertige.

Car King Buffalo a tout du champion de la sortie de route. Si vous avez bien lu l’introduction : psyché, ultra-productifs. Ajoutez à cela prog et mélodique. La conjonction des éléments propices au gadin est puissante. Mais j’ai choisi, car j’ai écouté. Et l’écoute s’était révélée agréable. Hypnotique. Comme un appel du lointain. Vous connaissez cette sensation. De l’écume virevoltante au large d’une mer démontée. L’ombre projetée du fier pic d’une montagne par le soleil couchant. L’infinité du vide entrecoupé de galaxies de l’Univers. King Buffalo, c’est l’effet d’un trip. La première immédiateté qui saute à votre esprit. L’insanité mentale frappe à la porte. Années soixante-dix, psychédélisme, Led Zeppelin, Pink Floyd ou même Queens of the Stone Age (écoutez le riff qui débute "Hours").
Et au-delà. Car la formule mise au point par les Américains est tout à la fois. Facile, éculée, entendue, fascinante, lancinante, subjuguante. Difficile de ressortir indemne d’un tour de ce Regenerator dans vos oreilles. Votre cerveau vous joue déjà des tours, il réclame déjà son dû, une dose. Oui, un nouveau tour dans le manège. Comment en arrivons-nous là ? Par la simplicité de riffs répétés à l’envie, ad nauseam sans régurgitation. Par les subtiles différences d’interprétation au fur et à mesure que défilent les minutes. Par les mélodies incroyablement éthérées des cordes finement touchées. Par cette basse impeccablement mise en avant, maîtresse du rythme et des boucles temporelles venues vous enfermer dans un microcosme gigantesque. Rien qu’à vous et pourtant d’horizon infini.
Comme un pied de nez à ces délicatesses permanentes, la guitare parvient à s’énerver et saturer. Probablement un point d’équilibre indispensable pour ne pas verser dans la paresse et l’ennui profond. Car l’ennui n’existe pas. Hypnose. Fixation bloquée de l’esprit sur des raffinements d’une simplicité désarmante. La batterie crie à l’unisson. Rarement proéminente, jamais frappée avec force, elle impose sa présence par un jeu tout en toucher, à la finesse jamais remise en question, descendante d’une lignée demi-centenaire du rock progressif accouplé au jazz. On pourrait citer Yes. Car Yes a plongé dans le psychédélisme. "Sound Chaser" est la référence qui vient en tête. Mais une "Sound Chaser" très fortement tamisée, pétrie pour n’en laisser que la substantifique moelle, débarrassée de sa folie furieuse, canalisée à en devenir planante et en paix avec la notion de progression.


Je ne sais pas, peut-être dans trois mois clamerai-je qu’il s’agit là de la plus grosse arnaque de l’année. Pourtant là maintenant tout de suite après cinq ou six écoutes, j’ai envie de laisser place aux endorphines, et elles me disent que l’exploit est gargantuesque.





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